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Ce dimanche, Georges-Louis Bouchez l'a promis lors du 180e anniversaire du parti libéral belge : malgré des sondages défavorables, le MR remportera les élections de 2029. Il est vrai que les citoyens ne seront – en principe – appelés aux urnes que dans trois ans. Une éternité… Mais les baromètres qui se succèdent révèlent également une autre faiblesse des libéraux : les nombreux ministres MR peinent à s'imposer parmi les personnalités préférées des Belges.
Comme pour démentir ce constat, Sophie Wilmès, l'ancienne Première ministre, demeure solidement installée à la première place, tant en Wallonie qu'à Bruxelles, selon le sondage RTL-Le Soir publié ce week-end. Un paradoxe frappant : la vice-présidente du Parlement européen n'exerce pourtant plus aucune responsabilité dans la gestion quotidienne de l'État belge. Au sein même de son parti, elle n'est d'ailleurs pas conviée aux réunions du bureau stratégique du MR, une mise à l'écart qu'elle n'a guère appréciée. Malgré cela, sa popularité exceptionnelle ne se dément pas.
Le MR perdrait près d'un tiers de ses électeurs en Wallonie et à Bruxelles, selon un sondage RTBFUn manque d'incarnation ?
Pour le reste, les libéraux semblent souffrir d'un déficit d'incarnation politique alors même qu'ils occupent des portefeuilles ministériels à tous les niveaux de pouvoir : fédéral, régional et communautaire. En Wallonie, le constat est particulièrement sévère. À l'exception de Sophie Wilmès, aucun élu MR ne figure dans le top 10. Adrien Dolimont n'est-il pas ministre-Président du gouvernement wallon ? Il n'occupe que la 16e place. Pierre-Yves Jeholet, chargé de l'Économie wallonne, se hisse péniblement à la 18e position. David Clarinval, vice-Premier ministre fédéral, pointe à la 21e place. Quant à Mathieu Bihet, ministre fédéral de l'Énergie, à qui revient notamment la délicate mission de préserver l'avenir de la filière nucléaire belge, il ferme la marche du classement RTL-Le Soir, à la 30e place.
À Bruxelles, le verdict est moins sévère, sans être pour autant éclatant. Dans le top 10 figurent, outre Sophie Wilmès, Georges-Louis Bouchez et la commissaire européenne Hadja Lahbib. Ce résultat honorable ne saurait masquer les contre-performances du reste de l'équipe. Bernard Quintin, ministre de l'Intérieur et acteur politique de la scène bruxelloise, n'apparaît qu'à la 15e place. "Avec un tel poste, il devrait être 5e", déplore un observateur libéral. Valérie Glatigny, ministre de l'Enseignement, semble quant à elle payer le prix des réformes qu'elle défend : 23e position.
Partout, l'austérité
En résumé, les ministres MR pourraient sans doute davantage "imprimer", pour reprendre une expression en vogue dans le sérail politique. Comment expliquer ce relatif désamour ? Et quelles leçons le parti peut-il en tirer à l'approche des grands rendez-vous électoraux de 2029 ?
D'abord, les membres des exécutifs subissent probablement, à titre individuel, le reflux global de leur formation politique. Premier parti francophone, le MR assume une large part de la responsabilité des réformes engagées aux différents échelons du pouvoir. Or, à ce stade de la législature, ces chantiers n'ont pas encore produit tous les résultats escomptés. Partout, la rigueur budgétaire s'impose et les gouvernements doivent prendre des décisions impopulaires : réductions de dépenses, nouvelles taxes, sauts partiels d'index… Dans un tel climat, la quête de popularité relève de la gageure.
Un observateur libéral estime cependant que le parti manque de souplesse dans sa manière de gouverner : "Là où les gens devraient voir du courage de la part du MR, ils voient de l'entêtement et de la provocation. C'est un problème d'image et de sympathie car on joue le registre de la confrontation."
Un froid glacial s'est installé entre Sophie Wilmès et Georges-Louis BouchezUne "génération Bouchez"
Autre élément d'explication : en quelques années, les libéraux ont connu un profond renouvellement générationnel au sommet de leur appareil. Président du MR depuis 2019, Georges-Louis Bouchez a progressivement pris le contrôle du parti en plaçant à des postes clés des responsables politiques qui lui sont redevables. Par cette stratégie, il a mis un terme à l'interminable affrontement entre "micheliens" et "reyndersiens" qui empoisonnait la vie du MR depuis près de trente ans. Qu'ils s'appellent Dolimont, Quintin ou Bihet, ces ministres demeurent relativement nouveaux sur la scène politique. Pour le dire positivement : leur notoriété personnelle conserve donc une importante marge de progression.
Ce reproche est aujourd'hui un peu moins fondé qu'auparavant mais l'aisance médiatique de Georges-Louis Bouchez laisse peu d'espace aux autres figures du parti. Au MR, personne ne conteste ses qualités de débatteur ni son instinct politique. Mais ces atouts, associés à un goût pour la controverse, contribuent à reléguer ses ministres au second plan. "Tu ne peux pas à la fois vouloir faire monter des nouveaux visages et ne leur laisser aucune place pour exister", maugrée un MR.
Si Georges-Louis Bouchez attire naturellement la lumière médiatique, le président du MR semble néanmoins vouloir valoriser davantage le collectif libéral. Lors du 1er Mai organisé aux mines de Blegny, en région liégeoise, une affiche le représentant entouré des poids lourds réformateurs avait largement circulé sur les réseaux sociaux. Dans cette composition, une absence avait été remarquée : celle de Sophie Wilmès. Un "oubli" qui a semblé délibéré à plusieurs de nos interlocuteurs, les relations entre Sophie Wilmès et Georges-Louis Bouchez s'étant dégradées ces derniers mois.
Affiche du MR pour le 1er Mai libéral à Blegny (région liégeoise). ©D.R.Pas de remaniement en vue
Le passage à vide du MR et de ses ministres dans les récents baromètres aura-t-il des conséquences internes ? "GLB", qui accueille ces enquêtes d'opinion avec prudence, n'envisage aucun remaniement. Un geste fébrile, à ses yeux. Mais un parti politique ne séduit pas uniquement par son bilan, ses projets ou son corpus idéologique. Encore faut-il que le message politique soit porté par des personnalités capables de susciter la confiance du grand public.
Au fait, où se situe Georges-Louis Bouchez lui-même ? Il ne figure pas dans le top 10 wallon, il n'est que 13e. Un résultat modeste pour un responsable politique aussi central. Mais cette contre-performance s'explique aussi par le "style Bouchez". Le président du MR polarise l'opinion et suscite des soutiens fervents autant que de fortes oppositions. Certaines personnes sondées l'adorent ; beaucoup d'autres le rejettent d'emblée. À l'inverse, les élus plus consensuels bénéficient d'une "prime" dans les enquêtes d'opinion.

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