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Un Dieppois de 68 ans se bat pour son fils de 36 ans, lourdement cardiaque. Alors qu’une demande d’allocation adultes handicapés, a été faite, ils sont sans nouvelles depuis un an.
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Par Mathieu Te Morsche Publié le 8 mars 2026 à 20h30
En 1989, à Pontoise, naît Gabriel* de parents dieppois. Il est venu au monde prématurément, à huit mois. « On nous a dit qu’il pouvait vivre trois heures ou bien six jours, se remémore Yves*, son père. Dans la nuit, il a été transféré à l’hôpital Nekker. Son canal artériel, qui le liait à sa mère, ne s’est pas refermé. Nous avons pris la décision de ne pas l’opérer et il a survécu. » Le nouveau-né est rapatrié plus tard à Rouen, puis à Dieppe (Seine-Maritime).
De nombreuses opérations
Commence alors le cycle des opérations. « Il a été opéré à un mois et demi, à 4 ans… À 14 ans, il a été opéré et il a attrapé un staphylocoque doré. Il a dû être opéré cinq fois, le staphylocoque était dans son pacemaker. Il a loupé une année scolaire », retrace son père. D’après lui, son fils aurait subi au total près de 17 anesthésies dans sa vie.
Gabriel, qui habite désormais avec sa compagne et leur fils dans la région de Rouen, est cardiaque : il a donc un pacemaker, un défibrillateur et deux valves artificielles. Il parvient toutefois à faire des études et à trouver un emploi. En 2019, à la suite d’un problème de santé, il est opéré par des professeurs des hôpitaux parisiens Necker et Georges-Pompidou.
« L’opération a duré plus de 20 heures, souffle Yves. À 22 h, ils nous ont appelés pour dire qu’ils n’arrivaient plus à remettre en route son cœur. À 1 h, ils ont finalement réussi. » Gabriel espère pouvoir reprendre le travail par la suite, mais il n’en sera rien.
Il est indemnisé par la Sécurité sociale et touche le chômage pendant trois ans. Son employeur lui propose un poste aménagé, mais à des centaines de kilomètres de là, à Lyon. Au vu de son dossier médical, Gabriel demande donc une allocation aux adultes handicapés.
Mais dans un courrier du 5 décembre 2024, la Maison départementale des personnes handicapées, la MDPH, lui notifie le refus de sa demande. Malgré « les difficultés entraînant une gêne notable dans [sa] vie sociale », son autonomie « est conservée pour les actes élémentaires de la vie quotidienne », estime la MDPH. Reconnu comme ayant un taux d’incapacité supérieur à 50 % mais inférieur à 80 %, il touche aujourd’hui 400 € par mois.
« Il a énormément de douleurs »
Cette décision paraît incompréhensible pour son père, qui l’aide financièrement. « Il a énormément de douleurs au dos, puisque sa cage thoracique a été écartée lorsqu’il a été opéré en 2019, indique le Dieppois. Il est épuisé, il a du mal à se lever… Il a toujours été sous médicaments. »
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Un recours a donc été fait auprès de la MDPH. Mais depuis janvier 2025, et alors que le délai de traitement réglementaire est de quatre mois, le père et son fils sont sans nouvelles. Yves dit ne pas avoir obtenu de rendez-vous physique auprès de l’instance départementale malgré ses relances et il déplore un manque de contact humain.
Pour appuyer le recours de Gabriel, un certificat médical auprès d’un professeur de l’hôpital Georges-Pompidou a été demandé. Celui-ci confirme, qu’au vu « de la gravité de la cardiopathie congénitale, dont trois sternotomies [une ouverture du sternum NDLR], du traitement lourd, des effets secondaires visibles, […], de la fatigue psychologique, […] de la situation financière et familiale et des douleurs prolongées associées », le trentenaire présente « une atteinte sévère et durable de son autonomie ».
J’ai 68 ans, j’ai de la polyarthrite, mais je suis conquérant.
Yves précise que son fils et sa compagne sont également en bataille judiciaire avec le constructeur de leur maison pour des malfaçons présumées, ce qui ajoute à la fatigue psychologique et aux difficultés financières.
Si Gabriel a toujours été combatif, son père dit ressentir chez lui depuis quelque temps une certaine morosité. « Et la problématique prochaine, c’est la greffe de cœur », souffle Yves.
Florence Thibaudeau-Rainot, première vice-présidente du Département, en charge de la MDPH, confirme que les délais de traitement de dossiers ont été trop longs, notamment à cause d’une cyberattaque en 2022. « Nous avions une situation extrêmement préoccupante », souligne-t-elle.
Entre-temps, des agents ont été recrutés et formés, ce qui prend également du temps. « Aujourd’hui, nous sommes revenus à un seuil normal », dit-elle.
4 700 dossiers en attente
Or, de nombreux vieux dossiers restent en attente. Alors que ces derniers sont normalement traités en premier, la Caisse nationale de solidarité, qui a aidé financièrement la MDPH pendant la crise, a demandé à l’organisme départemental de s’occuper à la fois des anciens et des nouveaux dossiers.
Ce qui fait qu’aujourd’hui, certaines personnes ont une réponse en deux mois, tandis que d’autres, comme Gabriel, attendent depuis un an. « Au 1er janvier, nous avions 14 900 dossiers en attente, relève Florence Thibaudeau-Rainot. Désormais nous en sommes à 4 700. »
Le délai moyen de traitement s’élève à six mois, « mais 50 % des dossiers sont traités en moins de quatre mois », précise la vice-présidente. Elle confie toutefois que les délais ne sont encore « pas bons ». Certains dossiers nécessitent l’examen de médecins, mais ils sont peu nombreux à la MPDH.
Concernant le cas de Gabriel, Florence Thibaudeau-Rainot assure qu’il faisait partie « des dossiers prioritaires » et qu’il sera examiné en commission ce lundi 9 mars. Yves n’a jamais lâché le combat pour son fils : « J’ai 68 ans, j’ai de la polyarthrite, mais je suis conquérant. »
Une explosion des dossiers
Florence Thibaudeau-Rainot, vice-présidente du Département en charge de la Maison départementale des personnes handicapées, la MDPH, assure que l'instance connaît en ce moment « une explosion de dossiers ». Il s'agit surtout de dossiers concernant la rentrée de septembre 2026 pour les enfants en situation de handicap.
La vice-présidente reconnaît « qu'on ne fait pas tout bien » quant aux délais de traitement : « Il y a des situations humaines derrière, c'est lourd pour les familles ». Elle souhaite toutefois mettre en avant les contacts qu'a eus la MDPH avec les requérants en 2025 : 20 000 rendez-vous physiques, 7 000 contacts par des bornes et 116 000 coups de téléphone, dont 75 000 traités.
*Prénoms d’emprunt
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