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De l’Ukraine à l’Iran, l’impossible neutralité du sport mondial

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Publié le 07 mars 2026 à 11:02. / Modifié le 07 mars 2026 à 13:05. 3 min. de lecture

A quatre ans d’intervalle, des Jeux olympiques de Pékin 2026 à ceux de Milan-Cortina 2026, le contraste est éclatant: le CIO (Comité international olympique) s’est contenté mardi dernier d’appeler à garantir «la sécurité des athlètes» se rendant aux Jeux paralympiques, en particulier «ceux susceptibles d’être affectés par les conflits les plus récents». Pas question de mentionner directement les belligérants, ni de qualifier les frappes lancées par les Etats-Unis et Israël hors de tout mandat international, encore moins d’envisager des conséquences sportives.

Or, il n’avait fallu que quelques jours après l’invasion de l’Ukraine, fin février 2022, pour que l’instance condamne «la violation de la Trêve olympique par le gouvernement russe et par le gouvernement bélarusse qui l’appuie», et sévisse contre les deux pays. Face aux menaces de boycott de plusieurs pays européens, la FIFA (Fédération internationale de football association) et l’UEFA (Union des associations européennes de football) avaient à leur tour banni les clubs et sélections russes de leurs compétitions – dont les Mondiaux de 2022 et 2026.

Pragmatisme contraint face aux rapports de force

Cette fois, la FIFA assure simplement «suivre l’évolution de la situation», selon son secrétaire général Mattias Grafström. D’ordinaire hyperactif sur les réseaux sociaux, le patron Gianni Infantino s’est quant à lui gardé de tout commentaire. «On est dans un évitement flagrant», résume Pim Verschuuren, spécialiste de management et géopolitique du sport à l’Université Rennes-II. Pour le chercheur, il ne s’agit pas d’un changement de ligne – impulsé par exemple par la nouvelle présidente du CIO Kirsty Coventry -, mais plutôt d’un «pragmatisme» contraint face aux rapports de force du moment. «En 2022, les pressions politiques étaient telles que le CIO était obligé d’exclure les Russes, sinon les compétitions allaient en pâtir. Aujourd’hui: il ne peut se permettre de désigner et se mettre à dos les Etats-Unis», analyse-t-il.

Lire aussi: «Se concentrer sur le sport»: le prudent accès de modestie du CIO et de la FIFA sur le terrain politique

La première puissance mondiale, au poids sportif déjà surdimensionné en temps normal, accueille coup sur coup le Mondial 2026 de football – premier tournoi masculin à 48 équipes de l’histoire, aux promesses de recettes inégalées – puis les Jeux olympiques 2028 à Los Angeles. Et si le CIO tente pour l’heure de maintenir une distance avec Washington, Gianni Infantino affiche, lui, une proximité totale avec Donald Trump, au point de lui avoir décerné un Prix FIFA de la Paix inventé pour l’occasion. «On est au-delà du ridicule, cingle auprès de l’AFP un familier des instances du foot. Mais c’est assez rationnel, parce qu’il veut que sa Coupe du monde se passe bien.»

L’Iran, imperceptible nation sportive

Dans ces conditions, difficile d’imaginer la moindre critique du patron de la FIFA face à l’indifférence du dirigeant républicain pour le droit international, qu’il s’agisse d’intervenir au Venezuela, de menacer le Groenland ou de forcer un changement de régime en Iran. D’autant que les contre-pouvoirs sont minces: avec son industrie sportive «presque imperceptible à l’échelle mondiale» et son isolement diplomatique, un retrait de l’Iran du Mondial 2026 «susciterait peu d’inquiétude commerciale, économique ou politique», estimait en début de semaine Simon Chadwick, chercheur en géopolitique sportive à l’EM Lyon.

Lire aussi: A cent jours du match d’ouverture, beaucoup de questions et une certitude: la Coupe du monde aura lieu

Ses alliés les plus puissants ne l’aident guère: la Russie est considérablement affaiblie dans les instances sportives et a renoncé à concurrencer les JO avec ses «Jeux de l’Amitié». Quant à la Chine, dépourvue d’influence sur le foot mondial, elle est aussi discrète sur la scène olympique depuis la fin des jeux de Pékin. «Il y a une forme d’unipolarité dans la gouvernance sportive, constate Pim Verschuuren. Le sport est entre les mains des Etats-Unis, avec le financement de leurs alliés du Golfe.»

Des fissures peuvent certes apparaître, selon l’universitaire, illustrées par les critiques européennes face aux velléités américaines sur le Groenland, ou par les tensions que l’alignement pro-israélien de Trump fait peser sur ses relations avec les pays arabes. Mais, globalement, «l’idée même du multilatéralisme s’écroule, et le sport est une des dimensions de cet écroulement. Le CIO est complètement dépassé, tout comme le serait une agence onusienne», résume Pim Verschuuren.

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