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”D’ici à dix jours, toute la Belgique sera concernée par cette sécheresse extrême”

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À travers toute l'Europe, les chaleurs estivales records exacerbent la sécheresse, asséchant les sols et provoquant l'évaporation des réserves d'eau, alerte une nouvelle étude parue jeudi et réalisée par le consortium de scientifique du World Weather Attribution (WWA). Alors que l'été est loin d'être terminé, des vagues de chaleur incessantes et un temps sec ont déjà entraîné des pertes agricoles, des incendies de forêt dangereux et des niveaux de rivières historiquement bas, constatent les scientifiques.

Les agriculteurs français font face à leur pire récolte de maïs depuis 50 ans, tandis que la Roumanie a perdu plus d'un million d'hectares de cultures. L'assèchement des grands cours d'eau perturbe la navigation et menace la production d'énergie. Ainsi, la semaine dernière, les Pays-Bas ont officiellement déclaré une pénurie d'eau et le transport maritime s'attend à des problèmes. En Allemagne, le Rhin, artère vitale du commerce européen, affiche dans certaines parties un niveau de l'eau tellement bas que les cargos ont dû réduire leur chargement et le répartir sur plusieurs navires, ce qui a entraîné une hausse des coûts.

Après une alerte orange à la sécheresse en Flandre, quels risques en Wallonie ?

Principal facteur d'aggravation

Selon l'étude du WWA, la chaleur extrême, amplifiée par le changement climatique, est désormais le principal facteur d'aggravation des sécheresses en Europe, davantage que la seule diminution des précipitations. "Malgré une pluviométrie hivernale accrue sur la majeure partie de l'Europe, nous observons désormais une tendance marquée à un assèchement inhabituel des sols dès le printemps, avant même le début de l'été. C'est le résultat de nos propres actions : à mesure que les températures grimpent, l'atmosphère devient plus avide d'humidité, la puisant dans les rivières, les lacs, les réservoirs et les sols. Cela modifie fondamentalement la manière dont se forment les sécheresses en Europe : elles résultent de moins en moins d'un manque de précipitations et de plus en plus d'un air plus chaud qui empêche l'eau de pluie de rester dans le sol", détaille Dominik Schumacher, chercheur à l'Institut de la science climatique et atmosphérique de l'ETH Zurich.

La chaleur extrême accélère l'évaporation, et ces conditions sont désormais environ 80 fois plus fréquentes en Europe occidentale, selon l'étude. En Belgique, on observe également ce phénomène où la sécheresse est aggravée par la chaleur. "C'est en effet le souci, constate le météorologue de l'IRM Pascal Mormal. Depuis maintenant la fin du mois de mai, la Belgique se trouve dans des conditions souvent extrêmement anticycloniques, avec juste une petite transition plus fraîche pendant la première quinzaine de juin. Du 18 juin au 17 juillet, la température moyenne était de 23,4 °C, soit la plus élevée jamais observée sur 30 jours, quel que soit le mois de l'année. Cette séquence de fin juin jusqu'à la mi-juillet 2026 a vraiment été historiquement chaude. Elle a aussi été très sèche, hormis une journée extrêmement pluvieuse le 28."

sdsSituation du 22 juillet. ©IRM

Résultat ? Actuellement, si l'on observe la situation sur 30 jours, quasi l'entièreté du pays se trouve dans une situation "extrêmement sèche". "Un axe de la région de Mons à la région bruxelloise apparaît moins concerné. Mais c'est simplement dû aux très gros orages du 28 juin, qui ont donné localement des cumuls très importants. Uccle, en une demi-heure, a récolté la moitié d'un mois de de juin complet, ce qui fausse un peu la carte", précise Pascal Mormal. En réalité, du 1er juillet jusqu'au 21 juillet, il est tombé seulement 1,4 mm de précipitations à Uccle. "Ce qui est évidemment très peu. Depuis le début des mesures en 1892, c'était la seconde séquence la plus sèche sur la période des trois premières semaines de juillet (0,4 mm en 1971). À part des orages ponctuels, notamment en Ardennes, il y a eu très peu de pluie sur l'ensemble du pays."

La vague de chaleur de juin a été "exceptionnellement meurtrière", en particulier en Wallonie

Sauf la Gaume

Et les prévisions météorologiques ne sont guère optimistes. "Si on intègre les prévisions pour les dix prochains jours, la carte de Belgique devient alors pratiquement entièrement brune, donc "extrêmement sèche". Toute la Belgique, sauf vraiment l'extrême sud, soit la région de la Gaume, est maintenant concernée par une sécheresse extrême."

sdPrévisions à dix jours. ©IRM

Il s'agit toutefois d'une sécheresse de surface : "Au niveau des nappes phréatiques, il n'y a pas vraiment encore de grosses inquiétudes pour le moment. Par contre, pour la sécheresse des sols, l'impact est visible après quelques semaines sans pluie."

