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Le discours prononcé par Donald Trump ce vendredi, à la veille du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, exprimait à la fois la terreur qui s'empare de l'oligarchie capitaliste et le complot visant à instaurer une dictature aux États-Unis.
S'exprimant devant le monument du mont Rushmore, dans le Dakota du Sud, Trump a déclaré la guerre à une partie importante de la population américaine. Il a affirmé qu'il y avait « une résurgence de la menace communiste dans notre pays », qu'il a qualifiée de « menace mortelle pour la liberté américaine [...] la plus grande menace pour notre pays, surpassant même la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, Pearl Harbor, ou encore le 11 septembre ».
Il a poursuivi : « De telles doctrines ne peuvent être tolérées dans une démocratie. » Selon lui, les socialistes sont étrangers à la nation : « On peut être fidèle à Karl Marx ou fidèle à l'Amérique. On peut être communiste ou patriote. On ne peut pas être les deux. » Et il a promis, « à la face du monde, que les citoyens des États-Unis d'Amérique vaincront rapidement le communisme. »
Selon ces idées, il en découle que les socialistes doivent être traités comme des ennemis de l'État, contre lesquels on peut retourner les méthodes développées au cours d'un quart de siècle de « guerre contre le terrorisme ». La cible directe de la diatribe fasciste de Trump est ceux qui ont soutenu et voté pour des membres des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) au Colorado et à New York au cours du mois précédent, ce que Trump et les médias de droite ont présenté comme une prise de pouvoir communiste imminente en Amérique.
Dans les deux semaines précédant le discours de Trump, neuf jeunes ayant participé à une manifestation du 4 juillet de l'année précédente devant le centre de détention pour immigrants de Prairieland, au Texas, ont été condamnés par un tribunal fédéral à des peines de prison allant de 30 à 100 ans, reconnus coupables notamment de «soutien matériel au terrorisme ».
Trump a également mêlé sa campagne anticommuniste à la machine des expulsions de masse. La « menace », a-t-il déclaré, vient « des nouveaux arrivants dans notre pays », tandis que « le Parti communiste [c'est-à-dire le Parti démocrate] est composé d'immigrants illégaux, de criminels et de tous ceux qui refusent de travailler ».
Au-delà des dénonciations hystériques, le discours de Trump est une déclaration d'intention politique, un complot visant à invalider les résultats des élections de mi-mandat et à consolider une dictature présidentielle. « Nous ne pouvons perdre les élections de mi-mandat que si nous nous laissons faire », a-t-il lancé à la foule, « si nous sommes insensés, stupides et imprudents ». Il a exigé l'adoption immédiate du SAVE Act, qui imposerait une preuve de citoyenneté pour s'inscrire sur les listes électorales et une pièce d'identité avec photo pour voter, privant ainsi des millions d'électeurs issus de la classe ouvrière de leur droit de vote.
Si cette loi était adoptée, a déclaré Trump, « nous ne perdrons pas une élection pendant 100 ans », reprenant la proclamation d'Hitler d'un « Reich de mille ans », en la réduisant toutefois à un dixième. Une élection dont l'issue est garantie d'avance pour un siècle n'est pas une élection. Et un parti au pouvoir qui ne peut perdre qu'en « se laissant faire » annonce que toute défaite serait considérée comme illégitime.
Ce n'est pas la première fois que l'on voit cela. Tout au long de l'année 2020, Trump a proclamé que la seule façon pour lui de perdre était par la fraude, dénonçant le vote par correspondance des mois à l'avance afin que le mensonge soit prêt le moment venu. Après sa défaite, il a malgré tout proclamé sa victoire, exigé que les autorités des États lui « trouvent » des votes et constitué des listes de faux grands électeurs. Le 6 janvier 2021, Trump a mobilisé une foule violente à Washington et l'a incitée à prendre d'assaut le Capitole pour empêcher la certification de l'élection.
Personne au sein de la classe dirigeante n'a jamais eu à répondre de cette tentative de coup d'État fasciste. Les démocrates, sous prétexte de « tourner la page », ont bloqué toute enquête sérieuse sur les origines de ce complot. Quatre ans plus tard, Trump est retourné à la Maison-Blanche où, dès son premier jour de mandat, il a gracié quelque 1600 insurgés.
La leçon que Trump a tirée de 2020 n'est pas que les coups d'État échouent, mais qu'ils doivent être préparés avec plus de soin. Trump commande désormais une armée de fidèles qu'il a déjà déployée contre des villes américaines, une force paramilitaire au sein de l'ICE agissant en toute impunité et une Cour suprême à la majorité largement docile.
