Voici plus d’un demi-siècle, un historien américain du nom de Hayden White semait le trouble dans sa profession en cherchant à montrer que ses confrères modelaient largement leurs textes sur les mêmes procédés stylistiques et narratifs que les écrivains. La «réalité historique» se révélait pour lui comme une construction, pour ne pas dire une fiction. A juger les libertés que tant de gouvernements de nos jours prennent avec leur manière de présenter le passé, la thèse de White peut résonner de façon rétrospective comme une sorte de cri d’alarme.
On n’en saluera qu’avec plus de vigueur les tentatives que d’autres historiens actuels mènent pour rétablir au moins l’idée d’une approche possible de ce qu’il faut continuer à nommer malgré tout une «vérité». Christian Jouhaud est de ceux-là. Cet historien, spécialiste de Richelieu et du XVIIe siècle français, publie aujourd’hui un ouvrage intitulé Voir le passé, dans lequel il soumet à l’analyse une série de représentations empruntées à des époques très différentes dans lesquelles un mémorialiste, un peintre, un écrivain ou un témoin ont cherché à «faire voir» une scène ou une situation, voire une atmosphère particulière.


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