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Au Yukon, dans la région du Klondike, au Canada, l'exploitation aurifère a récemment mis au jour des terriers d'écureuils terrestres enfouis dans le pergélisol depuis des millénaires. Ces cavités contenaient de nombreux coprolithes, des excréments fossilisés dont certains remonteraient à près de 700 000 ans !
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Pour les scientifiques, cette découverte constitue une véritable capsule temporelle. Habituellement, les coprolithes livrent peu d'ADN exploitable. Mais les écureuils terrestres présentent une particularité. Ils passent plusieurs mois par an dans leurs terriers, où leurs déjections peuvent être rapidement enfouies et protégées des dégradations extérieures. Résultat, le matériel génétique s'y conserve remarquablement bien.
En analysant des échantillons âgés de 17 000 à 700 000 ans, les chercheurs ont ainsi obtenu une fenêtre inédite sur les paysages et les espèces qui peuplaient l'Amérique du Nord durant le Pléistocène.
Les terriers d'écureuils terrestres du Yukon ont préservé des coprolithes vieux de plusieurs centaines de milliers d'années, offrant aux chercheurs une archive exceptionnelle de l'écosystème du Pléistocène. © Hakai Institute/YouTubeMammouths, bisons et grands félins au menu
Les résultats, publiés dans Nature Communications, révèlent une alimentation beaucoup plus variée que celle que l'on attribue généralement aux écureuils. L'ADN retrouvé dans les coprolithes témoigne de la consommation de nombreuses plantes, d'insectes, mais aussi d'animaux.
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Parmi les séquences identifiées figurent celles de mammouths laineux, de bisons, d'oiseaux, de chauves-souris et même d'un grand félin apparenté à un guépard ou à un puma nord-américain. Bien sûr, ces petits mammifères ne chassaient pas de telles proies. Les chercheurs pensent plutôt qu'ils profitaient des carcasses abandonnées dans leur environnement.
Des excréments vieux de 700 000 ans ont révélé un comportement que personne n'attendait chez les écureuils. © Mercedes Minck, Institut Hakai
Cette hypothèse est cohérente avec le mode de vie des écureuils terrestres du genre Urocitellus. Ces animaux peuvent passer jusqu'à huit mois par an en torpeur dans leurs terriers. Après une aussi longue période sans s'alimenter, ils semblent peu regardants sur la nature de leur premier repas.
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Cette image d'écureuils affamés surgissant de leurs terriers pour se jeter sur des carcasses a inspiré une comparaison étonnante. Le paléoécologue moléculaire Mikkel Pedersen, de l'Université de Copenhague, les décrit comme de véritables « zombies du Pléistocène ».
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Au-delà de l'anecdote, l'étude démontre le potentiel scientifique de ces terriers fossilisés. Grâce aux techniques modernes de métagénomique, les chercheurs ont pu reconstituer l'ADN mitochondrial de nombreuses espèces disparues et mieux comprendre les écosystèmes de l'ère glaciaire.
L'ancienneté exceptionnelle des échantillons pourrait également battre des records. Si la datation des plus vieux coprolithes se confirme, les fragments d'ADN de mammouth qu'ils contiennent figureraient parmi les plus anciens jamais retrouvés. Une preuve supplémentaire que les modestes écureuils terrestres peuvent devenir, à leur insu, de précieux gardiens de la mémoire du vivant.


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