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Des milliers de puits de gaz oubliés font des victimes dans le sud-ouest de l’Ontario

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En juin 2022, Shawn Seguin est descendu par une échelle dans un puits d’eau situé sur sa propriété, près de Caledonia, en Ontario. Il voulait tenter de purifier l’eau chargée de soufre qui alimentait l’étang familial. Il n’en est jamais ressorti.

Ce père de deux enfants « n’avait aucune chance », selon le géoscientifique Stewart Hamilton, qui a enquêté sur les événements pour le compte de la famille de la victime. Le responsable était le sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz extrêmement toxique reconnaissable à son odeur d’œuf pourri.

Lorsque M. Hamilton et son équipe ont soulevé le couvercle du puits, la concentration mesurée dans l’air atteignait 120 fois le seuil létal inférieur — un niveau « sans précédent » dans un puits d’eau en Ontario, selon leur rapport. Aucun puits de gaz à proximité n’est répertorié, mais l’analyse chimique de l’eau du puits mortel porte à croire qu’un ou plusieurs anciens puits de gaz contaminent les eaux souterraines, affirme le document.

Les risques ont été jugés si élevés qu’après le décès, M. Hamilton et ses collègues ont demandé au ministère ontarien de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs d’avertir immédiatement les résidents et les entrepreneurs travaillant près de Caledonia — entre Hamilton et le lac Érié — des « risques extrêmes » que présente le H2S pour quiconque utilise de l’eau souterraine dans un espace clos.

« À moins que les résidents de la région touchée soient informés de ce risque tout à fait inhabituel, des accidents semblables pourraient se produire à l’avenir », prévenait le rapport.

Mais ces mises en garde ne se sont pas rendues jusqu’à tous.

En septembre 2025, James Aaron Brown, 15 ans, est mort après avoir été exposé au H2S dans un réservoir d’eau souterrain d’une ferme située près de Parkhill, au nord-ouest de London, en Ontario. Quelques semaines plus tard, le producteur laitier propriétaire de la ferme où l’accident s’est produit a été accusé de négligence criminelle ayant causé la mort. Selon la police, l’adolescent travaillait à la ferme. L’affaire est toujours devant les tribunaux.

Après avoir préservé leur intimité pendant quatre ans, l’épouse de Shawn Seguin, Summer, et sa sœur, Richelle, rompent maintenant le silence dans l’espoir de prévenir d’autres tragédies.

Presque à l’insu de tous, des personnes du sud-ouest de l’Ontario perdent la vie dans des explosions et des accidents causés par des gaz toxiques qui s’échappent de puits enfouis depuis longtemps. Shawn Seguin, James Aaron Brown et un couple de retraités morts dans l’explosion de leur chalet, qui se trouvait près d’un puits qui fuyait, comptent vraisemblablement parmi les victimes de certains des 27 000 anciens puits de gaz qui parsèment le sous-sol de cette région. Plusieurs de ces puits orphelins remontent à plus d’un siècle.

La province fait porter la responsabilité aux particuliers

Peu après la mort de son mari, Summer a reçu des appels d’un plombier et d’un entrepreneur de la région qui s’inquiétaient des risques liés aux gaz dans le cadre de leur travail. Tout en composant avec son deuil, elle s’est ainsi retrouvée à craindre également pour la sécurité de ses voisins.

« Je m’inquiétais de plus en plus à l’idée que mes voisins puissent descendre dans leurs puits pour y réparer quelque chose. Shawn n’était pas le seul à le faire », a-t-elle expliqué en entrevue. Même si la réglementation du ministère réserve aux puisatiers titulaires d’un permis le droit de travailler dans les puits d’eau, cela n’empêche pas les habitants des régions rurales d’y descendre pour les inspecter, ajoute Richelle.

« Tous ceux qui vivent à la campagne vérifient leurs puits. C’est une pratique très, très courante », affirme-t-elle.

À peine un mois après la mort de Shawn, le ministère a ordonné à Summer de mettre hors service les puits d’eau de sa propriété. La famille disposait de moins de quatre mois pour engager un entrepreneur et faire effectuer les travaux. Un délai aussi serré était épouvantable à gérer en plein deuil, fait valoir Richelle.

« Après tout ce qui était arrivé à ma famille, il fallait en plus que je me plonge dans tout ce qui concernait les puits », raconte Summer. Elle a accepté de faire réaliser les travaux, mais a tenté sans succès de conclure avec le ministère une entente par laquelle en échange de sa collaboration, le gouvernement se serait engagé à avertir directement les voisins des dangers que présentaient les puits de la région.

