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La France et le Maroc, qui se rencontrent en quart de finale de la Coupe du monde de football ce jeudi soir, sont intimement liés par une histoire commune ainsi que par des liens familiaux, économiques et culturels indéfectibles. La relation entre les deux pays a connu des hauts et des bas. Après une brouille quand la France s’était rapprochée de l’Algérie, les deux pays entretiennent d’excellentes relations depuis 2024.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Quatre ans après sa victoire 2-0 en demi-finale de la Coupe du monde de football au Qatar, la France retrouve le Maroc en quart de finale du Mondial ce jeudi à Boston, aux États-Unis. Au-delà de l’enjeu sportif, le match est très attendu car il coïncide avec une lune de miel entre les deux pays.

Les relations entre la France et son ancien protectorat étaient au plus bas en 2022. La demi-finale remportée par la sélection tricolore s’était déroulée sur fond de tensions diplomatiques entre Paris et Rabat. La brouille faisait suite à une série de désaccords, notamment après la décision de la France de diminuer de moitié le nombre de visas délivrés aux Marocains afin de sanctionner le Maroc, accusé d’empêcher le retour de ses ressortissants visés par une OQTF (obligation de quitter le territoire français). La crise des visas s’était ajoutée à l’éternelle question de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie. Le royaume chérifien avait très mal vécu le rapprochement de Paris avec Alger, où le président Emmanuel Macron s’était rendu deux mois avant le Mondial.

Le match diplomatique entre le Maroc et son ancienne puissance coloniale avait conduit le roi Mohammed VI à déclarer la France hors-jeu après le tremblement de terre de septembre 2023 près de Marrakech. Le Maroc n’avait pas donné suite à la proposition d’aide française. Les crispations entre Emmanuel Macron et Mohammed VI remontaient également au scandale Pegasus, du nom de ce logiciel d’espionnage israélien que le gouvernement marocain aurait utilisé pour écouter un millier de responsables français, dont le président de la République.

L’Algérie et le Sahara occidental, des lignes rouges

Le match de ce jeudi se déroule dans un contexte nettement plus positif. Les relations entre la France et le Maroc ont changé du tout au tout depuis qu’Emmanuel Macron a fait le choix de se fâcher avec l’Algérie en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en juillet 2024. L’ancienne colonie espagnole est également revendiquée par le Front Polisario, un mouvement indépendantiste qui reçoit un fort soutien d’Alger. Ce geste de la France était très attendu par le Maroc, qui jauge ses potentiels alliés à leur position sur la question du Sahara occidental, considéré comme un enjeu stratégique par le royaume chérifien.

En octobre 2024, Mohammed VI accueille Emmanuel Macron et son épouse Brigitte à l’aéroport de Rabat pour une visite d’État qui marque la fin de la plus longue crise franco-marocaine depuis l’indépendance du Maroc en 1956. La relation entre les deux pays a été élevée au rang d’un « partenariat d’exception renforcé », tandis que les retombées économiques ont suivi. Les échanges commerciaux entre la France et le Maroc ont doublé en 10 ans et sont équilibrés. Le Maroc est le premier partenaire commercial de la France en Afrique. L’Hexagone est à la fois son deuxième fournisseur et son deuxième client. Le réchauffement des relations devrait se traduire par une visite officielle de Mohammed VI en France dans les mois à venir. À cette occasion, les deux pays prévoient de signer un traité bilatéral, qui sera le premier avec un État non-européen pour la France.

En octobre 2024, la visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc où il a été reçu en grande pompe par le roi Mohammed VI a marqué la fin de la plus longue crise franco-marocaine depuis l’indépendance du Maroc en 1956. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

En octobre 2024, la visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc où il a été reçu en grande pompe par le roi Mohammed VI a marqué la fin de la plus longue crise franco-marocaine depuis l’indépendance du Maroc en 1956. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Le match France-Maroc a aussi une forte portée symbolique. Les deux pays sont intimement liés par une histoire commune ainsi que des liens familiaux, économiques et culturels indéfectibles. Près de deux millions de personnes en France ont une relation particulière avec le Maroc car elles sont marocaines, binationales ou d’origine marocaine. Les 620 000 Marocains titulaires d’un titre de séjour représentent 14 % des étrangers en France et la deuxième nationalité, après les Algériens, à peine plus nombreux.

Le dilemme des Franco-Marocains

Les Franco-Marocains vont vivre le match avec des sentiments ambivalents. « Mes deux pays se retrouvent face à face. C’est un match particulier, mais mon cœur penche naturellement vers le Maroc, mes origines, mon histoire, ma culture, celle que mes parents m’ont transmise avec beaucoup de fierté », explique Inès, une Grenobloise de 27 ans. « Je vais soutenir les deux équipes, non pas par indécision, mais parce que mon identité ne se divise pas. Je suis le fruit de deux histoires, deux cultures, deux sensibilités qui ne s’opposent pas, mais se répondent », estime Jade, une habitante de Sélestat (Bas-Rhin) de 28 ans dont le père est marocain et la mère française. « Je me sens plus proche de la France et de ses valeurs. Je supporterai donc la France et je rêve de la voir lever la Coupe du monde, comme mes trois frères », affirme pour sa part Samir, un Parisien de 28 ans.

