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Dans le fief des Peaky Blinders à Birmingham, tout le monde ne voit pas leur retour de la même façon

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Le phénomène sur place est-il celui qu’on raconte dans le monde ? On s’est rendu à Birmingham et ses alentours pour sonder la population, à l’occasion de la sortie du film « Peaky Blinders : L’Immortel » sur Netflix.

Thomas Shelby et ses deux frères, ici dans « Peaky Blinders », saison 3.

Netflix

Thomas Shelby et ses deux frères, ici dans « Peaky Blinders », saison 3.

Clope au bec, béret sur la tête, et costumes trois-pièces… Les Peaky Blinders sont de retour. Quatre ans après l’arrêt temporaire de la série, un film consacré à la suite des aventures de la bande de malfrats de Cillian Murphy est arrivé sur Netflix, ce vendredi 20 mars, remettant une pièce (en or) dans la machine du phénomène.

Succès planétaire depuis l’arrivée de la plateforme de streaming dans l’équation, la saga créée par Steven Knight en 2013 pour la BBC est entrée dans la pop culture. Dans le monde, des lignes de vêtements inspirés des « outfits » si reconnaissables du gang ont été créées. Des jeux vidéo et des plateaux de Monopoly, aussi.

Au Royaume-Uni, idem. Les bars à thème et escape game ont fleuri en parallèle d’un regain d’intérêt pour certains des prénoms du show, comme Ada et Arthur. Et à Digbeth, quartier en plein essor de Birmingham d’où sont originaires les vrais gangsters ayant inspiré la série, c’est sur les murs de street art que l’engouement se mesure.

« C’est iconique »

« J’adore Peaky Blinders. C’est iconique », nous confie Ali, un barbier du coin que nous avons rencontré sur place. Il n’a que 17 ans, et malgré son très jeune âge, c’est un fan de la première heure. Mieux, il voit d’un très bon œil le retour de la série pour les « affaires » en ville, lui qui assure avoir dernièrement coiffé un des membres du casting.

Deuxième ville du pays, Birmingham n’a pourtant jamais été une destination privilégiée par les visiteurs locaux, ni étrangers. Durement affectée par la désindustrialisation puis le Brexit, Brum (c’est son surnom) connaîtrait un regain d’intérêt en partie grâce à la série, qui aurait transformé le tourisme dans la région, d’après la presse anglaise.

Difficile de chiffrer concrètement ces dires, même si les Britanniques sont semble-t-il très demandeurs de découvrir les lieux de tournage de leurs films et séries préférées pendant leurs vacances, d’après une étude de VisitBritain (organisme responsable de la promotion du tourisme au Royaume-Uni, ndlr) en 2023.

Un truc « d’amour-haine »

Il n’empêche. Dans leur fief, ces truands de Shelby semblent être un bon argument marketing. Au Old Crown, l’un des plus anciens pubs de la ville, sa gérante a tenu une grande fête à thème en partenariat avec le cinéma indépendant le plus proche, le jour de la sortie (en salles, au début du mois) du long-métrage.

« Ici, c’est un gros truc. Beaucoup de gens, surtout des touristes, viennent nous demander si c’est le bar dans lequel les Peaky Blinders se réunissaient vraiment », nous certifie Brownen, pas vraiment amatrice de la série par ailleurs.

Photo d’archive du Old Crown, ici en 1952.

Mirrorpix / Getty Images

Photo d’archive du Old Crown, ici en 1952.

La barmaid précise : « À Birmingham, les habitants ont plutôt un truc d’amour-haine avec le show. Dans les premières saisons, les personnages étaient vraiment des connards, ce qui pouvait être assez difficile à regarder quand on sait à quoi ressemblait la réalité. Mais beaucoup de monde adore aussi l’intrigue et l’ambiance générale. »

Sur Facebook, un groupe baptisé « West Midlands Peaky Blinders » (du nom de la région) compte près de 50 000 abonnés. Très actif encore aujourd’hui, il sert surtout de plateforme de discussions entre les fans du coin, qui se retrouvent régulièrement, sapés comme leurs idoles de jadis, comme ici au Old Crown.

