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De l’itinérance visible aux quatre coins de Chaudière-Appalaches

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L’itinérance est en hausse constante partout au Québec et la Chaudière-Appalaches est également frappée de plein fouet par cette réalité. Si l’on pouvait croire que l’itinérance visible était réservée aux grandes villes, des campements ont été aperçus au centre-ville de Montmagny depuis l’été dernier.

C’est notamment cette réalité qui a poussé l’organisme magnymontois, la Maison La Frontière, à offrir un refuge pour les nuits froides d’hiver proposant huit lits de camp aux personnes en situation d’itinérance.

Un homme au milieu d'une pièce où plusieurs lits sont visibles.

Marc Couture, coordonnateur à la Maison La Frontière, se trouve dans le dortoir du refuge Lumière d'hiver où huit lits de camp sont disponibles pour les personnes vivant en situation d'itinérance à Montmagny. Le refuge sera ouvert pour l'hiver jusqu'au 30 avril prochain. « On voulait se donner une période d'observation pour savoir si ça allait répondre à un besoin », mentionne Marc Couture.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Au début, on voyait plus de l’itinérance cachée et de l’instabilité résidentielle. Cet été, on a eu une recrudescence des gens qui avaient des campements. On s’est dit qu’avec l’hiver qui arrivait, ça allait être plus difficile [pour ces personnes], explique d’emblée Marc Couture, coordonnateur à la Maison La Frontière.

La petite ville de Chaudière-Appalaches, qui recense quelque 11 200 citoyens, voit ses besoins en soutien à l’itinérance grimper. C’est pourquoi la Maison La Frontière a élargi son offre et a mis sur pied un accueil inconditionnel, il y a trois ans.

Une maison ancestrale en briques rouges.

La Maison La Frontière se trouve au centre-ville de Montmagny.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

C’est vraiment un endroit où tu peux te déposer, identifier tes besoins et trouver des solutions avec les gens ici. [...] On ne te demande pas de répondre à des critères, on te prend comme tu arrives. C’est à nous de créer un lien de confiance, illustre Paule Giasson, directrice à la Maison La Frontière.

Mensuellement, ce sont une cinquantaine de personnes uniques et plus de 200 visites qui entrent à l’organisme magnymontois.

Une femme souriante devant une escalier.

Paule Giasson est directrice à la Maison La Frontière de Montmagny. L'organisme communautaire a été fondé il y a 45 ans.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

L’itinérance, au-delà d’un manque d’hébergement, c’est un cumul de rupture avec la société. Tout le monde arrive avec un parcours particulier, l’urgence de prendre son temps, écouter, partir des besoins, c’est notre leitmotiv, met en lumière Paule Giasson.

Pour la population, l’itinérance qui était cachée était maintenant visible.

La dure réalité

Pour Luka Turgeon, un usager des services de la Maison La Frontière et sans domicile fixe depuis plus de deux ans, ce genre de services change de façon positive son train de vie.

Depuis que je viens ici, je me sens de mieux en mieux et j’ai le goût de retravailler et trouver un logement, dit celui qui partage avoir retrouvé de la confiance et de l'estime de soi.

Un homme barbu avec un chapeau et une casquette.

Luka Turgeon travaillait à Québec lorsqu'il a perdu son logement. Le livreur de pain a dormi pendant plusieurs mois dans son camion avant de perdre son emploi. Par la suite, il a déménagé à Montmagny il y a un peu plus de deux ans où il est sans domicile fixe.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Il tente même de redonner et d'accompagner les personnes dans sa situation afin qu’elles puissent venir chercher de l’aide, comme lui.

Ça m’a permis d’avoir un soutien, d’avoir de l’aide. En même temps, je peux donner de l’aide comme eux font avec moi. Je le fais personnellement. [...] Je donne l’exemple, avance Luka Turgeon.

Une église au bout d'une rue d'un centre-ville en hiver.

La ville de Montmagny dans Chaudière-Appalaches compte 11 200 citoyens.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Des ressources déployées

Selon les plus récentes statistiques sur l’itinérance, 293 personnes étaient en situation d’itinérance en Chaudière-Appalaches.

Cependant, ces données datant de 2022 seront bientôt actualisées par Santé Québec. Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches estime que les résultats pourraient avoisiner les 650 à 700 personnes en situation d’instabilité résidentielle sur le territoire.

Une tente bleue posée sur la neige devant un bâtiment.

