
Produit par l’Allemagne, le Qatar et l’Arabie saoudite, « Ce qu’il reste de nous » est un film de la réalisatrice Cherien Dabis,
née aux États-Unis mais palestinienne par son père qui s’y est réfugié.
Le film, où elle tient aussi le premier rôle, suit une famille palestinienne sur 3 générations, de 1948 à nos jours. Le film a été récompensé par le Prix du public à la Quinzaine des cinéastes et par la Caméra d’or au Festival de Cannes.
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Bande-annoce : »Ce qu’il reste de nous »
Le cinéma a découvert le cœur palestinien
Selon Orient XXI :
« La réalisatrice a voulu, dans la lignée de Palestine 36, d’Annemarie Jacir, sorti sur les écrans français en janvier 2026, offrir les moyens du grand cinéma populaire mondial – décors, figurants, tournage – à l’histoire palestinienne, la plus souvent méconnue du grand public. C’est un tournant majeur de la cinématographie palestinienne. En 2024, No Other land , un film documentaire tourné avec des bouts de ficelle – et la rage de briser le mur de l’ignorance – triomphait au festival de Berlin puis aux Oscars à Los Angeles en montrant l’anéantissement de villages palestiniens au sud d’Hébron ces dernières années. No Other Land mérite aussi d’être vu pour ses qualités de cœur. Après la Palestine au cœur, la Palestine haut les cœurs.
Après s’être extasié sur les qualités de cœur de No other land, les critiques s’extasient pareillement, les uns après les autres, sur les qualités de cœur, l’humanité, la grandeur morale, « dignes d’un mélo américain » de Ce qu’il reste de nous :
« Ce film de Hasan Hadi est un vrai délice cinématographique. Tout commence en 1948. Une terre quittée et une mémoire transmise comme on lègue une cicatrice. De la Nakba aux tensions contemporaines, nous suivons avec douceur trois générations d’une famille palestinienne. Mais tout bascule lorsqu’un adolescent meurt brutalement. S’ouvre alors un temps suspendu et douloureux, autour du don d’organes. Dans le contexte israélo-palestinien, le geste dépasse l’intime. Il devient vertige moral et politique » Jean Luc Gadreau, Réforme.
« Très clairement autobiographique, le scénario se construit comme une parabole et chemine vers une conclusion porteuse d’espoir, sorte de morale humaniste au cœur d’une réalité délétère » Le Nouvel Obs.
« La véritable force de l’entreprise, c’est de réussir à replacer l’humain au centre des choses, devant la politique ou la géopolitique » Nicolas Rieux, Mondociné.
« Le film m’a arraché le cœur. La Nakba n’a jamais vraiment été abordée au cinéma, et le film Cherien Dabis fait un bien fou : elle raconte avec un humanisme fou le contexte palestinien de 1948 à aujourd’hui à travers une famille qu’on suit sur trois générations.
« Comment on en est arrivé là ? »
70 ans de solitude, de souffrance, de blessures qui se transmettent de générations en générations.
C’est sans doute ce qu’il y a de plus beau dans le film : comment les évènements historiques majeurs nous façonnent en tant qu’individu ? Et peut-on protéger nos descendants des souffrances que nous avons subi ?
On jurerai un mélo américain tellement c’est déchirant et ça emporte tout sur son passage » Allociné, APerfectWorld.
« Le récit est jonché de drames et pétri de tristesse, mais il ne s’arrête pas là, il évoque aussi avec puissance et lyrisme l’importance de la transmission, génération après génération, et l’espoir de jours meilleurs, même si l’actualité démontre aujourd’hui qu’ils auront du mal à se concrétiser à l’avenir » Allociné, traversay1 .
Le cinéma a découvert la souffrance palestinienne
La critique de Sébastien Lamothe de Movierama, un peu plus honnête, mentionne le calvaire quotidien des Palestiniens :
« L’œuvre retrace plus de soixante-dix ans de guerre entre Israël et la Palestine, ou plutôt soixante-dix ans de tensions, de violences exercées par l’État juif contre les natifs de la terre arabe. Le film montre le dur labeur et l’humiliation à laquelle sont en butte les prisonniers palestiniens dépossédés de leurs terres. Dépouillés au sens strict du terme. Ce qui leur a été enlevé : leurs biens, leur patrimoine, leur fierté d’hommes. L’humiliation est un des leviers utilisés à outrance par les soldats israéliens imbus de leur pouvoir arbitraire sur les Arabes et particulièrement sadiques, comme lors de cette séquence où Salim, le père de Noor, est mis à genoux et contraint de s’infliger des insultes par une patrouille censée faire respecter le couvre-feu. Le soldat pointe son arme sur le père devant les yeux de son fils, humiliation suprême. Salim aura bien du mal à retrouver l’autorité de père mise à mal par cet épisode ».
