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Des sans-abri dorment « sans tente » pour éviter d’être repérés

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Le nombre de campements érigés par des personnes en situation d’itinérance à Toronto est en forte baisse cette année, selon les plus récentes données municipales. Mais sur le terrain, plusieurs travailleurs sociaux remettent en question ce portrait, estimant que la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît.

D’après les chiffres de la Ville, le nombre de tentes et d’abris improvisés recensés en mars a chuté de plus de 70 % par rapport à la même période l’an dernier.

On comptait cette année 65 structures dans les parcs municipaux et 19 autres sur des sites liés aux transports, comme des ponts ou des terre-pleins. À titre comparatif, en 2025, ces chiffres s’élevaient respectivement à 248 et 35.

Pour Gordon Tanner, directeur général des services de soutien et d’hébergement de Toronto, cette baisse s’explique notamment par une amélioration de la capacité d’intervention de la Ville. Nous avons eu des ressources supplémentaires pour soutenir nos équipes de proximité dans les campements, explique-t-il.

Des tentes dans un parc de Toronto.

D’après Toronto, le nombre de tentes et d’abris improvisés en mars a chuté de plus de 70 % par rapport à la même période l'an dernier. (Photo d'archives)

Photo : Dale Manucdoc

En 2025, environ 4700 personnes ont été logées en provenance du réseau de refuges, et 370 autres directement depuis la rue.

Il souligne également une diminution du nombre de demandeurs d’asile nécessitant un hébergement d’urgence, ce qui a permis de libérer des places dans le système.

Paradoxalement, le nombre total de lits disponibles a légèrement diminué au cours de la dernière année.

Un déplacement du phénomène?

Cependant, plusieurs travailleurs communautaires affirment que ces données ne reflètent pas fidèlement la situation. Selon eux, la baisse des campements visibles ne signifie pas nécessairement une diminution de l’itinérance, mais plutôt un déplacement du phénomène.

Angie Hocking devant l'hôtel de ville de Toronto.

Selon la révérende Angie Hocking, de nombreuses personnes à Toronto dorment dans des lieux difficiles à recenser, comme des divans chez des proches, sous des ponts ou dans des stations de transport. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Ce que j’entends de plus en plus, ce sont des gens qui campent sans tente, explique la révérende Angie Hocking, ministre communautaire à Regent Park. Les gens essaient de rester discrets pour éviter d’être déplacés. Ils sont constamment en mouvement, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont logés.

Mme Hocking, qui est aussi coresponsable du Toronto Under-Housed and Homeless Union, ajoute que de nombreuses personnes dorment dans des lieux plus précaires et difficiles à recenser, comme des divans chez des proches, sous des ponts ou dans des stations de transport.

Diana Chan McNally est devant l'Hôtel de Ville de Toronto.

Selon la travailleuse communautaire Diana Chan McNally, le cœur du problème demeure l’accès au logement abordable. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé

Même son de cloche du côté de la travailleuse sociale Diana Chan McNally, qui estime que la Ville utilise le mauvais indicateur.

On parle de résoudre les campements, donc de les faire disparaître. Mais le problème, ce n’est pas le campement en soi : c’est que les gens n’ont pas de logement, souligne-t-elle.

Elle observe aussi que de nouveaux lieux sont investis : garages, cages d’escalier, stations de métro.

Gordon Tanner reconnaît lui-même cette limite. Nos équipes nous disent que davantage de personnes se déplacent vers des endroits moins visibles, admet-il. Cela ne signifie pas nécessairement que l’itinérance diminue.

Des bénévoles sur le terrain partagent ce scepticisme. Riley McLeod, du Encampment Support Network à Parkdale, estime que les chiffres donnent une image trompeuse. Les refuges sont pleins et le nombre de personnes sans logement n’a pas diminué. Il n’y a tout simplement nulle part où aller, affirme-t-il.

Pour plusieurs intervenants, le cœur du problème demeure l’accès au logement abordable. De plus en plus de gens perdent leur logement, à un rythme beaucoup plus élevé qu’il y a dix ans, explique Diana Chan McNally, évoquant notamment l’érosion du contrôle des loyers et la perte de logements abordables.

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