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Des experts proposent de s’inspirer de l’Ontario pour la formation à distance

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Le bilan critiqué du recours à une entreprise privée pour contrer le décrochage scolaire dans les écoles de cinq centres de services scolaires (CSS) amène des experts à presser Québec de développer un modèle d’enseignement à distance uniforme dans la province, en s’inspirant entre autres de l’Ontario.

Depuis 2017, cinq CSS ont dépensé 56 millions pour avoir recours à la plateforme d’enseignement en ligne de l’entreprise privée ChallengeU, qui connaît un taux d’abandon élevé et qui peine à faire en sorte que des adultes en quête d’un diplôme d’études secondaires l’obtiennent, selon une enquête du Devoir.

« Pourquoi ces centres de services ne développent-ils pas eux-mêmes leurs modalités de formation à distance ? » se demande Simon Collin, professeur au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal.

D’autant que des CSS, comme ceux de Montréal et des Patriotes, en Montérégie, offrent déjà des formations à distance gérées à l’interne — sur leur propre plateforme — qui permettent à des adultes de terminer leurs études secondaires ou d’obtenir leurs préalables à la formation professionnelle, notent plusieurs experts.

« Il y a des centres de services scolaires qui offrent des cours à distance qui couvrent beaucoup plus de matières [que ChallengeU] et qui ont des taux de réussite qui sont équivalents ou même supérieurs au rattrapage en classe », sans avoir recours à une entreprise privée, relève notamment Serge Gérin-Lajoie, qui est professeur spécialiste de la formation à distance à l’Université TELUQ.

Or, dans les petits CSS, comme celui du Lac-Saint-Jean, « on a des ressources limitées, donc on n’a pas cette capacité-là de développer une plateforme de cette nature-là », évoque en entrevue au Devoir son directeur général, Marc-Pascal Harvey.

Quand l’organisation a analysé « toutes les solutions possibles », par le biais d’un processus d’appels d’offres, pour offrir de l’enseignement à distance à des adultes, « celui qui était capable de nous offrir une plateforme, du matériel pédagogique, et de nous aider dans l’aspect de promotion et de recrutement » d’élèves, c’était ChallengeU, affirme le gestionnaire. Son CSS figure ainsi parmi les cinq partenaires de la maison d’édition numérique.

« Notre organisation, en raison de sa taille modeste, ne possède ni les ressources ni les compétences permettant de créer, d’entretenir et de développer un outil aussi efficace », explique à son tour Simon Gagné, le directeur général par intérim du CSS de Charlevoix, qui fait aussi affaire avec ChallengeU.

L’exemple ontarien

Il reviendrait donc à Québec de développer un modèle de formation à distance qui serait « centralisé », afin que l’ensemble des CSS de la province puissent offrir un enseignement en ligne de la même qualité, estime Cathia Papi, professeure au Département d’éducation de l’Université TELUQ.

Cette dernière estime que Québec aurait tout à gagner à s’inspirer du Consortium d’apprentissage virtuel de langue française de l’Ontario, fondé en 2010. Celui-ci permet aux 12 conseils scolaires de langue française de la province voisine d’offrir un apprentissage en ligne uniforme à leurs élèves, avec un taux de réussite global de 97 % aux cours de jour ainsi suivis.

La professeure soulignait d’ailleurs, dans un rapport publié en 2018, comment « l’Ontario est devenu l’une des provinces canadiennes les plus avancées dans le domaine de la formation en ligne », ce qui lui permet, contrairement au Québec, d’assurer « un enseignement équitable pour tous les élèves » sur son territoire.

« Je reste avec ce regret quand même qu’on n’ait pas au Québec des dispositifs de formation à distance, centralisés pour tous, avec des intervenants locaux », ajoute Mme Papi.

Cette dernière dit comprendre que, actuellement, des CSS « n’aient pas les moyens » de se coordonner afin d’offrir un enseignement à distance de qualité homogène dans la province. « Mais il me semble qu’on aurait de quoi faire de belles choses davantage en centralisant les efforts », si le soutien financier de Québec était au rendez-vous, estime l’experte.

Une question d’équité

En effet, actuellement, ce sont des entreprises qui comblent les besoins de CSS n’ayant pas les ressources nécessaires pour gérer à l’interne leurs cours offerts en ligne. Résultat : « cette expertise est en train de se développer dans des entreprises en périphérie. Et si les centres de services scolaires veulent l’utiliser, si les ministères veulent l’utiliser, ils doivent payer », constate Serge Gérin-Lajoie.

« S’il y a cinq commissions scolaires qui ont des besoins, pourquoi n’y a-t-il pas un consortium qui se met en place et qu’on met toutes ces sommes-là pour pouvoir créer des ressources éducatives libres avec une infrastructure accessible et ouverte qui perdurerait dans le temps ? » se questionne à son tour Alain Stockless, professeur au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal.

Selon lui, « on n’économiserait peut-être pas » en agissant ainsi, puisque le développement d’une telle plateforme impliquerait d’importants investissements, mais cela permettrait cependant à l’État d’avoir « le contrôle » sur la qualité de l’enseignement à distance offerte dans la province.

Uniformiser l’offre d’enseignement à distance dans la province est par ailleurs important afin d’assurer une certaine « équité » entre les élèves qui suivent des cours en ligne au Québec, peu importe à quel CSS ils sont rattachés, note quant à elle Marie-Eve Boisvert, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

« Si on se rend compte qu’il y a des niveaux de réussite très asymétriques, dans les services aussi, dans les différentes régions du Québec, c’est problématique », souligne-t-elle. « C’est ça, pour moi, qui est le plus important : s’assurer que tous les élèves du Québec ont accès à la même qualité de formation. »

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