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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.
Depuis quatre décennies, Mike Rourke guide les pagayeurs et aventuriers en cartographiant les rivières du Yukon. Atteint d’un glaucome qui l’a rendu légalement aveugle, il est sur le point de passer le flambeau à sa fille Gillian.
L’aventure de la petite entreprise familiale, Rivers North Publications, débute en 1983, grâce à Mike Rourke et sa femme, Jocelyn. Passionné de canot et de pagaie, M. Rourke s’est rapidement pris d'intérêt par l’histoire des rivières qu’il descendait. À un moment donné, j’ai décidé que, si on consacrait autant d’efforts à la recherche historique pour ces cartes, on devait les mettre à disposition du public, témoigne Jocelyn Rourke.
À cette période, très peu d'informations étaient disponibles sur ces rivières. Les Premières Nations du Yukon naviguaient dans ces eaux depuis des générations, mais les pagayeurs avaient rarement accès à ces savoirs, et s’aventuraient sur ces cours d’eau sans préparation.

Jocelyn Rourke avait l'habitude de voir son époux noter des détails de la rivière depuis son embarcation.
Photo : Soumise par Jocelyn Rourke
Face à cela, Mike Rourke a d’abord tenté de vendre ses premières cartes au gouvernement du Yukon. Ils m’ont dit : "Eh bien, non, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire?" J’ai répondu : "Ça permettrait peut-être de sauver des vies et d’aider les gens", raconte-t-il.
Une affaire de famille
Lorsque la vue de M. Rourke a commencé à décliner, la famille a envisagé de vendre la petite compagnie ou de finaliser ses cartes. Diagnostiqué d’un glaucome en 1998, le septuagénaire a perdu l’usage de son œil gauche, même s’il lui reste un peu de visibilité de l'œil droit.
Pour Gillian Rourke, l’entreprise devait toutefois rester dans la famille. C’est un legs familial, dit-elle.
Pendant des années, Mike et Jocelyn Rourke s’aventuraient sur les rivières du territoire, ajoutant des détails à leurs cartes, une passion qu’ils ont transmise à leurs enfants. Soudainement, j’ai senti plus de responsabilités sur mes épaules, je suis passée de l’insouciance, à être assise dans le bateau et à regarder les nuages défiler, à la nécessité de surveiller la rivière et de prêter attention à tout ce qu’il se passait autour de moi, explique Gillian.
Même quand la vue de son père a commencé à baisser, elle a continué à se reposer sur ses connaissances. Lors d’un voyage sur la rivière Pelly, le duo s’est retrouvé dans des rapides qui n’avaient pas encore été cartographiées. En décrivant les caractéristiques de ce qu’elle observait à son père, il pouvait la guider sur la route à suivre. La capacité de papa à lire la rivière, à tirer des conclusions logiques sur son comportement, il ne l’a jamais perdue, témoigne-t-elle.
Long travail d’archives
Mais pagayer et cartographier les rivières ne représentent qu’une partie du travail de l’entreprise familiale. Gillian Rourke prendra également en charge la recherche d'archives, dans laquelle ses parents ont consacré d’innombrables heures.
Les premières cartes qu’ils ont produites s’appuyaient largement sur ces sources historiques. Ils ont par exemple photocopié des photos aériennes de l’armée américaine prises pour la construction de la route Canol, auxquelles ils ont ajouté un tracé de la rivière et des détails obtenus en la parcourant à la pagaie.
J’allais à l’hôtel une semaine à Whitehorse et je me rendais aux archives à 9 h. On m’y enfermait jusqu’à la fermeture, les concierges me laissaient sortir à minuit, raconte M. Rourke.

Les lunettes de Mike Rourke sont équipées d’un verre rabattable qui l’aide à voir de cet œil.
Photo : Soumise par Jocelyn Rourke
Aujourd’hui, Gillian Rourke apprend à adapter les guides à l’ère moderne, grâce à des tablettes graphiques et logiciels pour retravailler des cartes que ses parents avaient dessinées à la main dans les années 1980.
S’il lui reste également l’aspect de la gestion de l’entreprise à maîtriser, elle estime que tout ce travail de longue haleine en vaut la peine : Je le regretterais tellement si je n’arrivais pas à perpétuer [cette entreprise] par tous les moyens, dit-elle.
Mike Rourke continue pour sa part à se plonger dans les documents d’archives, malgré ses difficultés de lecture. J’utilise mes lunettes de lecture spéciales et une loupe, je lis pratiquement un mot à la fois.
Ça pourrait être mille fois pire, je suis encore assez mobile et ma famille me soutient énormément, ajoute-t-il, affirmant être très reconnaissant de tout ce qu’il a bâti et de ce qu’il a aujourd’hui.
Avec les informations d' Andrew Hynes (nouvelle fenêtre)


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