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Il y a 15 ans, une émission de radio a retenu l’attention de Kelsey McWhinnie, à Prince George, en Colombie-Britannique. On y racontait l’histoire d’un enseignant américain qui commençait chaque journée d’école en emmenant ses élèves à l’extérieur. Mme McWhinnie, elle-même enseignante à l’époque, se souvient de ce moment comme de sa découverte d’une idée qui allait orienter le reste de sa carrière.
Elle enseignait alors dans une école secondaire de la région, et l’idée de faire sortir les élèves de la classe pour les plonger dans la nature l’a immédiatement interpellée. « Les effets sur l’apprentissage de ces enfants étaient considérables », dit-elle. Ce constat l’a poussée à approfondir ses recherches, puis à tenter l’expérience avec sa propre classe. Ses élèves étaient surtout des adolescents ayant des besoins particuliers en santé mentale ou présentant des troubles de comportement, et qui s’adaptaient mal aux classes ordinaires.
« Ne retirez pas vos manteaux, leur disait-elle à leur arrivée chaque matin. Nous allons dehors. » Ils y passaient 45 minutes à parler, à manger, à créer des liens. La transformation observée chez ses élèves a été remarquable. Ceux qui renversaient des pupitres ou dormaient pendant les cours ont commencé à rattraper leur retard scolaire. « J’ai constaté des progrès énormes, dit-elle. Je suis depuis convaincue des bienfaits du temps passé à l’extérieur. »
Aujourd’hui, Mme McWhinnie met cette expérience à profit comme directrice de l’école primaire Ron Brent.
« Nous travaillons dans un secteur très défavorisé, auprès d’une population particulièrement vulnérable, explique-t-elle. Pour parler franchement, la pauvreté y atteint des niveaux extrêmement élevés. Les parents ont du mal à joindre les deux bouts et à mettre de la nourriture sur la table. » Afin d’atténuer ces difficultés, l’école offre des programmes de déjeuner et de dîner qui permettent aux élèves de recevoir deux repas chauds par jour. Il faut faire de l’école un endroit où les enfants ont envie d’être, souligne-t-elle. Or, « ils veulent être dehors ».
Depuis, Mme McWhinnie mise résolument sur ce constat. En plus de la cour de récréation et du terrain de soccer, l’école primaire Brent possède un parc de vélo de montagne et un foyer extérieur. Deux fois par semaine, elle emmène l’ensemble des élèves dehors pendant deux heures en après-midi, dans l’objectif d’adopter progressivement une philosophie davantage axée sur la nature. « Dehors, il n’y a aucun problème de comportement. Aucun. C’est incroyable. Ils peuvent jouer et voir leurs amis. Ils y trouvent tout ce dont ils ont besoin, et qu’ils n’ont plus parce que les écrans ont envahi leur vie. »
La conception de la nouvelle cour d’école végétalisée de Brent a commencé avec la participation des élèves, avant de faire également appel à celle des parents et du conseil d’éducation autochtone de l’établissement. Une fois aménagé, l’espace — qui aura environ la taille d’un terrain de basketball — comprendra un sentier en spirale menant à diverses espèces d’arbustes et de petits fruits, des tunnels de branchage où les enfants pourront jouer à la cachette ainsi qu’un « camp de base des bâtisseurs », où ils pourront construire des cabanes avec des rondins et d’autres matériaux naturels. Un espace calme sera également réservé aux moments de repos tandis que des jardins accueilleront des légumes et des plantes indigènes. Si le nouvel aménagement enrichira la biodiversité, Mme McWhinnie s’intéresse avant tout à ses bienfaits potentiels sur le bien-être des élèves. De la fenêtre de son bureau, elle pourra observer toute l’activité. Les travaux doivent commencer ce printemps.
« Mon rêve serait que les enfants s’approprient cet espace, qu’il les enthousiasme, et qu’ils comprennent que leur voix a mené à des gestes concrets. Nous ne leur demandons pas leur avis simplement pour cocher une case. La voix des élèves compte réellement. Pour améliorer l’éducation des enfants, nous devons les écouter. »
Étude scientifique
Kelsey McWhinnie parle de la question avec une ferveur presque évangélique, nourrie par la certitude que lui confère son expérience. Or, celle-ci est de plus en plus étayée par des données empiriques, notamment par une nouvelle méta-analyse d’études de neuro-imagerie publiée plus tôt cette année par une équipe de l’Université McGill et de l’Université Adolfo Ibáñez, au Chili. Les chercheurs ont examiné plus d’une centaine d’études, produisant ainsi l’une des analyses les plus exhaustives à ce jour sur la façon dont le cerveau humain réagit à la nature.
