L’enfance, ça pique, ça pue, ça poisse. Pour s’en défaire sans la renier, Louis Achille, également membre du groupe lausannois Basalte, publiait en septembre dernier J’aurais voulu être douze serpents. A la manière des vivariums qui reproduisent les milieux naturels des espèces qu’ils hébergent, ce roman d’apprentissage agrège par fragments des bribes de paysage intime. A l’école, les grands pourchassent Louis – alter ego gémellaire de l’auteur – pour l’obliger à gober des poignées de neige. Il s’aventure avec ses camarades dans les gravières de la cimenterie du coin. Leur immeuble ronronne sous un pont autoroutier; les gamins courent d’un palier à l’autre «comme une meute de chiens».
Ses parents ont divorcé peu après sa naissance. A la maison, la mère refait sa vie et un enfant. Le beau-père Carmine, un musicien frustré, empoisonne l’atmosphère. Le dimanche, autour du gigot maternel, on fait semblant d‘être heureux. Dans l’autre maison, un appartement exigu, le père vit de coups de tête et de causes perdues, boit, vitupère, klaxonne, fraude, ressasse et démolit ce qu’il approche. Le narrateur et sa sœur Alix sont trimbalés de l’un à l’autre. Accrochés au même radeau, ils partagent leurs jouets et leurs peines.


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