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Une proposition visant à suspendre la construction de nouveaux centres de données, très gourmands en énergie, à Hamilton a franchi une nouvelle étape mardi, reflétant l'opposition croissante au développement des infrastructures d’intelligence artificielle (IA) au Canada.
Un comité municipal d'urbanisme a recommandé de soumettre le projet de moratoire au conseil municipal de Hamilton, qui se prononcera à une date ultérieure.
La motion présentée par le conseiller municipal Nrinder Nann demande aux services municipaux de rédiger un plan de moratoire, l'objectif étant de donner le temps à la Ville d'étudier les effets des centres de données et d'élaborer un cadre pour orienter leur développement futur.
Lors de la réunion du comité mardi, des dizaines de résidents se sont prononcés en faveur d'un moratoire.
Lorsque des décisions d’une telle ampleur doivent être prises – des décisions qui perturbent les réseaux électriques, polluent l’eau et l’air, et transforment les quartiers –, quel rôle devraient jouer les habitants et ceux qui ont été élus pour les représenter? C’est la question qui se pose à vous aujourd’hui , a déclaré Nick Tsergas, un journaliste spécialisé dans les questions de santé à Hamilton, qui a lancé un site web pour informer le public.
Si nous réussissons, les villes de tout le Canada disposeront d’un modèle à suivre. Si nous échouons, elles hériteront de nos erreurs, ajoute-t-il.
Hamilton, pôle de contestation au pays
Le projet de construction d’un vaste complexe de centres de données dans le secteur riverain, une zone longtemps marquée par l’industrie sidérurgique de la ville, a suscité une vive opposition publique, alors même que le gouvernement fédéral promeut une stratégie en matière d’IA favorable à ce secteur.
Une société d’investissement privée est à l’origine du projet de Hamilton visant à réaménager environ 3 km2 de terrains pour en faire un pôle numérique et industriel baptisé Steelport.
La proposition de la firme Slate Asset Management, qui prévoyait de consacrer environ un quart de cette superficie à la création d’un éventuel campus de centres de données, a été rejetée par un comité municipal au début du mois, après que des centaines d’habitants de Hamilton se sont prononcés contre ce projet.
Les résidents qui se sont exprimés mardi ont fait part de leurs craintes que les grands centres de données ne surchargent le réseau électrique et ne fassent grimper les factures d’électricité. Certains ont déclaré qu’ils ne soutiendraient jamais des centres de données exploitant des modèles d’IA qui menacent l’emploi et s’appuient sur le travail d’artistes et de créateurs sans leur autorisation.
D’autres craignaient que le bruit 24 heures sur 24, la pollution de l’eau et la chaleur dégagée par un centre de données ne soient particulièrement ressentis par les quartiers environnants qui supportent déjà une part disproportionnée du secteur industriel de Hamilton.
Le premier moratoire au Canada?
Anne Pasek, chercheuse à l’Université Trent qui s’est exprimée en faveur de la motion de mardi, croit qu’un moratoire à Hamilton serait révolutionnaire .
À ma connaissance, ce serait la première ville au Canada à instaurer un moratoire et à s’engager à mettre en place une sorte de cadre défini par la Ville pour ce type d’infrastructure, affirme la professeure spécialisée dans l’étude de l'impact climatique de l’industrie technologique.
Pour elle, un cadre municipal régissant les centres de données pourrait imposer des normes actualisées en matière de pollution sonore et de l’eau, et garantir que les besoins énergétiques restent sous contrôle.
L’une des raisons pour lesquelles les centres de données sont si impopulaires tient au manque de transparence de la part du secteur et au manque de clarté des organismes de réglementation. Je pense que les villes sont vraiment bien placées pour contribuer à combler ce déficit démocratique et à donner une meilleure assise à ce débat , a-t-elle déclaré devant le comité municipal.
La motion approuvée mardi ne fixe pas d'échéancier pour un moratoire et n’exempte pas les centres de données d’une certaine taille. La grande majorité des plus de 200 contributions écrites adressées au comité municipal soutenaient le projet.
Le promoteur défend le projet
Alors que les habitants demandaient aux conseillers municipaux de marquer une pause mardi, le promoteur à l’origine du projet de campus de centres de données a exhorté la Ville à agir de toute urgence pour saisir cette chance générationnelle.
Dans son dossier écrit, Slate indique que son projet pourrait réutiliser les infrastructures énergétiques existantes du site et que son emplacement au cœur d’un grand pôle démographique canadien garantirait des temps de transfert à faible latence pour ses clients potentiels, notamment les universités et le secteur financier.
Une association à but non lucratif financée par le gouvernement fédéral, qui répond aux besoins informatiques des chercheurs universitaires, a manifesté son intérêt pour s’installer dans une partie du campus de centres de données proposé.
Il n’est pas exagéré d’affirmer que Hamilton risque de passer à côté d’une occasion stratégique de se positionner à l’avant-garde de la prochaine grande industrie canadienne – et de montrer au pays comment les centres de données peuvent être développés de manière responsable et au bénéfice de la communauté environnante , peut-on lire dans la soumission de Slate.
Le Canada a connu un regain d’intérêt de la part des grands promoteurs de centres de données, porté par l’essor de l’intelligence artificielle.
Les mégacentres de données peuvent héberger les serveurs informatiques très puissants nécessaires à l’entraînement et au fonctionnement de modèles d’IA complexes tels que ChatGPT et Claude.
Ces installations ont des besoins énergétiques équivalents à ceux d’une petite ville, et leur développement rapide a contribué à alimenter l’intérêt pour la production d’électricité à partir du gaz naturel, notamment en Alberta, ce qui inquiète les détracteurs qui craignent que cette tendance ne compromette les efforts visant à réduire les émissions responsables du réchauffement climatique.
Le gouvernement du premier ministre Mark Carney soutient le développement de l'IA, estimant qu’il pourrait contribuer à maintenir les données dans le giron canadien et à réduire la dépendance vis-à-vis des géants technologiques étrangers.
Précédent aux États-Unis
Aucune ville canadienne n’a adopté de moratoire sur les centres de données, mais une vague de mesures similaires a été approuvée dans plusieurs villes américaines, notamment à Seattle au début du mois.
Le Canada compte cinq centres de données de très grande envergure, d’une capacité énergétique d’au moins 50 MW, selon une étude menée par des chercheurs de l’Université York publiée en avril, et des dizaines d’autres sont en cours de développement, principalement en Alberta.
En Ontario, le gestionnaire du réseau électrique a indiqué avoir constaté une forte augmentation des demandes de raccordement émanant de ce type de centres de données.
Le mois dernier, environ 6000 MW de demandes liées aux centres de données étaient en attente, selon la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE). Cela représentait une hausse d’environ 70 % par rapport à deux mois auparavant.
La SIERE n’a pas précisé combien de projets composaient ces 6000 MW, ce qui équivaut à la consommation d’énergie d’environ 5 à 6 millions de foyers. L'organisation a souligné que bon nombre de ces projets en étaient à leurs débuts et que les chiffres pouvaient fluctuer au fur et à mesure de la réception des demandes et de l’avancement ou du retrait des projets.
Avec les informations de La Presse canadienne


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