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PORTRAIT - Figure respectée du monde de l’audiovisuel, Caroline Lang a construit sa carrière loin des projecteurs. Depuis quelques jours, elle se voit rattrapée pour ses liens avec l’ancien magnat de la finance Jeffrey Epstein, accusé de trafic sexuel de mineures.
Trois semaines : c’est le temps qu’aura duré le passage de Caroline Lang à la tête du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), où elle venait d’être nommée déléguée générale. Soucieuse, dit-elle, de ne pas «nuire au syndicat» où elle officiait, la fille de Jack Lang vient d’annoncer sa démission. En cause, l’apparition de son nom dans la vaste nébuleuse de documents et de révélations entourant l’affaire Jeffrey Epstein, un ensemble qui représenterait près de 3 millions de fichiers, dévoilés vendredi. Selon une enquête publiée par Mediapart, qui a eu accès au dossier, Caroline Lang aurait cofondé en 2016 une société offshore avec le magnat de la finance poursuivi pour des faits de trafic sexuel de mineures et retrouvé mort en 2019 dans la cellule de sa prison. Domiciliée aux îles Vierges américaines, la structure, baptisée Prytanee LLC, était manifestement destinée à l’acquisition d’œuvres d’art. Dans un communiqué adressé à l’AFP, elle s’est défendue en affirmant avoir agi dans le cadre d’un «fonds parfaitement légal». De son côté, Jack Lang a également déclaré qu’il assumait «pleinement ses liens» avec lui, à une époque où rien ne laissait supposer l’ampleur de ses crimes à venir. Une prise de parole qui soude un peu plus le père et sa fille.
Des parents qui s’aimaient trop
Née en 1961, Caroline est la première enfant du couple très soudé que forment Jack Lang et Monique Lang - ils ont 22 ans au moment de sa naissance, et se fréquentent déjà depuis quatre ans. Ils auront leur deuxième fille, Valérie, en 1966. Les deux sœurs grandissent à Paris, dans un foyer où culture et politique se confondent, au point de s’inviter partout : à l’heure du dîner comme lors des apéritifs entre amis. Le couple partage tout, et surtout le travail, car Monique est la cheville ouvrière de son mari. De cet engagement permanent, Caroline va nourrir très tôt une conscience politique et une appétence pour le monde du spectacle.
En 1981, elle a déjà vingt ans lorsque son père est nommé ministre de la Culture, après avoir été conseiller municipal du 3 arrondissement de Paris. Dans un grand entretien accordé à Paris Match, en 2015, Monique Lang se souvenait du rythme effréné imposé par les nouvelles fonctions de son mari : «On rentrait du ministère à 23 heures (...) On n’arrêtait jamais. Jack avait plein d’idées, moi je les mettais en mouvement avec ses collaborateurs.» Mais dans cette cadence, et face à ce tandem inébranlable, il devient difficile pour leurs enfants de trouver leur place.
Dans les colonnes du magazine, Caroline confiait ainsi avoir, un temps, souffert de la relation trop fusionnelle de ses parents. «Ils vivaient pour “leur” couple, “leur” action commune. Ma mère avait des choses plus intéressantes à faire que de s’occuper d’un bébé. Elle m’a ignorée… Papa, en revanche, était attentif», raconte-t-elle. «Je sais aujourd’hui qu’ils m’adorent, mais à l’époque, j’ai souffert d’être envoyée dans des homes d’enfants, tandis que ma petite sœur Valérie partait avec eux en vacances.»
Le deuil d’une petite sœur
Caroline est néanmoins restée très proche de sa petite sœur, sa protégée. Valérie, actrice aux yeux «saphir, comme des bijoux», dira leur père, était l’artiste de la famille. Formée au Conservatoire national d’art dramatique de Paris, elle s’est tournée vers une carrière de comédienne, au cinéma comme au théâtre, apparaissant notamment dans La Belle Personne et Neuilly sa mère !. Dans Paris Match, Monique Lang décrivait une personnalité «séductrice, provocatrice, audacieuse, impudique», tout le contraire de Caroline, au tempérament plus réservé. En 2013, le malheur frappe la famille. Valérie, meurt en juillet, à 47 ans, des suites d’une tumeur cérébrale foudroyante.
Une carrière florissante
Après avoir tenté une carrière au cinéma, à l’aube de sa vingtaine, en apparaissant notamment dans L’Argent de Robert Bresson, et Chronique d’une mort annoncée de Francesco Rosi, Caroline prend finalement un autre chemin que celui de sa sœur. En effet, la jeune femme s’aperçoit vite qu’elle préfère les coulisses de la création à la lumière de l’objectif. À l’image de son père, elle souhaite comprendre les ressorts de la culture et œuvrer pour elle. Pour ce faire, elle poursuit des études supérieures et obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) de finances publiques, puis un doctorat en droit public. En 1989, à 28 ans, elle s’installe à Londres et débute sa carrière au sein de Maxwell Communication, un groupe international alors actif dans l’édition et les médias. Deux ans plus tard, elle part pour New York et rejoint Time Warner - désormais WarnerMedia -, amorçant son entrée dans les métiers de la distribution audiovisuelle.
De retour en France quelques années plus tard, elle intègre l’équipe de Warner Home Video Paris, avant de gravir les échelons du groupe Warner Bros International Television Distribution. En 1999, elle est nommée directrice exécutive de la filiale française, puis directrice générale adjointe en 2003. Un poste qu’elle va occuper pendant près de trente ans, jusqu’à son départ en 2022. Une carrière florissante qu’elle revendique avec une grande fierté : «Je suis contente d’avoir réussi par moi-même», confiait-elle à Paris Match. Coté vie de famille, très peu d’informations circulent sur sa vie privée, si ce n’est qu’elle est mère de deux filles, Rebecca et Anna.
Au fil des années, Caroline Lang s’est imposée comme une figure majeure de l’industrie culturelle française. Une trajectoire construite en parallèle de l’évolution de son père, aujourd’hui président de l’Institut du monde arabe. Au-delà de ce lien familial, celle qui a aujourd’hui 65 ans a d’ailleurs occupé plusieurs fonctions clés au sein du secteur : membre de la commission de l’avance sur recettes du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), présidente du Fonds de soutien économique aux films et aux séries de Pictanovo, administratrice du festival Séries Mania, et co-présidente de l’association Pour les femmes dans les médias (PFDM).
Début janvier, elle venait donc d’être nommée déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), dans ce qui apparaissait comme la continuité de son parcours. Mais celle qui a toujours refusé d’être exposée se retrouve désormais brutalement sous les projecteurs, rattrapée par l’affaire Epstein.


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