Capture d’écran : Nour dans une manifestation palestinienne « Nous donnons notre âme et notre sang pour la Palestine. »
Noor est assassiné à 18 ans par l’armée israélienne. Et là commence la partie du film qui lui a probablement permis d’exister et d’être primé. L’occupant n’est pas satisfait d’avoir tué un jeune Palestinien, il veut maintenant son cœur. Et les parents, d’abord révoltés, finiront par le lui donner parce que les Palestiniens sont bons, ils n’en veulent pas à leurs tortionnaires, ils leur pardonnent, comme le note Movierama :
« S’il reste encore bien une chose aux Palestiniens, c’est leur cœur, ce cœur qui bat encore, même si c’est au travers d’une autre personne à laquelle il a été greffé. La nation palestinienne survit à travers son courage et son esprit de résistance mis à mal et contre lequel butte l’ennemi viscéral. Et il semble que ce dernier ne pourra jamais le lui enlever. »
Un cœur, voilà tout ce que l’Occident collectif, lui-même dénué de cœur, est prêt à concéder aux Palestiniens. Pas la liberté, pas l’autonomie, pas l’égalité, pas la justice et encore moins pas une nation ou un état, non, seulement quelques trémolos et un cœur qu’ils peuvent éventuellement se faire greffer !
Mais le cinéma n’a pas encore découvert la Résistance palestinienne
Jamais, dans le film, la Résistance armée, le Hamas, le Jihad Islamique ou d’autres factions ne sont évoquées. Comme je ne peux pas imaginer que la réalisatrice ne soit pas au courant que, depuis plus de 80 ans, des combattants palestiniens donnent leurs vies pour libérer la Palestine de la cruelle occupation occidentale, j’en conclus que la condition pour réaliser le film était de présenter les Palestiniens comme des victimes impuissantes du sadisme israélien, qui conservent leur humanité malgré les persécutions et l’injustice.
De fait, Salim incarne dans le film un Palestinien qui, toujours selon le sagace Sébastien Lamothe,
« ne sait décidément plus à quel saint se vouer entre la fidélité qu’il doit à sa nation et le souci de protéger sa femme et ses enfants de la guerre et de l’occupation. Il est le symbole vivant de la confusion au sein de laquelle vit le peuple palestinien, tiraillé entre une terre qu’il chérit plus que tout et l’absence d’avenir à laquelle les Arabes sont destinés. Reste l’exil.
A moins que les Israéliens, par l’effet d’une compassion qu’on n’attend plus, se décident à reconnaître les souffrances endurées par le peuple palestinien et y mettent un terme. Tout est entre les mains du personnage de ce Juif auquel s’adresse la vieille femme – en fait l’épouse de Salim – et qui représente à lui seul l’avenir de la région. Car en définitive il ne reste que ce cœur qui bat ».
N’offrir comme seul espoir aux Palestiniens que l’exil ou l’improbable mansuétude de leurs bourreaux revient à leur planter un couteau de plus dans le cœur, en les dépossédant de la seule chose qui leur reste vraiment, leur lutte pour la liberté, leur résistance acharnée contre l’occupation, leur bravoure, avec, au cœur de cette lutte de chaque instant, la lutte armée. Et même si l’Occident collectif parvient à parfaire le nettoyage ethnique des Palestiniens et à s’approprier la Palestine, comme il l’a fait avec les peuples autochtones des Amériques, le peuple palestinien n’aura pas perdu sa dignité car il se sera battu comme un lion, jusqu’au dernier, comme les Amérindiens, dont les survivants luttent toujours pour leur identité et leurs droits.
Ellen Gabriel, militante kanien’kehá:ka (mohawk), estime qu’il existe des parallèles. Nous vivons sous un régime autoritaire dans nos communautés en raison de la Loi sur les Indiens Ellen Gabriel a été la porte-parole de la communauté de Kanesatake pendant la crise d’Oka en 1990 (Québec, Canada). Le 30 novembre 2023. Source : https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2031218/guerre-israel-gaza-autochtones-palestiniens
C’est cette dignité-là, la seule, la vraie, l’éternelle, qui leur est enlevée dans ces films qui constituent, soi-disant, un tournant dans la cinématographie sur la Palestine. Ils ont le mérite de parler des Palestiniens, certes, sans dissimuler la violence de l’Occupation, mais en réalité, ils entérinent la disparition des Palestiniens et s’achètent une bonne conscience en niant l’existence de la Résistance et en valorisant leur bonté d’âme. Certes, l’un des trois films cités par Orient XXI, Palestine 36, montre la révolte arabe de 1936 contre la décision occidentale de voler, avec l’accord de l’ONU, la Palestine aux Palestiniens, mais c’est parce que tout cela est loin et prescrit depuis longtemps.
