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L’Hexagone continue de subir la chaleur éprouvante de la canicule, ce qui n’est pas sans conséquence sur notre humeur et notre santé mentale. Celle-ci agit en effet directement sur notre cerveau, et peut ainsi modifier notre comportement.
Kevin Nectoux - 26 juin 2026 à 18:30 | mis à jour le 26 juin 2026 à 19:33 - Temps de lecture :
Malgré une légère décrue des températures dans l’ouest du pays, la majorité de la France suffoque toujours en raison des très fortes températures. Samedi matin, 50 départements seront toujours en vigilance rouge canicule, et ils seront 37 en journée. Dans cette situation, les corps suent, les yeux brûlent, les gorges s’assèchent, les nuits sont difficiles et… les nerfs craquent. En effet, outre les impacts physiques de la chaleur, celle-ci a également une incidence sur notre santé mentale.
En premier lieu, les températures extrêmes affectent directement notre humeur : l’inconfort physique constant se mêle à la fatigue accumulée en raison des nuits tropicales qui troublent le sommeil. Des situations qui nous rendent plus facilement irritables et renforcent l’anxiété et la nervosité. Cela tient surtout à des explications biologiques. « La chaleur produit des variations sur certains neurotransmetteurs », explique la psychiatre Marine Akkaoui à BFMTV, notamment la sérotonine, également appelée « hormone du bonheur », et la dopamine, qui est associée au plaisir, à la motivation et au mouvement.
Une influence sur l’agressivité
En perturbant notre équilibre neuropsychique, la chaleur extrême dégrade nos relations sociales. Une étude de chercheurs en psychologie sociale Paul Bell et Robert Alan Baron, publié en 1977, avait mis en évidence un lien entre humeur et température. Les deux Américains avaient placé deux groupes d’étudiants dans une pièce. Le premier groupe pouvait critiquer oralement le second, tandis que celui-ci pouvait répondre avec un électrochoc. Les chercheurs ont réitéré l’expérience sous 17 °C, 22 °C, 29 °C et 33 °C. « En conclusion, on peut affirmer que l’agressivité peut être influencée par l’exposition à des températures ambiantes élevées ou basses », indiquaient les deux auteurs.
Exacerbée par la chaleur, cette agressivité peut conduire aux pires agissements. Une autre étude, menée par des chercheurs des universités américaines de Berkeley et Princeton et publiée dans la revue Science en 2013, établit un lien entre des températures extrêmes (hautes ou basses) et l’augmentation des actes violents. « Nous trouvons de solides preuves causales reliant les événements climatiques aux conflits humains à diverses échelles spatiales et temporelles et dans toutes les grandes régions du monde », écrivent les auteurs, ajoutant que « les estimations médianes indiquent que la fréquence de la violence interpersonnelle augmente de 4 % et la fréquence des conflits intergroupes de 14 % ».
Cependant, s’ils jugent que la chaleur peut avoir des effets physiologiques entraînant des réactions violentes, ils mettent également en avant la possibilité que les conditions météorologiques, en affectant la production de ressources essentielles, peuvent inciter les êtres humains à la violence pour s’assurer d’un moyen de subsistance.
Hausse du risque de suicide
De même, d’autres études relèvent le lien entre chaleur et violence domestique. Le programme Spotlight Initiative, initiative de l’ONU pour éradiquer les violences contre les femmes, montrait que le réchauffement climatique accroît « les tensions sociales et économiques qui alimentent la hausse des violences faites aux femmes et aux filles ». D’après cette enquête, chaque degré supplémentaire augmente de 4,7 % les violences conjugales dans le monde. Toutefois, nous ne disposons pas, à ce stade, de chiffres probants démontrant la hausse d’acte délinquant ou criminel en France depuis le début de l’épisode caniculaire.
Si plusieurs travaux tendent à prouver la hausse de l’agressivité et des actes violents envers autrui lorsqu’on est exposé à de fortes chaleurs, d’autres alertent sur les risques pour soi. D’une part, les températures extrêmes fragilisent fortement les personnes psychologiquement vulnérables. Une étude taïwanaise indique par exemple que la chaleur induit une hausse de 7 % du risque de dépression majeure. On observe aussi une hausse des recours aux urgences psychiatriques lors des périodes de fortes températures (les personnes âgées souffrant de troubles mentaux ou vivant dans des conditions précaires sont les plus exposées).
Plus dramatique encore, un travail d’une équipe de l’Imperial College of London, publié dans la revue The Lancet à l’été 2023, a établi que chaque degré supplémentaire de la température moyenne peut entraîner une hausse des risques de suicide de 1 à 2 %, en raison de la modification des relations sociales et de la perturbation du fonctionnement du système nerveux. Des observations inquiétantes alors que les projections climatiques nous mènent pour l’instant vers une France à +2,7 °C en 2050…


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