Black Sabbath, street art, etc.

Jonathan Berg n’en fait pas partie, mais le sexagénaire est « bien obligé » de regarder la série, nous dit-il. Guide touristique depuis qu’il a pris sa retraite il y a dix ans, ce fier habitant de Brum a épinglé sur sa carte plusieurs coins emblématiques de la ville pouvant avoir inspiré le scénario, notamment le long des canaux.

Mais attention, pas de méprise. Pour lui, si hausse du tourisme il y a, les Peaky Blinders n’en sont pas les seuls responsables. Lui cite notamment le street art, l’héritage industriel ou les Black Sabbath. Les images des obsèques de leur leader Ozzy Osbourne ont fait le tour du monde, en juillet de l’année dernière.

« En revanche, les choses peuvent changer », nous souffle-t-il. Décor de l’intrigue, Birmingham n’a pas vraiment servi de tournage pour l’instant, contrairement à Liverpool, qui a capitalisé fort dessus au gré de visites en bus. Les prochaines saisons pourraient y remédier, grâce à l’implantation récente des studios à Digbeth.

« Ici, c’est le Black Country »

À une dizaine de kilomètres de là, la série a déjà bel et bien posé ses valises. Où ça ? Au Black Country Living Museum, un musée à ciel ouvert dont les bâtiments de cette ville construite de toutes pièces ont, entre autres, servi à imaginer Charlie’s Yard, un chantier naval fictif présent à l’écran dans chacune des saisons.

Loin de notre Guédelon hexagonal, les visiteurs voyagent, ici, de l’ère de la Révolution industrielle au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Si leur nombre grandit depuis le lancement de Peaky Blinders, à l’intérieur de l’équipe qui gère le site, tous ne crient pas hourra. « Ça paye les salaires », réagit modestement un certain Barry.

Tournage du film « Peaky Blinders », ici au Black Country Living Museum.

Robert Viglasky/Netflix

Tournage du film « Peaky Blinders », ici au Black Country Living Museum.

Dans ses habits d’époque, le vieux monsieur tient la fausse boutique de vêtements pour hommes de la rue commerçante. Dire qu’il n’aime pas la série est un euphémisme. « Ce n’est pas pour moi, nous lance-t-il un peu par chauvinisme en raison du manque d’authenticité. Ici, c’est le Black Country (l’une des zones les plus industrialisées de l’histoire du pays, ndlr), pas Birmingham. »

Les Midlands « sur la carte du monde »

Andrew, autre « historic character » comme on les appelle ici, n’est pas de cet avis. Qu’importent les lames de rasoir dans les casquettes ou les ajouts fictionnels, « la série a mis les Midlands sur la carte du monde, s’enthousiasme-t-il. La plupart des shows sont implantés à Londres et ses alentours. C’est bien d’avoir quelque chose à nous. »

Aussi, « c’est gagnant-gagnant » pour le musée, ajoute-t-il. Depuis qu’il a commencé à travailler ici il y a trois ans, il a vu le nombre de visiteurs - « parfois en provenance des États-Unis ou du Japon » - se diversifier, et grimper. À tel point que les équipes ont pu construire une nouvelle rue. Et puis, « les accents ne sont pas si mauvais ».

Pour preuve, « ma femme américaine devait mettre les sous-titres pour regarder la série », nous confie à la sortie du coiffeur un touriste du nom de Matthew. Il est dithyrambique sur le contexte historique de la série « qu’on ne nous apprend pas à l’école ». Malheureusement, le couple n’a pas été au-delà de la saison 3. La raison ? Ce même fichu accent.

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un voyage de presse organisé par VisitBritain et easyJet, sans aucun droit de regard de cet organisme sur le contenu éditorial décidé par Le HuffPost.

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