Selon l'étude du World Weather Attribution, les sécheresses des sols agricoles en Europe occidentale sont devenues cinq fois plus fréquentes en raison du changement climatique. Des déficits pluviométriques comme ceux observés cette année auraient historiquement entraîné des sécheresses moins graves. Cependant, la chaleur supplémentaire accélère l'évaporation de l'humidité du sol, ce qui aggrave la situation.

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Impact visible à la campagne

En Belgique, dans les zones agricoles, l'impact de la sécheresse saute aux yeux. Tout d'abord dans les prairies, qui apparaissent souvent complètement "brûlées", mais aussi dans les cultures, où la moisson a eu lieu avec trois semaines d'avance et est désormais quasiment terminée. "Dans les prairies de fauche, qui servent aux réserves d'alimentation du bétail pour l'hiver, l'herbe ne repousse plus depuis la dernière fauche et est complètement jaunie. Il y aura donc moins de réserve de fourrage, constate Benoît Haag, secrétaire général de la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA). Les prairies pâturées, elles, sèchent très vite ces derniers jours, ce qui oblige les fermiers à ramener le bétail à l'étable pour le nourrir, ou apporter du foin et de l'eau sur place."

Du côté des grandes cultures d'hiver, le froment est impacté, avec une perte de 10 % de rendement. "Le grain a cuit sur pied, résume le secrétaire général de la FWA. Entre le 15 juin et la fin juillet, le grain de froment se remplit. Ici, il a mûri beaucoup plus vite que d'habitude, il a en fait séché, et n'a donc pas eu le temps de se remplir correctement pour atteindre l'entièreté de son rendement."

"Pour les céréales d'hiver, on a quand même sauvé la donne, le rendement reste acceptable dans la plupart des cas, nuance Benoît Haag. Par contre, pour les cultures implantées au printemps (maïs, betteraves, pois, pomme de terre…), et qui n'ont actuellement pas d'eau pour développer la graine ou le tubercule, cela risque effectivement d'être plus compliqué. Si cela dure encore deux ou trois semaines, les rendements seront fort impactés. Par contre, s'il y a de la pluie dans les deux semaines, les effets pourraient être atténués."

Ainsi, certains maïs sont déjà en train de sécher sur pied tandis que d'autres montrent des difficultés de floraison, avec à la clé peut-être moins de "carottes". Les betteraves, elles, peuvent compter sur leurs profondes racines, mais aux heures les plus chaudes, leurs feuilles flétrissent déjà. Les pommes de terre, en pleine floraison et dont le tubercule n'a pas encore commencé à grossir, pourraient être d'un calibre inférieur si les conditions restent sèches. Pour les légumes et pour les pois, des plantes très demandeuses en eau vu leur cycle très court et leur enracinement superficiel, leur rendement sera très dépendant de la date de semis et de récolte.

Pour soutenir les agriculteurs face à ce genre d'événements, Benoît Haag appelle une fois de plus à réaménager le mécanisme des calamités agricoles, en faisant appel à un partenariat public privé et donc aux assurances. "Le fonds d'intervention publique, à la capacité limitée, n'est plus adapté à l'ampleur et à la fréquence de ces événements, donc pour couvrir les risques pris par les agriculteurs face au changement climatique", plaide-t-il.

Les sorties en kayak impossibles presque partout en Wallonie

Plus de kayaks sur les cours d'eau wallons

Parallèlement, dans notre pays, le niveau des cours d'eau baisse également. Dès le 14 juillet, la Région wallonne signalait que les débits des cours d'eau navigables étaient très bas pour la saison (dans les 10 % les plus bas de ces dernières années, pour la majorité d'entre eux), tandis que celui des cours d'eau non navigables était comparable aux dernières années les plus sèches. Et actuellement, vu le déficit de précipitations, la chaleur et l'ensoleillement, "les débits des cours d'eau continuent de baisser", avertit Stéphanie Ernoux, du Cortex, qui précise que diverses mesures ont été prises en Wallonie dans ce contexte.

Sans surprise, la navigation de loisir, dont les kayaks, sont désormais interdits sur l'ensemble des cours d'eau non navigables. La pêche est pour sa part suspendue dans l'ensemble des cours d'eau "relevant des zones d'eaux vives et des zones d'eaux mixtes" – principalement des cours d'eau non navigables – afin de limiter le stress des poissons.

Au niveau énergie, un arrêté ministériel a été pris pour suspendre la production hydroélectrique des microcentrales implantées sur les cours d'eau non navigables. Cette mesure vise à préserver les faibles débits résiduels et à limiter les impacts sur les écosystèmes aquatiques.

Sur les cours d'eau navigables, des restrictions ont été prévues aux écluses (regroupement de bateaux), afin d'éviter les pertes d'eau.

Sécheresse en Europe en 2026Sécheresse en Europe en 2026 ©IPM Graphics / Didier Lorge

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