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Royal Rinking, ce nom est synonyme de cauchemar pour la société de promotion immobilière Besix Red. Il fait référence au projet dit aussi "Molière" de construire des logements neufs là où se trouvait l'ancien Delhaize, chaussée de Waterloo à Ixelles. Un projet qui traîne depuis des années en raison d'une forte opposition de riverains. Il est révélateur des obstacles en tout genre que doivent surmonter les promoteurs. Il montre aussi le fossé qui peut exister entre les offres de ces promoteurs et les aspirations d'un certain nombre de citoyens bruxellois. Récit d'une affaire à rebondissements.
L'histoire commence en 2016 quand la société Besix Red rachète le site de l'ancien Delhaize. Le parking du supermarché avait pris place sur l'emplacement d'une patinoire à roulettes dont la charpente métallique est attribuée à l'architecte Art nouveau Aimable Delune.
Sur papier, c'est un deal en or. On est en plein cœur des quartiers branchés du Chatelain et de la place Brugmann. Il se raconte que la société Besix Red paie près de 16 millions d'euros. Ce qui est beaucoup. Elle voulait au départ construire 82 unités. Elle va vite déchanter. Elle ne se doutait pas que ses ambitions seraient à ce point contrariées. Un des points de résistance porte sur la patinoire, qui est considérée par les riverains comme un joyau patrimonial à préserver. Mais d'autres aspects passent aussi pour inacceptables, tels que ces logements placés en intérieur d'îlot.
La Belgique, un marché difficile pour Besix : "Tout le monde peut s'opposer à un projet, même si l'objection est jugée non recevable"Enquête publique en janvier
Comme toujours quand il s'agit d'un projet d'une certaine envergure, l'autorité habilitée à délivrer le permis est la Région et non pas la commune. D'après nos informations, elle vient de déclarer le dossier complet. Ce qui veut dire que la commune d'Ixelles va pouvoir lancer l'enquête publique, qui s'étalera du 15 janvier au 13 février 2026. La commune aura ensuite 45 jours pour émettre un avis. La Région aura ensuite jusqu'au 8 juin pour se prononcer.
Sous la pression de la commune, elle-même poussée dans le dos par les riverains, Besix a revu sa copie. De 82 unités, on est passé à 46. Et fini les logements en intérieurs d'îlot. Mais la patinoire n'est pas sauvée. Elle est en effet appelée à disparaître sous une dalle de béton. Elle reste une question qui divise même au sein des autorités publiques.
Besix Red et Thomas & Piron lancent le chantier du projet Green Station à GemblouxLe 3 juillet 2018, la commune d'Ixelles avait demandé son classement. Le 30 mai 2018, la Commission royale des Monuments et des Sites (CRMS) s'était, elle, prononcée en défaveur du classement de la patinoire, tout en estimant que le bâtiment ne mérite pas d'être démoli. "C'est le genre d'avis qui ne nous aide pas", note Julie de Groote (Les Engagés), échevine de l'Urbanisme à Ixelles. La Région est, elle, clairement dans le camp de Besix, en ne s'opposant pas à la démolition de la patinoire. Elle justifie sa position en faisant valoir que la structure métallique est très fragile.
Trois bémols
Fortement déçus par les explications de Besix lors d'une rencontre mi-octobre sollicitée par la commune, les riverains n'en démordent pas. Ils continuent à se battre pour trouver une alternative à Besix qui soit respectueuse de l'aspect patrimonial et architectural du lieu tout en apportant autre chose que du logement et des parkings. Raison pour laquelle d'aucuns croient à fond au projet de Mohammed Belakhdar, un sportif de haut niveau (il a joué dans l'équipe nationale de rugby) devenu entrepreneur. Il est propriétaire d'un centre médical avenue Churchill à Uccle. En duo avec un investisseur qui reste anonyme, il défend le projet Bluedrop qui concrétiserait son ambition "de remettre le sport au milieu de l'activité bruxelloise". L'ancien Delhaize pourrait ainsi abriter une grande piscine, un terrain de basket, en plus de cabinets de consultation (kinés, ostéo, etc.). Le hic, c'est que Besix ne serait pas vendeur au-dessous d'un prix de 20 millions. Un prix que ne paiera jamais Mohammed Belakhdar, qui avance une expertise du bâtiment à… 7 millions d'euros. Son plan B risque donc bien de ne jamais voir le jour.
On perd un pan de notre histoire, et il faut cicatriser la perte de patrimoine matériel et immatériel."
Julie de Groote juge, certes, le projet actuel "meilleur" que dans sa première mouture, "avec moins de logements, plus grands et traversants, et un intérieur d'îlot verdurisé et apaisé". Mais elle y met trois bémols. Un : La patinoire disparaît. "On perd un pan de notre histoire, et il faut cicatriser la perte de patrimoine matériel et immatériel". Deux : la façade "très générique" ne s'intègre pas dans le style du quartier qui se trouve en zone ZICHEE (zone d'intérêt culturel, historique, esthétique ou d'embellissement). Trois : le projet ne prévoit pas à ce stade d'équipement (culturel, sportif,…). L'échevine a proposé que des workshops se tiennent pour discuter de ces points d'achoppement, mais sa suggestion s'est vue refuser tant par Besix Red que par l'asbl "Un Ilôt Un Quartier", rassemblant les riverains. Julie de Groote se sent donc "très seule" dans ce dossier. "Il y a un vrai risque que la Région aille de l'avant, or je pense que l'on peut – et qu'il faut – revoir le projet, quant à son intégration architecturale et de vie dans le quartier".
