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Dans notre série Titanic : le mythe, Cherbourg et la grande aventure transatlantique, découvrez comment accidents et avaries plombent les débuts de la ligne vers New York.
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Par Frédéric Patard Publié le 25 mai 2026 à 18h30
En six mois d’exploitation et quelques allers-retours, la ligne transatlantique reliant Cherbourg à New York accumule les déboires et les accidents.
❍ Dans son édition du 10 juillet 1847, Le Courrier des Etats-Unis relate la traversée inaugurale de L’Union : « cette première traversée a été contrariée par une foule de circonstances fatales. Les vents ont presque toujours été mauvais, le navire est resté si longtemps inactif dans les bassins que sa coque était entourée d’algues marines, le charbon était du vieux charbon mis à bord depuis plus d’un an, qui tombait en poussière et qui se consumait si vite, que le capitaine menacé de manquer de combustible, fut obligé de ne chauffer que trois chaudières sur quatre. Enfin, on eut à faire en mer, quelques réparations qui firent perdre près de 15 heures de marche. Ce n’est qu’en apercevant les côtes de l’Amérique que le capitaine Hébert osa imprimer au bâtiment toute la vitesse dont il est susceptible, et cette vitesse fut de 15 nœuds.
Le premier voyage de L’Union a été marqué d’un fatal accident. Il a perdu dans sa traversée son second ingénieur, tombé par mégarde à fond de cale d’une hauteur prodigieuse. Horriblement mutilé, ce malheureux est mort après une agonie de quelques jours ».
Autre journal, autre version : « un des ingénieurs, nommé Thomas, est mort pendant la traversée de la façon la plus tragique et la plus cruelle. Pour fixer un écrou, il eut l’imprudence de passer la tête sous l’énorme levier en fer de la machine, et n’ayant point eu l’agilité de se retirer avant que le levier s’abaissât, il eut la tête prise sous cette effroyable guillotine qui lui broya le crâne. Par un phénomène physiologique qui égale presque le miracle de Saint-Denis marchant sans tête, le malheureux Thomas eut encore assez de force et d’instinct pour remonter l’escalier de la machine et de venir tomber sur le pont ».
❍ 18 juillet 1847 : le Philadelphie vient à peine de quitter Cherbourg qu’il croise deux barques chargées de passagers en provenance d’Aurigny. Le Philadelphie accroche une barque avec une de ses roues à aube. L’embarcation coule en quelques minutes. Bilan : 4 morts, 2 blessés.
❍ Dans son édition du 16 septembre 1847, Le Journal de Cherbourg raconte « qu’un accident bien fâcheux est arrivé à bord de la frégate à vapeur Philadelphie, en ce moment en réparations dans le port militaire. M. Emile-Pierre-Marie Mourrand, lieutenant de ce navire, a été tué par la chute d’une vergue qui lui a cassé le cou ».
❍ Dans son édition du 5 décembre 1847, Le Journal de Cherbourg signale la présence de L’Union, en rade de Cherbourg pour réparations. Se trouvant en mer, il embarquait 160 à 180 tonneaux d’eau par heure. « Nous tenons des marins du bord que si les quatre pompes n’eussent parfaitement fonctionné, L’Union avec les 150 personnes qui se trouvaient à bord, aurait pu périr. Aussitôt arrivés sur notre rade, les passagers ont quitté L’Union et sont partis pour Le Havre à bord du Colibri »
❍ Le 27 décembre 1847, à Cherbourg, un chauffeur de L’Union se fait assassiner en pleine rue par deux matelots.
Deux navires construits à Cherbourg
Sur les 4 navires inaugurant la liaison Cherbourg-New York, deux ont été construits par l'arsenal de Cherbourg: il s'agit des frégates Darien et Ulloa, lancées en 1842. Avec leurs coques en bois, leurs trois mâts, mais aussi leurs machines à vapeur de 450 cv, le Darien et l'Ulloa sont encore tiraillés entre deux époques.
Débarrassés de leurs attributs militaires (particulièrement leur artillerie) et aménagées plutôt luxueusement pour accueillir des passagers, les frégates deviennent paquebots, sont rebaptisées New York (pour le Darien), Missouri (pour l'Ulloa), Philadelphie (pour le Christophe Colomb) et Union (pour le Canada)…
Sources : J. Dufresne/Considérations sur l’application en France des bateaux à vapeur à la navigation transatlantique. Cherbourg, 1840. Le Journal de Cherbourg, année 1847. Pierre Derolin/Les paquebots du Havre à New York (1814-1848). Paris : Ecole Pratique des Hautes Etudes, 1978. Jean-Jacques Antier/Au temps des premiers paquebots à vapeur. Paris : Editions France-Empire, 1982. Jean Legoy, Philippe Manneville, Jean-Pierre Robichon, Erik Levilly/Les Havrais et la mer. Rouen : Editions du P’tit Normand, 1987. Gérard Destrais/L’épopée transatlantique. Cherbourg : Editions Isoète, 1988.
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