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Sport 13/06/2026 12:35
Canal+ propose « C’est pas grave d’aimer l’Argentine », un documentaire de Hervé Mathoux qui ausculte les liens du pays champion du monde en titre avec le football.

FRANCK FIFE / AFP
L’attaquant argentin n°10 Lionel Messi soulève le trophée de la Coupe du monde lors de la cérémonie de remise des trophées de la Coupe du monde Qatar 2022 après le match de la finale de football entre l’Argentine et la France au stade Lusail à Lusail, au nord de Doha, le 18 décembre 2022. - L’Argentine a gagné lors de la séance de tirs au but. (Photo par FRANCK FIFE / AFP)
Voulait-il remuer le couteau dans la plaie trois ans et demi après cette soirée du 18 décembre 2022 ? Ce serait une forme de traîtrise et on n’imagine pas Hervé Mathoux ainsi. Alors peut-être qu’avec ce documentaire C’est pas grave d’aimer l’Argentine (disponible sur Canal+), il cherchait à tourner la page de cette finale perdue par la France aux tirs au but et se projeter sur une page blanche vers cette nouvelle Coupe du monde.
« Je faisais partie de ceux qui étaient énervés après la défaite et les célébrations des joueurs argentins. Je voulais comprendre pourquoi il semblait tant nous détester et peu à peu l’idée a fait son chemin. L’idée de ce documentaire n’est pas de les réhabiliter, mais de répondre à cette question “Faut-il détester l’Argentine” », expose le journaliste, à la tête du Canal Football Club depuis 18 ans et qui avait signé en 2020 un premier documentaire C’est pas grave d’aimer le football.

Hervé Mathoux s’est rendu à Buenos Aires, ici avec des supportes de Boca Juniors, pour tenter de comprendre le rapport des Argentins au football.
Le film réalisé au début de l’année part à la rencontre d’intellectuels argentins et d’anciens footballeurs qui ont évolué en France. Il plonge aussi dans l’ambiance bouillante des stades de Buenos Aires, la capitale aux 17 clubs en première division, pour disséquer le rapport du pays champion du monde en titre au ballon rond.
Le HuffPost. Alors, ils nous détestent tant que ça les Argentins ?
Hervé Mathoux. Ce qui m’a marqué, c’est qu’il n’y a aucune rivalité avec la France. L’Argentine a trois rivaux et nous n’en faisons pas partie : il y a le Brésil qui est le puissant voisin, l’Uruguay qui est le petit pays qui leur ressemble et qui a gagné les deux premières Coupes du monde, et il y a l’Angleterre parce qu’il y a (la guerre des) Malouines et la Coupe du monde 1986. On ne peut même pas dire que la France arrive en quatrième position, il n’y a pas de sujet. J’ai posé la question de savoir ce qui serait le plus dur : perdre contre la France ou le Brésil au prochain mondial ? Clairement, ce qu’ils ne voudraient pas, c’est perdre contre le Brésil.
Mais tout de même, ce qui s’est passé après la finale de 2022, ce n’est pas anodin ?
Ce que nous avons vécu comme des incidents assez graves avec Emiliano Martinez notamment, ils considèrent que c’est d’une très grande banalité. Je ne suis pas là pour les dédouaner, mais globalement, ce que j’ai découvert, c’est un rapport très différent du nôtre aux mots, au chambrage et à la compétition. Cela fait que ce qu’on l’on n’interprète pas les choses de la même manière.
C’est cela qui vous fait vous demander dans le documentaire : « Et s’ils étaient sans filtre plutôt que raciste » ?
Je ne dis pas que le racisme n’existe pas en Argentine, mais c’est la conviction que j’ai acquise. J’ai pu constater moi-même à quel point ils sont sans filtre. Et un jeune lillois, Ryan, que je rencontre à Rosario, raconte une anecdote qui est parlante. Il m’explique que la plupart de ses coéquipiers ne lui ont jamais demandé son prénom, cela n’a pas d’importance pour eux. Il dit : « Quand je suis arrivé et qu’ils ont vu que j’étais roux, je suis immédiatement devenu “el Colo” comme Valentín Barco de Strasbourg ». C’est pareil pour Angel di Maria, ils l’appellent « el Fideo », la nouille. Il ne faut pas être susceptible.
C’est aussi lié à leur esprit de compétition, dites-vous. C’est-à-dire ?
Pour bien saisir les choses, il faut aussi comprendre leur rapport au match et à l’espace-temps qu’il représente. D’une certaine façon, ce qui se passe sur le terrain reste sur le terrain. Ils peuvent se dire des choses horribles, mais à la fin, ils vont s’embrasser et manger l’asado ensemble. Ils font ça pour énerver, faire sortir l’adversaire de ses gonds ; pour eux, c’est la même chose que tirer un maillot.
Ça ne veut pas dire « circulez, il n’y a rien à voir » et d’ailleurs ils sont conscients qu’il y a des choses à changer car ils disent « si à un moment on est les seuls à penser ainsi, c’est peut-être qu’il faut nous remettre en cause ».
Ce qu’ils veulent préserver à tout prix en revanche c’est la place du football dans la société…
On ne peut pas réduire l’Argentine au football, mais ce que j’ai essayé de faire ressortir dans ce documentaire, c’est l’implication sociale du foot. Dans un pays qui a fait le choix politique d’un État de moins en moins présent, le foot est le lieu de la rencontre sociale. La plupart des Argentins que j’ai interrogés veulent que leur club continue à leur ressembler, qu’il ait une importance dans le quartier, qu’il soit un lieu de rencontre, qu’il fasse de l’éducatif.

Canal+
Star du foot argentin des années 70-80 passé par Reims et le PSG, Carlos Bianchi évoque dans le documentaire de Hervé Mathoux le rôle social du football dans son pays.
C’est pour ça qu’ils tiennent au modèle des clubs détenus par les socios alors que le voisin brésilien a fait le choix d’ouvrir le capital des clubs à des multinationales. Ça se fait au détriment de la puissance des clubs -le niveau est faible-, mais c’est un choix de société.
On ne peut pas conclure sans parler de Diego Maradona. Vous dites « c’est un dieu intouchable ». Pour qu’on se rende compte, y a-t-il un équivalent en France ?
D’une certaine manière, même après son coup de tête en 2006, Zidane a bénéficié d’une forme d’immunité. Mais Maradona, c’est incomparable. Dans n’importe quel autre pays, il aurait clivé, il y aurait eu des pour, des contres. En Argentine, il n’y a pas de débat autour de lui, alors que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a eu matière. Quand il met ce but de la main aux Anglais, c’est un peu Robin des bois. Ils disent : « les Anglais nous ont volé les Malouines, donc s’il a volé les voleurs, il n’a fait que réparer une injustice ». C’est comme ça, on lui pardonne tout.


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