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« Ça n’a pas de sens » : les distillateurs québécois demandent des changements

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Alors que le gouvernement Legault souhaite revoir les lois sur la vente d'alcool au Québec et entre les provinces, les distillateurs québécois s'impatientent et redemandent à Québec de modifier ses lois entourant la vente de spiritueux, jugées illogiques et restrictives.

La Société des alcools du Québec (SAQ) a le monopole public de la vente d'alcool distillé dans la province. Présentement, les distilleries québécoises doivent payer 50 % du prix de détail d’une bouteille à la SAQ, et ce, même si le produit n'est pas vendu ni commercialisé par celle-ci.

Ça n'a pas de sens, dénonce Christophe Légasse, co-fondateur de la Distillerie de Québec. C'est comme si j'étais producteur de maïs, que je vendais du maïs sur ma propriété, et que je versais une cote à IGA alors qu'ils ne touchent pas à ma production.

L'union québécoise des microdistilleries (UQMD), juge que les réformes annoncées jusqu'ici dans le projet de loi 11 du ministre Samuel Poulin sont cosmétiques et superficielles et n'adressent pas ce problème.

On désire ne pas être obligé de remettre 50 % du prix de la bouteille à la société d'État alors qu'elle ne touche même pas à cette bouteille, martèle Nicolas Bériault, président de l’UQMD.

Deux hommes dans une distillerie.

Les fondateurs de la Distillerie de Québec, David Lévesque (à gauche) et Christophe Légasse croient que Québec doit revoir ses lois entourant la vente de spiritueux.

Photo : Radio-Canada / Édouard Dubois

D'autres problèmes subsistent; il est toujours complexe pour une microdistillerie de vendre directement ses produits auprès d’un restaurateur, d’un bar ou d’un festival. Elle doit plutôt transiter avec la SAQ. Tout ça, ça empêche notre chiffre d'affaires de grandir, c'est des restrictions qui pourraient être facilement enlevées, évoque M. Légasse.

L'UQMD estime que la règlementation actuelle prive les distilleries québécoises de dizaines de millions de dollars de revenus annuellement. Ça donnerait une bouffée d'air incroyable à nos entreprises locales, souligne Nicolas Bériault. On fait plus d'argent à vendre un T-shirt qu'une bouteille de gin!

Le ministre pas fermé à d'autres suggestions

Le gouvernement Legault ne ferme pas la porte à revoir la majoration imposée aux distillateurs. Pas question toutefois de toucher au monopole de la Société des alcools.

La majoration existe, je ne remets pas en question le fonctionnement ou le modèle de la SAQ, qui sert, dans certains cas, très bien les produits d’alcool du Québec, affirme Samuel Poulin, ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises. Je pense qu’on a un modèle qui est bon, gagnant, mais qui peut toujours être amélioré.

Samuel Poulin se défend de nuire à l'industrie des spiritueux, affirmant que son gouvernement a investi 15 M $ et aidé 117 distillateurs dans la province depuis un an.

Un homme en costume cravate et écharpe se tient devant le micro.

Samuel Poulin, député de Beauce-Sud, est ministre responsable de la Jeunesse et ministre délégué à l'Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Tifa Bourjouane

Avec son projet de loi 11, le député de Beauce-Sud se dit ouvert à revoir l’ensemble des lois sur l’alcool dans la province. Québec veut rendre possible la vente de produits alcoolisés entre les provinces canadiennes d’ici mai prochain. Je ne suis pas fermé à d'autres suggestions de l'industrie, clarifie-t-il. J'invite l'association des distillateurs à me soumettre un mémoire.

« Incohérences »

Québec devrait profiter du contexte actuel pour libéraliser le marché de l'alcool, croit Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Frédéric Laurin en train de parler dehors, debout dans la rue.

Frédéric Laurin est professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Le problème est plus large que le monopole de la SAQ, selon lui, il rappelle que plusieurs lois touchant l'alcool ont été rédigées à l'époque de la prohibition dans les années 20, ce qui résulte en plusieurs incohérences, selon lui. Il croit que l'État pourrait aisément continuer de percevoir une taxe sur les spiritueux, comme elle le fait avec la cigarette et l'essence, sans que la SAQ ne touche une telle majoration.

Ça empêche le développement optimal de nos producteurs québécois. Que ce soit les vignobles, des microbrasseries ou des microdistilleries; il y a tout un potentiel de marché qui est là.

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