Les Etats-Unis ont averti mardi qu'ils ne resteraient pas «les bras croisés» face au Nicaragua, après que le président Daniel Ortega a refusé d'organiser des élections générales en 2027, pour empêcher l'opposition en exil d'arriver au pouvoir.
Lire aussi: Murillo-Ortega, le couple présidentiel du Nicaragua, renforce son emprise en commandant les arméesAncien guérilléro marxiste et chef de file d'une révolution contre un autocrate soutenu par les Etats-Unis, Daniel Ortega, aujourd'hui âgé de 80 ans, est au pouvoir depuis les élections de 2007, contestées par la communauté internationale. Avec son épouse Rosario Murillo, élevée au rang de coprésidente, ils dirigent le Nicaragua d'une main de fer, en particulier depuis la répression des manifestations de 2018 qui ont causé la mort de plus de 300 personnes, selon l'ONU, et qu'ils considèrent comme une tentative de coup d'Etat coordonnée par les Etats-Unis.
«Qu'ils oublient! Ici, au Nicaragua, n'y aura plus d'élections qui leur permettent d'essayer de s'emparer du pouvoir», a-t-il dit devant des milliers de partisans. «L'histoire des partis installés par les Yankees (les Américains, ndlr) revenant au gouvernement est finie, pour toujours», a-t-il lancé.
Le Parlement nicaraguayen a indiqué mardi avoir entamé «l'analyse» des réformes nécessaires pour se conformer aux «orientations présidentielles».
Preuve de «lâcheté et peur»
Le président Donald Trump et la communauté internationale «ne resteront pas les bras croisés pendant que la dictature (...) accroît la répression et fabrique une instabilité qui menace la sécurité nationale» des Etats-Unis, a averti le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, sur X.
«Abolir» les élections «démontre sa lâcheté et sa peur de la volonté du peuple nicaraguayen», a-t-il ajouté, appelant les membres de la communauté internationale à «unir leurs forces pour montrer à la dictature Murillo-Ortega qu'elle ne peut pas s'attendre à maintenir des relations comme si de rien n'était avec les autres nations».
Lire encore: Le parlement du Nicaragua octroie les pleins pouvoirs au couple présidentiel Daniel Ortega et Rosario MurilloWashington impose des sanctions au gouvernement nicaraguayen, telles que des restrictions de visa visant plus de 2350 fonctionnaires et leurs familles, mais n'exerce pas une pression similaire, notamment économique, à celle que subit actuellement Cuba.
Le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Albert Ramdin, s'est désolé d'un «régime qui a abandonné la démocratie». Le gouvernement du Costa Rica a rappelé son ambassadeur à Managua pour consultations.
Intention de «transformer le Nicaragua en un pays à parti unique»
Lors des derniers scrutins, organisés en novembre 2021 après l'emprisonnement d'opposants susceptibles de disputer la présidence, Daniel Ortega a remporté une large victoire avec son parti du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), ex-guérilla qui avait renversé le dictateur Anastasio Somoza en 1979. A la faveur d'une réforme constitutionnelle en 2024, il a allongé la durée du mandat présidentiel de cinq à six ans.
Des dirigeants de l'opposition interrogés par l'AFP estiment que Daniel Ortega craint une défaite dans les urnes et a décidé d'avancer vers un régime de parti unique.
Pour Juan Sebastian Chamorro, coordinateur d'un mouvement politique en exil, Daniel Ortega a finalement avoué son intention de «transformer le Nicaragua en un pays à parti unique comme la Chine, la Corée du Nord et Cuba». Selon lui, sa décision a été motivée par «nos pressions et celles de la communauté internationale».
«Ortega avoue ce qui le préoccupe le plus: il n'a pas réussi à neutraliser l'opposition (...), il sait que la volonté de changement est toujours vivante et qu'elle continue de lui disputer le pays», a déclaré Félix Maradiaga, ancien candidat à la présidence et ex-prisonnier politique, déchu de sa nationalité et exilé aux Etats-Unis.
«La peur a augmenté», affirme pour sa part l'ex-commandante guérillera et ex-prisonnière politique Dora Maria Téllez, soulignant «l'échec dans la tentative d'embarquer» des partis locaux dans une «farce électorale».
Purge auprès des opposants et des avocats
De nombreux opposants, intellectuels, journalistes et religieux ont du prendre le chemin de l'exil, beaucoup après avoir été emprisonnés. Quelque 450 ont été déchus de leur nationalité et ont vu leurs biens spoliés.
En juillet, des experts de l'ONU ont condamné la «purge» en cours après la décision du gouvernement nicaraguayen d'annuler sans explication les permis de travail de quelque 2000 avocats.
Des réformes constitutionnelles ont en outre privé le domaine judiciaire de son statut de pouvoir indépendant, le redéfinissant comme un «organe» devant être coordonné par les coprésidents.


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