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Life 23/06/2026 06:30
Longtemps opposés à l’usage de la climatisation, ces Français voient leurs convictions écologiques vaciller avec la multiplication des épisodes caniculaires.

FluxFactory / Getty Images
Selon un sondage OpinionWay datant de 2021, 49 % des Français avouent utiliser de temps en temps la climatisation, tout en éprouvant un « sentiment de culpabilité ».
Ce sont des chiffres aussi vertigineux qu’anxiogènes. 49 départements en vigilance rouge, des températures dépassant les 40 °C dans plusieurs régions, des écoles fermées, des transports à l’arrêt… Cette semaine, la France entière s’apprête à vivre une nouvelle semaine éprouvante de canicule.
Face aux températures extrêmes, tous les moyens sont bons pour tenter de préserver un peu de fraîcheur chez soi. Volets clos, blanc de Meudon ou couvertures de survie aux fenêtres, ventilateurs à pleine puissance sont désormais des conseils largement appliqués par les Français. Mais à mesure que le mercure grimpe dans les logements, certaines certitudes vacillent. Notamment celles concernant la climatisation individuelle.
Dans l’Hexagone, celle-ci a pourtant longtemps eu mauvaise réputation. Dans un sondage OpinionWay pour Francenergies publié en 2021, 58 % des Français assuraient ainsi préférer « souffrir de la chaleur plutôt que d’installer un climatiseur afin de protéger l’environnement ». 48 % considéraient même que « les climatiseurs devraient être interdits du fait de leur impact sur l’environnement ». 49 % avouaient néanmoins les utiliser de temps en temps, tout en éprouvant un « sentiment de culpabilité ».
Une nécessité quand il fait trop chaud
Lina (le prénom a été modifié) a longtemps fait partie de cette dernière catégorie. « La clim est une hérésie d’un point de vue écologique », estime la trentenaire qui lors de ses années universitaires à Lyon, s’en est tenue au combo ventilo-aération pour rafraîchir son logement. Mais son arrivée en région parisienne il y a une dizaine d’années l’a fait changer d’avis. « Depuis, j’ai vécu dans des bouilloires thermiques, et les techniques que j’utilisais ne suffisaient plus. Surtout le soir, quand le béton relâche la chaleur accumulée. C’est une chose d’avoir chaud la journée, mais si la nuit, la température ne baisse plus, on fait comment ? », s’interroge-t-elle.
Lina n’est pas la seule à voir ses convictions vaciller. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), 25 % des ménages résidentiels étaient équipés en climatisation en 2020. Mais la succession de vagues de chaleur, de plus en plus intenses, fréquentes et longues, pourrait changer la donne.
Ainsi, si Lina n’a pas encore sauté le pas en raison du coût qu’elle représente, elle pense désormais sérieusement à se doter d’une climatisation. Pour son propre confort, mais aussi pour celui de son chat, qui reste toute la journée dans son appartement surchauffé. « Avec cette chaleur, c’est difficile de rester anti-clim, souffle-t-elle. Je m’arrangerai avec ma conscience en l’allumant en dernier recours. »
Un usage raisonné pour déculpabiliser
Stéphanie aussi refuse de culpabiliser. Elle qui vit sans climatisation durant l’année, que ce soit dans son appartement de région parisienne « plutôt bien isolé », ou dans le laboratoire de l’université Paris Cité où elle travaille même lorsqu’il y fait 36 °C, elle n’hésite plus à en profiter lors de sa semaine de vacances l’été. « Quand nous louons une maison avec une clim, il nous arrive de la mettre, mais nous faisons très attention à limiter l’écart de température », assure Stéphanie.
Depuis les États-Unis, où elle réside depuis une vingtaine d’années et où la climatisation a été adoptée par 90 % des ménages, Anne-Fleur a aussi mis sa culpabilité de côté, même si elle a bien conscience de son impact environnemental. « Dans le Colorado, où je vis, la clim assèche tout en plus de consommer énormément d’énergie, nous explique l’expatriée. Mais comme je suis en fin de grossesse, j’en ai vraiment besoin lors des fortes chaleurs. On pourrait croire que vu ma situation, ma culpabilité serait d’autant plus forte car je pense aux générations futures, mais j’avoue que non. » Elle se refuse néanmoins à vivre dans un environnement ultra-réfrigéré. « D’abord parce que ça n’est pas très agréable et que ça me rend malade, et parce que je trouve ça gênant vis-à-vis du reste de la planète », avoue Anne-Fleur.
Pour limiter son impact sur la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, elle préconise donc une utilisation raisonnée de la clim. Et suit donc sans le savoir les recommandations de l’Ademe : aérer au maximum son logement lorsqu’il fait frais, régler la température de consigne à 26 °C et privilégier l’utilisation des ventilateurs de plafond.
Refuser la « surresponsabilisation des individus »
Certes, la climatisation rafraîchit temporairement lors des épisodes de fortes chaleurs. Mais, même si la production d’électricité nécessaire à son fonctionnement est décarbonée à plus de 95 %, son impact sur l’environnement reste significatif. Selon cette synthèse de l’Ademe, c’est l’équivalent de 4,4 millions de tonnes de CO2 qui sont émises annuellement en France métropolitaine par la climatisation, dont 3,5 millions en raison des fluides frigorigènes qu’elle contient.
Sans compter l’air chaud qu’elle rejette à l’extérieur, et qui augmente localement la chaleur urbaine de 1,5 °C à 2,5 °C selon Vincent Viguié, directeur adjoint du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement, cité par Le Monde.
De quoi s’empêcher d’allumer la clim ? Pas pour Bastien qui refuse de renoncer à quelques heures de fraîcheur alors que la France a multiplié ces dernières années « les renoncements écologiques ». « Ça m’a enlevé toute culpabilité d’acheter une climatisation mobile. Hier soir encore, je l’ai utilisée et je suis bien content de l’avoir », assène-t-il. « Cette surresponsabilisation des individus dans les enjeux environnementaux ne me plaît pas beaucoup », abonde Lina.
Stéphanie, elle, en plus d’assumer son recours ponctuel à la clim, nous dit « sa colère envers les pouvoirs publics qui ne font rien ». « Il y a onze ans, on signait les accords de Paris et on se mettait d’accord pour ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement. Aujourd’hui, on sait très bien qu’on n’y arrivera pas, et on a l’impression que ce n’est plus la peine de faire des efforts », constate-t-elle, amère.
C’est justement pour cela qu’Aline, elle, persévère dans son non-usage de la climatisation alors même que son appartement niçois en est équipé. « On ne sait pas en avoir un usage raisonnable », considère-t-elle, ajoutant être « super vénère » contre « les magasins frigorifiés » et les employés de bureau qui poussent la climatisation au maximum « et ne savent rien de la souffrance de celles et ceux qui ont un travail physique, parfois en extérieur ». Ce qu’elle souhaiterait ? Une réglementation stricte de l’usage de la climatisation pour « l’adapter à ceux qui en ont le plus besoin, mais pas aux CSP + bourgeois dont je fais partie », conclut-elle.


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