Des élections législatives, largement restreintes et critiquées à l’international, débutent dimanche en Birmanie à l’initiative de la junte au pouvoir, qui les présente comme un retour à la démocratie, cinq ans après avoir renversé le gouvernement et déclenché une guerre civile. L’ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est toujours emprisonnée et son parti a été dissous après le coup d’Etat militaire de février 2021, qui a refermé la parenthèse démocratique dans le pays. L’ONU et de nombreux pays occidentaux et défenseurs des droits humains ont condamné ce scrutin échelonné sur un mois, dénonçant notamment la répression de tout semblant d’opposition.
Le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), favorable aux militaires, devrait arriver largement en tête, ce que les critiques considèrent comme un moyen détourné de pérenniser le régime militaire. Peuplée d’environ 50 millions d’habitants, la Birmanie est déchirée par une guerre civile et les élections ne se tiendront pas dans les larges zones tenues par les rebelles. Dans celles contrôlées par la junte, la première des trois phases doit s’ouvrir à 6h30 (0h30 en Suisse), notamment dans les circonscriptions des villes de Rangoun, Mandalay et Naypyidaw, la capitale.
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Alors que la junte menait une vaste offensive pour reprendre du territoire, la campagne électorale n’aura vu aucun des grands rassemblements populaires qu’Aung San Suu Kyi suscitait autrefois. «Il est impossible que cette élection soit libre et équitable», estime auprès de l’AFP Moe Moe Myint, âgée de 40 ans, qui fuit depuis deux mois les frappes aériennes de l’armée. «On est sans abri, cachés dans la jungle, entre la vie et la mort».
A Myitkyina, dans le nord du pays, un homme de 33 ans, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité, estime que «les militaires essaient juste de légaliser le pouvoir qu’ils ont pris par la force». Il n’a pas l’intention de participer au vote, que le chef de la junte, Min Aung Hlaing, présente régulièrement comme une étape vers la réconciliation nationale.
L’armée a dirigé la Birmanie depuis son indépendance en 1948, en dehors d’un interlude démocratique entre 2011 et 2021, qui avait suscité une vague de réformes et d’optimisme pour l’avenir du pays d’Asie du Sud-Est. Mais quand la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi a largement devancé les candidats proches des militaires aux élections de 2020, le général Min Aung Hlaing s’est emparé du pouvoir, invoquant une fraude électorale généralisée.
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Agée de 80 ans, Aung San Suu Kyi purge une peine de 27 ans de prison pour plusieurs condamnations allant de la corruption à la violation de règles anti-Covid. «Je ne pense pas qu’elle considérerait ces élections comme significatives, pas du tout», a déclaré son fils, Kim Aris, depuis la Grande-Bretagne. Selon le Réseau asiatique pour des élections libres, les noms des partis qui avaient remporté 90% des sièges lors des dernières élections ne figurent pas cette fois sur les bulletins de vote après avoir été dissous par la junte.
Cette dernière a annoncé poursuivre plus de 200 personnes pour avoir «tenté de saboter le processus électoral», ciblant toute manifestation ou même critique sur le scrutin, qui ne pourra pas se tenir dans environ une circonscription sur six de la chambre basse. «Ces élections se déroulent clairement dans un climat de violence et de répression», a déclaré dans la semaine le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk. La deuxième phase du scrutin doit avoir lieu dans deux semaines, avant une troisième et dernière le 25 janvier.
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