Ce lundi, Emmanuel Macron accueille pendant trois jours à Évian le G7. Privilégiant le rapport de force bilatéral à la culture du consensus, le président américain a bousculé les codes de ce sommet. Pour faire avancer les grands dossiers, les autres dirigeants n’ont toutefois guère d’autre choix que d’essayer de se concilier ses bonnes grâces.

JML - Hier à 19:30 | mis à jour hier à 22:13 - Temps de lecture :

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Il sera l’éléphant au milieu de la pièce, tout autant que celui dans le magasin de porcelaine. Impossible à ignorer, dangereux à brusquer. Le G7 d’Évian-les-Bains semble avoir été taillé sur mesure pour tenter de ménager un Donald Trump qui ne fait pas mystère de son mépris pour les enceintes multilatérales. L’ouverture du sommet ce lundi menaçait de coïncider avec son 80e anniversaire ? La présidence française l’avait décalée au lundi, afin d’éviter au président américain de choisir entre les rives du lac Léman et les combats des MMA organisés sous les fenêtres de la Maison blanche. Et derrière le dîner somptueux et le feu d’artifice offerts à Donald Trump mercredi soir à Versailles, difficile de ne pas deviner la volonté de caresser le président américain dans le sens du poil... et d’éviter qu’il ne quitte le sommet avant la fin.

Des relations conflictuelles  

C’est ce qui s’était passé en 2018, lorsque Donald Trump avait écourté sa présence au G7 de la Malbaie (Canada) et retiré la signature des États-Unis du communiqué final. L’an dernier, il avait de nouveau court-circuité le sommet. Dans l’avion qui le ramenait à Washington, il en avait profité pour tacler Emmanuel Macron — un sort partagé ces derniers mois par la plupart de ses homologues du G7. Les attaques de Donald Trump contre le Pape ont eu raison de sa relation privilégiée avec la Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni. Avec le chancelier allemand Friedrich Merz, le temps est aussi à l’orage, sur fond de chantage aux droits de douane et au maintien de la présence militaire américaine. Quant au Premier ministre canadien Mark Carney, il est devenu une des bêtes noires du président américain, qui répète à l’envi que le Canada sera absorbé par les États-Unis. La galaxie Maga est déjà à la manœuvre pour encourager les mouvements indépendantistes dans l’Alberta.

Le choc des doctrines

À l’Hôtel Royal d’Évian, les sourires de façade ne feront pas oublier désaccords et humiliations. Les Européens, le Canada ou le Japon auraient pourtant tout à perdre d’un échec du sommet — bien plus que des États-Unis assumant d’imposer leur volonté au reste du monde, y compris à leurs alliés historiques. « Le Trump de 2016 était un homme isolé sans colonne vertébrale politique. Mais en 2025, il est revenu à la Maison Blanche avec l’extrême droite américaine. C’est tout un groupe de personnes qui est arrivé au pouvoir. Et ces gens, je pense notamment au vice-président J.D. Vance ou à Suzie Wiles, la secrétaire générale de la Maison Blanche, ont des objectifs très clairs : mettre à bas le système multilatéral post-1945 et nous ramener dans une ère où règne le bilatéralisme, où la loi du plus fort prime, où les organisations comme l’ONU et le droit international sont contournés ou ignorés », décrypte le politologue Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS.

Pour garantir le succès du G7, aucun sujet susceptible de braquer le président américain n’a été inscrit à l’ordre du jour. Et dans le jeu des négociations, chaque proposition a sans doute été calibrée pour être considérée comme acceptable par Washington.

Mais s’il fait aussi peu de cas de l’opinion de ses partenaires, pourquoi Donald Trump participe-t-il encore au G7 ? « Les États-Unis sont devenus la première puissance super voyou de l’histoire moderne. Depuis un an, ils sont isolés comme jamais ils ne l’ont été sur la scène internationale. Il est important pour eux de garder un pied dans des organisations multinationales, et le G7 est parfait pour cela : il n’y a aucune décision contraignante, et Donald Trump y règne en maître absolu. Tout le monde est terrorisé », conclut Romuald Sciora.

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