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Dans quelques mois, les Fidji et les Tuvalu accueilleront des réunions préparatoires à la COP31, la prochaine réunion au sommet sur l'agenda des négociations internationales sur le climat. Tout un symbole pour ces États insulaires directement menacés par la montée des eaux. Les scientifiques estiment que 95 % du territoire des Tuvalu pourrait bientôt être inondé par de grandes marées périodiques d'ici 2100. Si le réchauffement n'est pas maintenu en dessous du seuil des +1,5 °C, le pays deviendra inhabitable.
Ça, c'était avant. Avant qu'une nouvelle analyse publiée aujourd'hui par des chercheurs de l'université de Wageningen (Pays-Bas) dans la revue Nature fasse voler en éclat un chiffre clé. Celui du niveau zéro de l'océan. Autrement dit, même ce futur de grandes marées était trop optimiste. Les négociateurs vont devoir réviser ce qu'ils pensaient savoir sur le niveau de la mer.
Les chercheurs ont travaillé sur près de 400 études et évaluations des risques. Plus de 15 années de production scientifique. Ils affirment qu'environ 90 % sous-estiment le niveau de référence des eaux côtières d'environ 30 centimètres. Un problème encore plus marqué dans les pays du sud, dans le Pacifique et dans l'Asie du Sud-Est. En cause : un angle mort méthodologique.
“You have a lot of people here for whom the risk of extreme flooding is much higher than people thought’' - Anders Levermann comments on a new study showing that baseline calculations for coastal water levels have been underestimated.https://t.co/LwabO0CRBo
— Potsdam Institute for Climate Impact Research PIK (@PIK_Climate) March 5, 2026Une question de point de départ
Voilà qui mérite quelques explications. Sachez d'abord que pour évaluer la vulnérabilité d'une région aux risques côtiers, les scientifiques devraient comparer l'altitude des terres au niveau de la mer. Le tout à partir de mesures prises depuis les hauteurs, par les satellites, par exemple. Ou de mesures collectées depuis la surface, par des marégraphes, des bouées océaniques ou d'autres instruments. « Devraient » parce que des chercheurs hollandais avancent aujourd'hui que la plupart des études qu'ils ont analysées ne tiennent pas compte des mesures directes du niveau de la mer.
Comment connaître le niveau de la mer si on ne le mesure pas ? Grâce à des modèles numériques. À un océan mondial représenté par un géoïde, une immense boule irrégulière et ondulée. Les scientifiques l'ont imaginé à partir de données gravitationnelles et de rotation de la Terre.
Problème : dans les régions où ils manquent de ces données, l'erreur peut aller jusqu'à plusieurs mètres. Et les géoïdes oublient une caractéristique essentielle dans ce cas. Nos océans sont gonflés ou creusés par le vent, par les marées, par les courants, les variations de température ou encore des phénomènes de type El Niño. Les bords des mers sont généralement tout sauf... plats, sans reliefs !
“Measured coastal sea level is higher than assumed in most hazard assessments…the measured values suggest that with 1 m of relative sea-level rise… 48–68% more people (increasing estimates to 77–132 million) would fall below sea level.” pic.twitter.com/owsHlF2okU
— Dr. Genevieve Guenther (she/they) ???? (@DoctorVive) March 5, 2026Sans les mesures, les modèles ne valent pas
Ainsi, le modèle du géoïde est bon. Mais seulement s'il est corrigé à l'aide de mesures réelles du niveau de la mer. Sans quoi, cela revient à se baser sur des niveaux de l'océan sans vagues ni courants. Et ce serait donc ce que font la plupart des études qui évaluent le risque côtier. Avec des niveaux zéro éloignés parfois de plus d'un mètre de la réalité !
Un mètre, c'est loin d'être anecdotique. Alors, on comprend bien que l'adoption d'une estimation plus précise de l'altitude côtière de référence pourrait avoir des conséquences majeures pour les planifications à venir et les financements de l'adaptation.
Pour y mettre quelques chiffres, disons que, si le niveau de la mer venait à s'élever d'un peu plus d'un mètre d'ici la fin de ce siècle - certaines études le prévoient -, les eaux pourraient inonder jusqu'à 37 % de terres supplémentaires. Une menace pour entre 77 et 132 millions de personnes de plus !
Cette infographie montre qu’il n’est pas question ici de quelques villages noyés de plus sur une carte : c’est l’équivalent de la population combinée de plusieurs pays côtiers qui bascule du mauvais côté de la ligne de flottaison. © Katharina Seeger et al., Nature
Derrière les chiffres, la vie des gens
« Ces études, ce ne sont pas que des mots sur une feuille de papier. Ce ne sont pas que des chiffres. C'est la vie des gens qui se joue », soulignent les chercheurs. Vepaiamele Trief n'a que 17 ans et sur son île natale dans l'archipel de Vanuatu, dans le Pacifique Sud, le littoral a reculé de façon visible au cours de sa courte vie. Des plages érodées, des arbres déracinés et les marées qui lèchent les maisons. « Des vies vont être complètement bouleversées par la montée des eaux et le changement climatique. »
D'autres scientifiques, toutefois, se veulent plus rassurants. Selon eux, les implications de ces travaux sont « un peu exagérées ». Notamment parce qu'au niveau local, les aménageurs du territoire connaissent bien mieux leurs problématiques côtières que ne pourraient le laisser penser les études.
Mais ces conclusions tombent alors qu'un nouveau rapport de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'Unesco révèle un manque criant de connaissances sur la manière dont l'océan absorbe et stocke le carbone. Or, rappelons-le, l'océan est le plus grand puits de carbone de notre Planète. Les incertitudes qui demeurent à son sujet seraient suffisamment importantes pour fausser significativement nos prévisions climatiques et, avec elles, la manière dont les gouvernements planifient leurs stratégies d'atténuation et d'adaptation pour les décennies à venir.
En quelques jours, deux signaux rouges se sont ainsi allumés sur l'océan. Quand les délégations atterriront aux Fidji et dans l'archipel des Tuvalu pour préparer la COP31, ces nouveaux chiffres seront sur la table...
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