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Alors que le nombre de signalements ne cesse d’augmenter, les directeurs de la protection de la jeunesse du Québec et la directrice nationale s’inquiètent de l’effritement du filet social et font voix commune pour réclamer plus d’investissements en prévention afin d’aider les familles.
« On est très inquiet. On voit le contexte socio-économique qui est difficile actuellement, qui met beaucoup de pression sur les familles : difficulté à se loger, à se nourrir, à avoir accès à des services de soins de santé. Ce sont des facteurs qui contribuent à la maltraitance », déplore Nadia Denis, directrice de la protection de la jeunesse de la Côte-Nord.
Réunis à Québec pour le lancement de leur bilan annuel, les directeurs lancent un « message fort » aux décideurs et à la collectivité, intitulant leur rapport « Les enfants, toujours une priorité ? ».
Depuis vingt ans, le nombre de signalements ne cesse d’augmenter, notent les directeurs. En 2025-2026, la DPJ a reçu près de 145 000 signalements, ce qui représente une « légère hausse de 1,4 % » par rapport à l’année précédente.
Dans leur rapport, ils rappellent que la moitié des enfants pris en charge par la protection de la jeunesse le sont « pour des situations de négligence, souvent enracinées dans des conditions de vie précaire sur le plan social et matériel ».
La précarité des familles — et le manque de services — a donc un impact direct sur la vie des jeunes, notent les directeurs. « Dans ces situations, il faut éviter que la protection de la jeunesse ne devienne la réponse par défaut », écrivent-ils. Et c’est exactement ce qui se produit, dénoncent-ils en conférence de presse.
« Quand on dit qu’il y a beaucoup de signalements qui nous arrivent, c’est correct, parce qu’il y a des gens qui sont inquiets, puis on est la pierre angulaire, c’est ça notre mission, explique Mme Denis. Sauf qu’il faut mettre des choses en amont. »
Une loi d’exception
La directrice nationale de la jeunesse, Lesley Hill, abonde dans le même sens. « Ça prend plus de prévention, plus de services de première ligne, affirme-t-elle. Il faut rejoindre les gens dans les communautés et donner les services qu’il faut avant que les situations se soient tellement détériorées que les gens soient signalés à la DPJ sans même avoir eu accès à des services. »
Selon Mme Hill, le système doit éviter de prendre en charge des gens qui « ont juste besoin de services », rappelant le caractère exceptionnel de leur mandat. « On est un système qui devrait être utilisé en dernier recours. Et c’est le message qu’on essaie de passer aujourd’hui : une loi d’exception comme la protection de la jeunesse faite pour [contrer] la maltraitance envers les enfants, ça ne peut pas être une loi qui se substitue à des services dont les gens ont besoin. »
Est-ce que cela devrait être un enjeu électoral ? « Je ne sais pas, répond la directrice Nadia Denis à la question d’un journaliste. Mais clairement, on a besoin d’aide. Et les enfants ont besoin d’aide. Et le message, c’est de se coordonner davantage, de se concerter. Et pour l’ensemble des décideurs, c’est de faire des liens entre eux pour être capable d’avoir cette boussole collective là de l’intérêt de l’enfant et de l’impact des décisions sur les enfants. »


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