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Un promoteur de Sherbrooke déplore l'augmentation du nombre de graffitis et de tags sur ses immeubles. Le président-directeur général de Must Urbain, Philippe Dusseault, demande à la Ville d'agir pour réduire le nombre de méfaits.
Le propriétaire possède 13 bâtiments au centre-ville, qui sont tous vandalisés. Il y a quelques années, on avait réussi à presque estomper le problème, mais depuis environ un an et demi, rien ne va plus. Il y a des graffitis sur tous les immeubles. On a beau les nettoyer, il y en a de nouveaux, ils réapparaissent, déplore-t-il.
C'est un combat sans fin.

Phillippe Dusseault, président-directeur général de Must Urbain
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Raphaël Maratier constate lui aussi l'augmentation du nombre de graffitis sur les immeubles privés de la municipalité. Il a travaillé pendant des années pour une entreprise chargée de les retirer. Il a décidé de lancer Aquamara, sa propre PME de nettoyage, et les contrats affluent, si bien que son père à la retraite doit lui prêter main-forte.
Le problème du graffiti a pris une ampleur immense avec les années. Quand je recule il y a 10 ans, la culture du graffiti avait un peu plus de respect. C'était en dessous des ponts, sur les trains, ainsi de suite. Maintenant, il n'y a plus de respect. Les graffitis se font n'importe où.

Raphaël Maratier est le propriétaire d’Aquamara.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Philippe Dusseault estime que la Ville devrait faire plus d'efforts de prévention et de répression. Est-ce qu'on est assez sévères avec ce genre de comportement? Il s'agit de méfaits sur nos bâtiments. Ça nous occasionne des frais qui sont vraiment importants.
Il affirme avoir dépensé des milliers de dollars cette année pour effacer les graffitis sur son parc immobilier. Il estime que les actes de vandalisme ont aussi un impact négatif sur le taux d'occupation de ses unités, qui sont de plus en plus difficiles à louer.
Il y a de nouveaux clients qui viennent faire des visites pour des appartements. Ils voient les graffitis partout et ça les insécurise, clairement.

Les briques de l'immeuble abritant le restaurant Madame B, une propriété de Must Urbain, sont décolorées en raison des multiples interventions de nettoyage. Les graffitis reviennent constamment sur le bâtiment de la rue Wellington.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Aide à venir?
En 2027, le comité Graffiti et art urbain de la Ville de Sherbrooke souhaite mettre en place des outils pour aider les promoteurs à effacer les graffitis. Les paramètres restent encore à définir. On est en train de monter ces projets, donc je ne peux pas trop m'avancer, souligne Marie-Frédérique Tremblay, membre du groupe de travail et agente professionnelle à la Division de la culture.

Marie-Frédérique Tremblay, membre du comité Graffiti et art urbain, et agente professionnelle à la Division de la culture, Ville de Sherbrooke
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Le comité, composé de plusieurs employés municipaux issus de différents services administratifs, réfléchit également à l'idée de modifier la réglementation sherbrookoise afin d'obliger les promoteurs à enlever les graffitis. Pour le moment, ils sont seulement encouragés à le faire et ne peuvent recevoir de contravention en cas de négligence.
Avant de réglementer, est-ce qu'on est capables d'aider les propriétaires, de leur donner certains moyens pour que ça soit moins dispendieux?, questionne Marie-Frédérique Tremblay. Parce que c'est sûr que c'est quand même dispendieux, faire effacer un graffiti sur une bâtisse. On pense à des solutions afin qu'ils puissent soit le faire eux-mêmes ou qu'ils puissent avoir des ressources à moindres coûts pour pouvoir le faire.

Il y a plusieurs graffitis au centre-ville de Sherbrooke.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Des villes comme Montréal débloquent un budget spécifique pour prendre en charge gratuitement le retrait des actes de vandalisme sur les façades des propriétés privées.
Le comité Graffiti et art urbain aimerait que la Ville adopte une politique zéro graffiti et que soient nettoyés absolument tous les méfaits visibles à Sherbrooke.
Après ça, c'est beaucoup plus facile à entretenir. Je fais souvent le parallèle avec les pissenlits. Si j'ai laissé pendant quelques années des pissenlits dans mon jardin, ça va être dur la première, puis la deuxième année d'enrayer tous ces pissenlits. Si mon voisin en laisse aussi. Il faut vraiment travailler de façon concertée, puis continuer de les nettoyer.
Toutes ces mesures à l'étude devront toutefois être approuvées par le conseil municipal. Dans une déclaration écrite, la mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, précise que les graffitis sont l'un des éléments à l'intérieur de la grande stratégie de revitalisation du centre-ville, qui est l'une de ses priorités.
Bouchées doubles
Le comité soutient mettre les bouchées doubles pour diminuer le nombre d'actes de vandalisme. Une nouvelle murale sera réalisée dès lundi à l'intérieur du tunnel piétonnier reliant le Marché de la gare et le parc Judes-O.-Camirand.
C'est un endroit qui est sombre. Les gens ont tendance à aller y faire du graffiti. Si on fait une belle murale en art urbain qui est faite par leurs pairs, par des graffeurs comme on les appelle, ils s'y rendront probablement moins. Un endroit qui est très bien entretenu, il va y avoir habituellement un certain respect aussi, affirme Marie-Frédérique Tremblay.

La Ville doit procéder à entre 800 et 1000 interventions de nettoyage par année sur ses infrastructures.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
La Ville a lancé récemment un projet pour encourager les contrevenants à employer les moyens légaux pour exprimer leur talent. Elle est à la recherche de deux artistes de rue de la relève à qui elle remettra une bourse de 1000 $ et du matériel pour peindre des œuvres sur les infrastructures municipales. Un mentor accompagnera aussi les jeunes pour concrétiser leur murale l'été prochain.
Un intervenant terrain se promène beaucoup au centre-ville présentement, mais on aimerait élargir à d'autres secteurs de la ville : au centre-ville de Lennoxville, au centre-ville de Brompton... Il fait de la sensibilisation auprès des jeunes, il leur indique qu'ils peuvent aller faire des graffitis à certains endroits, note Marie-Frédérique Tremblay.
Les graffeurs peuvent laisser leur marque en toute légalité sur plusieurs murs municipaux. La Ville autorise les graffitis sous le pont des Grandes-Fourches, par exemple. Le comité désire ajouter encore plus d'espaces.

Les graffitis sont autorisés sous le pont des Grandes-Fourches, mais des contrevenants dépassent le périmètre.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Une grande corvée de nettoyage, en collaboration avec les propriétaires, et une campagne de sensibilisation massive sont également dans les cartons pour 2027.
Le nombre de graffitis sur les infrastructures municipales est stable depuis environ six ans. Entre 800 et 1000 interventions de nettoyage se déroulent chaque année, au coût de 60 000 $. C’est un impact qui est quand même majeur à Sherbrooke, estime Marie-Frédérique Tremblay.


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