Le match de quart de finale de la Coupe du monde, qui oppose la France au Maroc, est très attendu car il coïncide avec une lune de miel entre les deux pays. Photo AFP/Oscar Del Pozo Canas

Le match de quart de finale de la Coupe du monde, qui oppose la France au Maroc, est très attendu car il coïncide avec une lune de miel entre les deux pays. Photo AFP/Oscar Del Pozo Canas

Omar, un Mulhousien de 38 ans, préfère ne pas choisir. « Si la France gagne, je serai heureux. Si le Maroc gagne, je le serai tout autant car dans les deux cas c’est une partie de mon histoire et de mon identité qui l’emporte », souligne ce professionnel de la restauration. « Être Franco-Marocain, c’est avoir la chance d’aimer deux pays sans avoir à renier l’un ou l’autre. »

Yassine El Yattioui, enseignant chercheur à l’université Lumière Lyon 2 et secrétaire général de NejMaroc, le centre marocain de recherche sur la globalisation. Photo DR

« Les relations entre la France et le Maroc sont au beau fixe »

Le Maroc utilise le football pour sa politique d’influence et sa diplomatie sportive, explique le chercheur franco-marocain Yassine El Yattioui.

Au-delà du sport, quels sont les enjeux du match France-Maroc ?

« Vu du Maroc, il s’agit de montrer que le pays continue de progresser dans sa diplomatie sportive et sa politique d’influence voulues par le roi Mohammed VI. Le soft power marocain dans le secteur du sport est un levier pour les investissements économiques et notamment le tourisme. Le Maroc a dépassé l’Égypte pour devenir la première destination touristique en Afrique. »

Que nous enseigne ce match sur les relations entre la France et le Maroc ?

« Elles sont au beau fixe. Elles n’ont jamais été aussi bonnes depuis le début du XXIe siècle. Une quarantaine de contrats de coopération ont été signés depuis la visite d’État d’Emmanuel Macron en octobre 2024. Ce match est vu comme la vitrine de cette amitié et de ce partenariat d’exception entre le Maroc, une puissance montante en Afrique, et la France, une grande puissance même si elle est en déclin. La France, dont les intérêts sont en recul en Afrique, a besoin du Maroc pour retrouver du dynamisme, surtout en Afrique de l’Ouest. »

« Le Maroc a utilisé très tôt le football comme vitrine » 

Quelle importance a ce match à quatre ans du Mondial 2030 qui se jouera au Maroc, en Espagne et au Portugal ?

« Le Maroc veut profiter de sa coopération avec la France afin de s’appuyer sur l’expertise française dans les grands événements sportifs pour l’organisation de la Coupe du monde 2030. Dans quatre ans, l’objectif sera d’être la première nation africaine à disputer une finale de la Coupe du monde si les Marocains n’y parviennent pas en 2026. »

Quelle place occupe le football dans l’identité marocaine ?

« En 1970, le Maroc a été la première nation africaine à se qualifier dans une Coupe du monde car l’Égypte en 1934 était une nation invitée. Le roi Hassan II, le père du roi Mohammed VI, avait décidé de profiter de cette qualification pour ajouter des paroles à l’hymne national marocain qui n’en avait pas. Le Maroc a utilisé très tôt le football comme vitrine. »

« La CAN 2025 a été une immense réussite » 

Les jeunes Marocains de la GenZ 212 qui manifestaient en réclamant des écoles et des hôpitaux plutôt que des investissements dans les stades ont-ils changé d’avis ?

« La société marocaine en rigole sur les réseaux sociaux. Les jeunes de la GenZ 212 fêtent désormais chaque victoire du Maroc. Les attentes de cette génération n’ont pas changé mais le rendez-vous politique aura lieu lors des élections législatives de septembre 2026, après la parenthèse enchantée de la Coupe du monde. Pour le gouvernement, les investissements massifs dans les infrastructures sportives sont un levier de diversification de l’économie marocaine qui permettra des réinvestissements dans le champ médical et social et de réduire les inégalités entre les zones urbaines et rurales. »

Comment les Marocains ont-ils vécu la finale chaotique contre le Sénégal et la victoire sur tapis vert à la Coupe africaine des nations (CAN) qui était organisée par le Maroc ?

« Le sentiment est mitigé. Il y a eu un soulagement et en même temps beaucoup de frustration car le Maroc aurait espéré gagner la compétition dans le stade. La CAN 2025 a été une immense réussite, seulement entachée en finale par quelques minutes de tension entre les sélections sénégalaise et marocaine et surtout avec le corps arbitral. Le dossier n’est pas clos puisqu’il est entre les mains du Tribunal arbitral du sport. »

(*) Centre marocain de recherche sur la globalisation.

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