En fin de compte, voilà ce que ces films nous disent : on les a tous massacrés ; certes ils se sont un temps révolté, mais c’est fini et maintenant ils nous ont pardonné ! On a donc eu bien raison de le faire et tout est bien qui finit bien…
La critique de Simone Gentile, sur Allociné, est une des seules à mettre un bémol à ce concert de louanges déculpabilisatrices :
« Malgré l’ambition de livrer au·à la spectateur·rice une fresque de la Palestine, de la Nakba à nos jours, le film de Cherien Dabis demeure non seulement convenu, mais aussi excessivement romancé. En renonçant à montrer le brutalité d’1sr@3l et les injustices dans toute leur réalité, la mise en scène atténue la portée politique de son sujet. À travers l’histoire intime d’une famille exilée de Jaffa, la réalisatrice semble privilégier un message de paix à tout prix, alors même que toute perspective de paix ne saurait advenir — aujourd’hui encore — sans un travail rigoureux sur la mémoire historique et sans justice sociale. Il en résulte l’impression que Dabis n’ose jamais aller au bout de son geste, restant constamment en retrait face à ce que son récit semble aborder ».
C’est le moins que l’on puisse dire !
« Lutter, c’est vivre »
Même s’il y a quelque chose de révoltant dans la manière dont est romantisé, dans ces films, le nettoyage ethnique des Palestiniens, il est vrai que les Palestiniens, malgré ce qu’ils ont enduré, et continuent d’endurer pour ceux qui sont toujours en vie, ne se sont jamais laissé dévorer par la haine, le ressentiment et le désir de vengeance, à la différence de leurs tortionnaires, qui, pour se dédouaner de leurs crimes, se font passer pour les victimes de ceux qu’ils dépouillent et assassinent.
On trouve l’explication de la résilience physique et spirituelle des Palestiniens chez Baruch Spinoza, mon philosophe préféré. Selon lui, la seule manière de ne pas se laisser dominer par les émotions négatives, qu’il appelle tristes, ces émotions qui nous paralysent, c’est la compréhension et l’action. Quand on comprend ce qui se passe et qu’on se bat contre l’injustice, on se sent fort, libre et en paix avec soi-même, même au milieu des plus grands tourments, par le simple fait qu’on agit. « Lutter c’est vivre » disait Victor Hugo.
Nous ne sommes pas maîtres de notre destin. Il se peut que la course désespérée et d’autant plus impitoyable de l’Occident collectif pour l’hégémonie mondiale soit stoppée en Iran, avec l’aide de la Chine et de la Russie, comme il se peut que l’Iran soit vaincu, même si pour le moment cela paraît peu probable, et rayé de la carte comme la Palestine, et bientôt Cuba, après tant d’autres pays ; il se peut que la censure et la répression parviennent à anéantir toute opposition et toute liberté d’opinion en Occident, comme il se peut que l’UE soit démantelée ; il se peut que le contrôle de la monnaie par les banques nous prive de toute autonomie financière ; il se peut que la pauvreté, sinon les restrictions gouvernementales, nous prive de toute liberté de mouvement ; il se peut que le Corporate power auquel sont inféodés nos politiciens nous réduise à l’esclavage…
Tout est possible et nous n’y pouvons rien. Ce n’est pas seulement parce que nous n’avons pas de pouvoir politique que notre avenir nous échappe, c’est essentiellement, comme nous l’enseigne Baruch Spinoza, parce que ce qui arrive résulte de la dure loi naturelle des causes et des effets. Les choses ont lieu ou pas, non pas parce que nous les voulons ou pas, mais parce qu’elles sont la conséquence automatique de tout un enchaînement de causes et d’effets extrêmement complexe qui nous échappe presque totalement.
Le libre-arbitre n’existe pas, affirme Spinoza, mais cela ne nous empêche pas d’être libres, libres d’agir, libres de nous battre, car notre liberté repose sur la connaissance des causes qui nous déterminent et elle est proportionnelle à la compréhension que nous en avons. Plus nous nous rapprochons du réel par une appréciation toujours plus honnête et plus juste des causes qui l’engendrent, plus nous sommes libres. Et cette liberté qui vient de la compréhension de ce qui se passe en nous et dans le monde, cette liberté dans laquelle s’ancre notre joie de vivre et notre puissance d’action, cette liberté, non seulement n’a pas de fin et ne fait que grandir, mais rien, ni personne, ne peut nous l’enlever…
Dominique Muselet
Montreuil, Le 15 mars 2026
Pour aller plus loin :

“Ce qu’il reste de nous” – Le film sorti trop tard, mais (toujours) à temps
Par Jamal Kanj, 26 janvier 2026
Par Jonathan Cook, 16 janvier 2026
L’assassinat de Saleh Aljafarawi est un avertissement sinistre
Par Eman Murtaja, 17 octobre 2025
Standing ovation record de 23 minutes pour The Voice of Hind Rajab lors de la première à Venise
Par Al-Jazeera, 04 septembre 2025
Par Mohamed El Bachir, 31 mai 2025
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Dominique Muselet auteure et traductrice, Paris, France. Elle est associée de recherche au Centre de recherche sur la Mondialisation.
La source originale de cet article est Mondialisation.ca


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