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Dans un documentaire foisonnant, Stéphane Guez donne la parole à des proches du grand réalisateur dont il brosse un portrait intime.
« Il est impossible de raconter la vie d’une personne. Le mieux qu’on puisse espérer c’est de capturer le “Rosebud”, le mystère de chacun », estimait David Lynch, mort le 16 janvier 2025 à Los Angeles. Le journaliste Stéphane Guez s’est donné comme mission de trouver le « Rosebud » du monstre sacré du cinéma américain pour réaliser son documentaire, justement intitulé David Lynch, une énigme à Hollywood . Encouragé par Fabienne Servan-Schreiber et Florent Péridont, deux producteurs ambitieux, il mène l’enquête sur un « artiste de l’étrange, d’une liberté sans concession », qui a marqué l’histoire du septième art.
Guez revient sur la jeunesse de l’auteur de Mulholland Drive, ses films et les entretiens qu’il accordait au compte-goutte pour éviter que l’on tente de percer ses secrets. Mais, comme l’observe la comédienne Isabella Rossellini, qui fut sa compagne, « c’est très dur de démêler ce qui est David et ce qui ne l’est pas dans ses films ». D’autant que pour ce dernier, tourner était un moyen de se « perdre dans d’autres mondes ».
Le journaliste et réalisateur découpe son sujet en différents chapitres, dont le premier s’intitule « Bienvenue chez David Lynch ». Adepte de la méditation, le metteur en scène ne laissait aucune place au hasard. La découverte, adolescent, de l’atelier de peinture du père d’un ami produit un déclic. Il veut être peintre avant de faire du cinéma. Peggy Reavey, sa première femme, qu’il rencontre à l’école des Beaux-Arts, parle de l’influence de Francis Bacon. Une exposition de l’artiste lui « donne accès à cette part de noirceur qui était déjà en lui », analyse-t-elle.
Twin Peaks casse les codes
« C’est un réalisateur né », résume Jack Fisk son directeur artistique. Son premier long-métrage, Eraserhead, en noir et blanc, tourné à Philadelphie, le confirme. Faute de moyens, David Lynch mettra cinq ans pour le réaliser. « Il parle de toutes ses peurs », souligne Peggy Reavey. « Je n’ai jamais voulu me marier, ni avoir d’enfant, mais il y a des événements qui nous tombent dessus et imposent un changement, confirme son ancien mari qui lui a donné une fille. Ces événements sont des cadeaux, on ne dirait pas sur le moment, mais ce sont de précieux cadeaux », ajoute-t-il en esquissant un sourire. Eraserhead sort en 1977 et trouve son public. « Le mot “lynchien” est même entré dans le dictionnaire », rappelle Jack Fisk.
Puis vient Elephant man. On apprend qu’Anthony Hopkins avait peu de considération pour David Lynch à l’époque. C’est trente ans plus tard qu’il lui fera des excuses et qualifiera le film de chef-d’œuvre. « C’est sur ce film que David a appris à jouer les durs », se remémore Laura Dern, qu’il a dirigée. Après Dune, son « Waterloo », le cinéaste fabrique enfin un nouveau long-métrage personnel, étrange et fascinant : Blue Velvet (1986). Le point de départ ? Un étudiant qui trouve une oreille dans un champ. « On veut savoir ce qui se passe derrière le décor, dans un film on peut le montrer », explique David Lynch.
Au début des années 1990, sa série Twin Peaks casse les codes du genre et devient un phénomène. Mordus, les spectateurs s’impatientent, réclament la suite, « hallucinent », ainsi que le dit un observateur. Deux ans après, le préquel, Twin Peaks : Fire Walk With Me conforte la force de « l’œuvre » : « On a pris conscience que nous étions totalement en phase sur l’importance des émotions et de la puissance du cinéma comme mode symbolique et non linéaire », signale Mary Sweeney, autre ex-épouse de David Lynch. Laura Dern réfléchit sur la saison 3, achevée vingt-cinq ans plus tard en 2017 : « Il a dû passer des années à imaginer ce voyage final à Twin Peaks. » Quant à l’intéressé, il conclut : « Chaque vie est un mystère. »


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