"Nous avons maintenu le même rythme d'investissement dans l'innovation mais nous avons changé l'équilibre de notre portefeuille"Reste dès lors à voir dans quelle mesure l'enquête publique peut faire bouger les lignes. "Il est important que le quartier participe à l'enquête et fasse des propositions concrètes", insiste Julie de Groote. C'est sur base de cette enquête que la commune donnera son avis en Commission de concertation. La Région en tiendra-t-elle compte ? Rien ne l'y oblige. Si elle donne son feu vert, Besix — qui n'a pas répondu à nos sollicitations d'interview – pourra donner son premier coup de pelle sans doute au second semestre 2026 ou début 2027. Ce sera environ 10 ans après avoir racheté le bien et à la grande déception des riverains…
Du logement sur le parking du Carrefour à Ixelles
Un autre projet dans le quartier de la place Brugmann à Ixelles est au point mort ; c'est celui qui concerne le Carrefour situé chaussée de Waterloo et porté par Fédérale Assurance. Il prévoit plus de 60 logements, un bâtiment commercial (supermarché) et des parkings en sous-sols (près de 150 places). Il comporte également un jardin intérieur en îlot. L'administration bruxelloise (Urban. brussels) a octroyé le permis en 2023. Les riverains s'étaient fortement opposés à ce projet qu'ils jugeaient démesuré, surtout du côté Chapelié. La commune d'Ixelles a aussi émis un avis défavorable et a introduit un recours auprès de la Région en octobre 2023. Le gouvernement régional a délivré le permis le 22 mai 2025, sans modifications substantielles. "J'ai regretté que la Région bruxelloise n'ait pas utilisé l'année et demie entre notre recours contre le projet et la délivrance du permis pour au moins essayer d'apporter des améliorations", commente Julie de Groote (Les Engagés), échevine à l'Urbanisme à Ixelles. Tout comme les riverains, Ixelles a introduit un recours en annulation devant le Conseil d'État. Le 20 octobre dernier, le Conseil d'État a rejeté la demande en suspension des riverains. Le rapport de l'auditeur préfigure déjà sur le fond que la densité, les gabarits et la verdurisation du parking à ciel ouvert ne semblent pas en contradiction avec le bon aménagement du lieu.
Tous les espoirs sont donc permis pour Fédérale Assurance… "Il s'agit seulement du recours en suspension", précise néanmoins Julie de Groote, "recours que nous n'avons pas introduit. Nous avons des arguments à faire valoir en annulation. Mais oui, cet arrêt doit nous faire réfléchir à ce que nous voulons vraiment comme améliorations pour le quartier avoisinant".
Besix dépasse de nouveau les 3 milliards d'euros de chiffre d'affairesLe chantier Aspria dans le quartier Roosevelt à l'arrêt
Le mouvement Santé x Nature x Logement envoyait récemment un communiqué à propos du chantier Aspria, avenue du Pérou à Bruxelles-ville, qui vise à construire un centre wellness haut de gamme intégrant plusieurs piscines et un parking souterrain de 193 places. "Ce projet n'est pas adapté aux besoins des bruxellois.e.s.", soulignait l'association. Qui fait remarquer que le site pourrait être concerné par la récente décision du Tribunal de première instance "de prendre les mesures nécessaires pour suspendre l'urbanisation et l'imperméabilisation des sites et terrains non bâtis de plus de 0,5 ha sur son territoire".
Ce site de 3 hectares entre dans la catégorie du PRAS de terrains spécifiquement dédiés au sport. Impossible donc de construire des hôtels. Après une longue résistance des riverains qui craignaient notamment les nuisances sonores, les permis ont été obtenus en 2019. Les travaux (prévoyant la construction d'un club-house de plusieurs milliers de m2 à comparer au bâtiment d'origine de 900 m2) ont débuté il y a près de trois ans mais ont été interrompus il y a plus d'un an. Certains se sont demandé si cet arrêt n'était pas lié aux problèmes financiers d'Aspria (le groupe de clubs de sport affiche une perte de 10,6 millions en 2024 et de lourdes dettes qui ont alimenté les rumeurs de recherche d'un acheteur). D'aucuns se demandent aussi si le succès des Mix et David Lloyd avoisinants n'ont pas refroidi les ardeurs d'Aspria.
Le Belge Besix construit la plus grande usine du monde pour transformer les déchets en énergieLe député bruxellois Geoffroy Coomans (MR), qui est aussi président du comité de quartier Roosevelt, a essayé d'en savoir plus en posant des questions à la secrétaire d'État à l'Urbanisme, Ans Persoons (Vooruit) et au bureau d'architectes, qui sont restées sans réponse. Il regrette que ce soit devenu un terrain vague propice aux trafics en tout genre même si le site est officiellement sécurisé. "L'abandon du site est très préjudiciable aux arbres classés sur le terrain. Il vaut mieux un projet au moins ad minima.", nous commente-t-il
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