De nombreux enfants, parents et enseignants sentent instinctivement que le temps passé dehors, dans un environnement naturel, fait du bien, sans toutefois savoir pourquoi. Ces nouvelles recherches cherchent à leur fournir les mots nécessaires pour décrire ce qui se produit intérieurement.
Pourquoi la nature produit-elle un effet aussi bénéfique sur les émotions et la perception humaines ? Trois cadres psychologiques influents tentent de l’expliquer. La théorie de la restauration de l’attention avance que les milieux naturels permettent de rétablir une capacité d’attention épuisée par les exigences cognitives du quotidien. Selon la théorie de la récupération après le stress, la contemplation d’un milieu naturel dépourvu de menace déclenche immédiatement une réaction psychologique et physiologique positive, qui réduit le stress et favorise la récupération après une période de fatigue. L’hypothèse de la biophilie propose quant à elle que l’être humain éprouve un besoin inné et génétiquement déterminé d’entrer en relation avec la nature et les autres formes de vie, hérité de son évolution. Aussi convaincants soient-ils, ces cadres théoriques n’expliquent pas entièrement ce qui se produit dans le cerveau et le corps. L’équipe de recherche a donc cherché à combler cette lacune.
Les chercheurs des universités McGill et Adolfo Ibáñez ont constaté que le temps passé dans la nature, même brièvement, apaise le cerveau, réduit le stress et l’encombrement mental, et restaure l’attention. Grâce à l’électroencéphalographie et à diverses techniques d’imagerie par résonance magnétique, ces effets peuvent être quantifiés.
Les scientifiques ont relevé une modification de l’activité cérébrale lorsque les sujets étaient exposés à des motifs fractals, comme ceux que forment les ramifications des arbres, les fougères ou les pommes de pin. Présents à la fois dans la nature et en mathématiques, ces motifs universels et répétitifs sont beaucoup plus faciles à traiter pour notre cerveau que les stimulations visuelles rapides et plus linéaires de la vie urbaine ou des expériences en ligne.
Dans un milieu naturel, la diminution de la charge sensorielle apaise le stress et permet au corps de passer de l’état de lutte ou de fuite dans lequel nous plonge la vie urbaine à un état de calme. Le rythme cardiaque ralentit, la respiration s’approfondit et l’activité des régions cérébrales chargées de détecter les menaces diminue. Dans cet état plus détendu, la disposition mentale axée sur l’accomplissement des tâches quotidiennes cède la place à une attention plus présente et réparatrice portée à l’environnement. Les cycles de rumination s’atténuent, l’humeur s’améliore et un sentiment général de calme s’installe. Les données montrent que l’exposition à la nature réduit les manifestations cérébrales du stress, améliore la maîtrise de l’attention et favorise la régulation des émotions et du comportement — des tendances qui rappellent celles observées pendant la méditation.
Les données indiquent que les expériences immersives, comme une promenade de 90 minutes en forêt ou dans un parc, procurent les bienfaits les plus importants. Les chercheurs ont toutefois constaté que l’exposition à la nature s’inscrit dans un continuum. Des bienfaits neurologiques et physiologiques peuvent apparaître rapidement — en seulement trois minutes — lorsqu’une personne se trouve dehors, dans un espace comprenant des éléments naturels, comme des plantes, des buissons et des arbres. Ces bienfaits peuvent entraîner des changements mesurables. Il n’est donc pas nécessaire de se trouver dans un espace sauvage. Même de très brefs contacts avec la nature, comme le fait de regarder une plante ou simplement des photographies de milieux naturels, suffisent à provoquer des réactions psychophysiologiques « importantes » en seulement 90 secondes.
Les implications de ces travaux sont considérables. Ils viennent notamment appuyer l’aménagement d’espaces urbains verts ainsi que le recours aux « prescriptions sociales », par lesquelles des médecins recommandent à leurs patients de passer du temps dans la nature. Ils valident aussi l’expérience d’enseignants et de responsables scolaires, comme Kelsey McWhinnie, qui ont constaté les effets apaisants et réparateurs du plein air ainsi que ses bienfaits sur l’attention des élèves.
Ces recherches laissent également entrevoir un avenir fondé sur un cercle vertueux : la nature serait de plus en plus valorisée, la biodiversité se multiplierait et les bienfaits de l’exposition aux milieux naturels deviendraient plus accessibles. Un avenir auquel certains élèves participent déjà pleinement.
Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer. Ce reportage a été réalisé également grâce à une subvention de la Fondation Sitka et du Centre canadien science et médias. Conformément à la politique d’indépendance éditoriale du Canada’s National Observer, ni l’une ni l’autre de ces organisations n’est intervenue dans ce contenu.


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