Des gens campent dans une tente derrière les estrades du terrain de baseball du parc Marcel-Desjardins à Montmagny.

Photo : Radio-Canada

On parlait d’itinérance cachée, on est davantage dans l’itinérance visible actuellement. [...] Avant, c’était dans les grandes villes, ça a touché les plus petites villes et maintenant les milieux ruraux. Avec la situation financière, l'augmentation du coût de la vie, du prix des logements, on se retrouve dans cette situation, déplore Véronique Veilleux, directrice du programme santé mentale et dépendance au CISSS de Chaudière-Appalaches.

Il y a plusieurs personnes qui se retrouvent à une paie d’être à la rue. On a de l’itinérance dans les voitures, donc des familles qui demeurent dans les voitures parce que les logements ne sont plus abordables.

Et même à Saint-Georges

Sur la Rive-Sud, ce sont quatre accueils inconditionnels qui sont répartis sur l’ensemble du territoire, dont ceux de Montmagny, Lévis, Thetford Mines et Saint-Georges. C’est notamment la Maison d’hébergement Au Bercail située à Saint-Georges qui a été précurseure à ce chapitre dans la région.

Un bâtiment en briques avec des voitures stationnées devant.

L'Assiettée beauceronne et l'accueil inconditionnel se trouvent sous un même toit dans un édifice inauguré en 2023.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Fondé en 1983, l’organisme beauceron a débuté modestement en offrant une maison d’hébergement pour les personnes en situation d’itinérance. En 2012, il ouvrait déjà les portes de son accueil inconditionnel.

On se disait que les gens avec de grandes vulnérabilités devaient avoir un endroit pour avoir une réponse à leurs besoins et qu’on pourrait les référer vers les services existants, raconte Cathy Fecteau, directrice générale de l'organisme Au Bercail.

Des lits de camp côte-à-côte dans une pièce.

Dix lits d’urgence ont été déployés en période de grand froid par l'équipe du Bercail dans les locaux de son accueil inconditionnel.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Depuis trois ans, l’organisme offre 10 lits d’urgence pour la saison hivernale en plus des 24 lits pour différents types d’hébergement de courte à longue durée. Ce sont environ 6 000 nuitées qui y sont offertes chaque année.

Le changement de réalité

Ce qui va toujours demeurer, c’est ce que les gens ont dans leur petite valise, les souffrances et les difficultés. Aujourd’hui, la pénurie de logements et le coût de la vie, ça nous met beaucoup de bâtons dans les roues pour se sortir la tête de l’eau, affirme Cathy Fecteau.

Une femme assise à une table discute avec un homme.

Cathy Fecteau travaille au Bercail depuis 1999. Elle en profite aujourd'hui pour jaser avec un résident venu chercher un repas chaud à l'Assiettée beauceronne.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

La collaboration entre tous les partenaires du milieu est de plus en plus cruciale pour répondre aux besoins criants de la population, estime Emilie Vachon, agente de liaison au Bercail.

Sur le terrain, les intervenants constatent une augmentation des usagers, de la vulnérabilité, de nouveaux besoins ainsi que du niveau de la souffrance et de la détresse. Si Emilie Vachon est arrivée au Bercail en 2014, sa réalité est totalement différente 12 ans plus tard.

Une femme tient un livre dans ses mains.

Emilie Vachon, agente de liaison au Bercail, tient dans ses mains le journal de l'organisme, le Boulot, où l'on retrouve des nouvelles des usagers. « Il y a des recettes, des artistes musicaux, certains [usagers] originaux, ils ont envie que les gens les connaissent », explique-t-elle.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

[Avant,] on avait plus de temps avec [les usagers]. On pouvait s'asseoir et jouer aux cartes. Le sentiment d’avoir plus de temps, eux aussi, ils le ressentent. Les petits feux se réglaient plus facilement. Aujourd’hui, il y a tellement d’enjeux et de blocages, ils arrivent avec tout ça, mais ça prend du temps, souligne-t-elle.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches, de concert avec les quatre accueils inconditionnels du territoire, travaille constamment pour trouver de nouvelles façons d’approcher et de répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance, forcé de constater que la situation n’ira pas en s’améliorant.

Une rue enneigée avec un viaduc, des maisons et un hôtel.

Le secteur de la ville de Saint-Georges où se trouve l'organisme Au Bercail. La ville compte plus de 34 000 résidents.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

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