En 2020, le prétexte pour invalider l'élection était une fraude électorale inexistante lors du dépouillement. Aujourd'hui, le cadre de cette attaque contre les formes démocratiques de gouvernement est ouvertement politique : la lutte contre le socialisme. Trump ne se contente pas d'affirmer que des erreurs de comptage des votes auront lieu. Il soutient que certains votes, ceux exprimés en faveur des candidats qu'il qualifie de communistes, sont illégitimes en eux-mêmes.
Les dénonciations hystériques venant de Trump reflètent une peur profonde qui s’empare de l'oligarchie capitaliste. Il s'est exprimé trois jours après la victoire d'un membre des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) sur un élu en poste depuis quinze mandats lors des primaires démocrates au Congrès à Denver. Ces primaires faisaient suite à celles de la ville de New York en juin, à celles de la mairie de Washington et à l'élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York en novembre dernier. Trump a réagi à ces résultats par des propos quasi identiques à ceux qu'il a tenus au mont Rushmore.
La classe dirigeante comprend que ces votes révèlent quelque chose de bien plus profond : une puissante radicalisation des travailleurs et des jeunes confrontés à un coût de la vie insoutenable, à une guerre sans fin, au génocide à Gaza et à un gouvernement qui fonctionne comme le comité exécutif de l'oligarchie. Les cris de Trump face à la « menace communiste » sont la reconnaissance, par l'oligarchie, que de plus en plus de personnes considèrent le capitalisme comme la source de la crise.
Tout aussi significative que le discours lui-même est la réaction, ou plutôt l'absence de réaction, du Parti démocrate. Ni Schumer, ni Jeffries, ni la direction du Parti démocrate n'ont publié la moindre déclaration en réponse à la diatribe fasciste de Trump. Les démocrates partagent l'anticommunisme des républicains. La Chambre des représentants, avec un large soutien démocrate, a adopté en novembre dernier une résolution « condamnant le socialisme », et l'appareil du parti a passé le printemps à investir massivement dans les primaires contre les candidats mêmes que Trump menace aujourd'hui.
Confrontés au choix entre le danger de la dictature et celui du socialisme, les démocrates craignent bien davantage ce dernier.
Quant à Mamdani, quelques heures avant l'intervention de Trump, le maire de New York, membre des DSA, a prononcé son propre discours soigneusement préparé, depuis le bureau de George Washington à l'hôtel de ville. Le plus significatif est que Mamdani, qui a rencontré Trump à deux reprises à la Maison-Blanche, n'ait pas pu se résoudre à nommer le président ni à mettre en garde contre ce qui se prépare. Les DSA sont une faction du Parti démocrate, et leur réaction face à la menace de dictature est identique à celle du parti auquel ils appartiennent.
La diatribe de Trump, prononcée à la veille du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, équivaut à une proclamation officielle selon laquelle les principes inscrits dans ce document sont, pour la classe dirigeante, lettre morte.
Trump ne parle pas seulement en son nom propre, mais aussi au nom de l'oligarchie capitaliste qu'il représente. Les formes démocratiques de gouvernement sont incompatibles avec une société où près de 1000 milliardaires possèdent 8400 milliards de dollars, où le 1 % le plus riche possède autant de richesses que les 90 % les plus pauvres réunis et qui vient de voir naître son premier billionnaire.
La même crise qui pousse l'oligarchie vers la dictature pousse la classe ouvrière à la lutte. Au cours de l'année écoulée, les travailleurs ont paralysé le Long Island Rail Road, fait grève dans les écoles de San Francisco et débrayé dans les hôpitaux de New York, Chicago et du New Jersey. Et à minuit pile, le 4 juillet – à Philadelphie, ville où fut adoptée la Déclaration d'indépendance – 1600 employés des secteurs de l'électricité et du gaz de la PECO se sont mis en grève, une première en 145 ans d'histoire pour ce secteur.
Comme l'écrivait le World Socialist Web Site dans sa déclaration marquant le 250e anniversaire, le droit à « la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur » est « indissociable de la lutte pour l'égalité sociale ». La crise du capitalisme a atteint un point critique, concluait la déclaration, où « la défense des droits démocratiques ne peut se poursuivre que par une lutte révolutionnaire contre le système capitaliste lui-même ».
Le discours de Trump démontre que cette conclusion fondamentale s'imposera de manière toujours plus directe dans la prochaine période.


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