« On entend parler aux nouvelles de la moindre petite chose, mais bien qu’un événement aussi catastrophique ait touché un entrepreneur de la région, un père, un fils et un mari, on a l’impression que l’histoire a été oubliée ou cachée et que personne n’en a parlé, déplore Summer. Je ne voudrais surtout pas que cela arrive à quelqu’un d’autre. »

Exaspérées, les deux belles-sœurs ont ensuite engagé à leurs frais un consultant en sécurité et lancé une campagne de sensibilisation afin de contraindre les autorités à diffuser l’information. Leurs efforts ont mené à l’ajout de nouvelles mises en garde sur la présence de gaz dans les puits sur le site Web du bureau de santé publique local. Plus d’un an après la mort de Shawn, le ministère a également transmis aux puisatiers un avis général sur les gaz pouvant s’accumuler dans les puits, « à la suite d’un incident survenu dans le sud de l’Ontario ».

Encore aujourd’hui, elles n’ont toutefois vu aucun signe que le ministère des Richesses naturelles ou celui de l’Environnement a communiqué directement avec les résidents de la région.

« Je n’ai vu absolument rien qui indique qu’on a dit aux propriétaires de se munir d’un détecteur de gaz s’ils descendent dans un puits », affirme Richelle.

« Est-ce que tous ces puits [de gaz] ont été abandonnés [c’est-à-dire scellés de façon permanente] ? C’est ce qu’il faut faire, soutient Summer. Ils fuient dans nos puits d’eau. »

La tâche est titanesque. La Bibliothèque ontarienne des ressources pétrolières, gazières et salines contient l’emplacement et l’historique de plus de 27 000 puits. Selon un rapport publié en 2022 par la vérificatrice générale de l’Ontario, plus de 9000 d’entre eux n’ont jamais été obturés ou l’ont été avant 1970 au moyen de matériaux désuets qui se détériorent et laissent échapper du gaz dans le sous-sol. Moins d’un puits sur cinq a été inspecté depuis 2006.

La province affirme néanmoins progresser. L’Ontario a obturé 471 puits au coût de 46 millions de dollars, indique un récent communiqué du ministère des Richesses naturelles, pour une moyenne de près de 100 000 $ par puits. Le ministère consacrera 6 millions de dollars à ce programme en 2026. Si les coûts antérieurs se maintiennent, la province pourra donc obturer environ 61 ou 62 des 9000 puits problématiques recensés par la vérificatrice générale.

Cette moyenne peut toutefois être trompeuse, prévient Maurice Dusseault, professeur émérite de génie géologique à l’Université de Waterloo. Certains puits s’avèrent extrêmement difficiles à colmater et « absorbent l’argent comme une éponge absorbe l’eau », explique-t-il au Canada’s National Observer.

Non seulement la province doit-elle accélérer le colmatage des puits, mais le gouvernement doit aussi cesser d’en faire porter la responsabilité aux propriétaires fonciers, soutiennent des critiques de gauche comme de droite.

Les propriétaires qui découvrent un ancien puits sur leur terrain peuvent demander une aide financière à la province. Ils demeurent toutefois responsables de son obturation, et ce, sans garantie que leur demande de financement sera acceptée. Cette situation doit changer, estime Bobbi Ann Brady, députée provinciale de la région.

Cette ancienne députée du gouvernement progressiste-conservateur qui a rompu avec le parti de Doug Ford souligne que de nombreuses personnes achètent dans sa circonscription des terrains déjà criblés de puits de gaz. La province « doit faire preuve de leadership dans ce dossier et montrer l’exemple », affirme-t-elle. Sandy Shaw, députée néodémocrate d’une circonscription voisine, partage son avis.

« L’ancienne loi s’appliquait lorsque les puits de gaz étaient en activité […] et qu’ils procuraient des emplois et des profits à la collectivité. Il faut la modifier, parce que des gens se retrouvent pris avec des propriétés et doivent assumer un risque qui n’aurait jamais dû leur incomber. Le gouvernement, lui, est prêt à leur tourner le dos en disant : “Désolés, c’est votre responsabilité. Nous nous en lavons les mains.” »

Summer se souvient du jour où son mari est mort : les camionnettes transportant les pompiers volontaires qui tentaient de sortir Shawn du puits, l’hélicoptère d’urgence qui l’a conduit à l’hôpital, les discussions sur le manque d’oxygène et les possibles lésions cérébrales, puis les condoléances reçues le lendemain.

Elle se demande encore pourquoi le gouvernement ontarien dépense des millions de dollars pour fournir aux premiers répondants l’équipement nécessaire afin d’intervenir près de puits dangereux, mais ne semble rien consacrer à la tenue d’une campagne d’information coordonnée auprès des populations rurales de cette région de la province.

« Pourquoi personne n’est au courant ? demande-t-elle. L’information n’a pas circulé. »


Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.

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