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Correspondante en France
Lionel Jospin, décédé dimanche à l'âge de 88 ans, n'aurait certainement pas aimé le spectacle donné par la gauche au lendemain des élections municipales. Lui, l'artisan de la gauche plurielle, goûterait peu de voir les ténors du Parti socialiste, des Écologistes et de La France insoumise se renvoyer la responsabilité des défaites de la gauche dans plusieurs communes.
Si le Parti socialiste conserve six des dix plus grandes villes du pays — Paris, Marseille, Rennes, Montpellier, Lille, Nantes —, nombre de bastions historiques, de Clermont‑Ferrand à Limoges en passant par Avignon, Brest, Cherbourg et même Tulle, fief de l'ancien président socialiste François Hollande, ont viré à droite. Malgré l'union de la gauche… ou à cause d'elle ? Une trentaine de listes socialistes et écologistes ont tenté de se sauver en s'alliant avec LFI. En vain.
Au lieu d'additionner les voix respectivement obtenues au premier tour, les candidats de l'union en ont perdu des centaines, voire des milliers au second. Les alliances ont mobilisé contre elles (sauf à Nantes, où la maire socialiste a été reconduite grâce à LFI). Parallèlement, certains candidats socialistes ayant refusé de s'allier aux Insoumis, comme à Paris et Marseille, l'ont emporté.
Notre dossier sur les municipales françaisesMélenchon, "le boulet de la gauche"
Pour le politologue Luc Rouban, chercheur au Cevipof, "La France insoumise n'est plus le faiseur de rois de la gauche, mais un boulet dont il faut désormais se débarrasser". Le terme "boulet" est d'ailleurs celui utilisé par Olivier Faure au sujet de Jean-Luc Mélenchon, son ex-allié. "C'est fini, on ne se fera plus avoir" a promis le premier secrétaire du Parti socialiste sur BFMTV‑RMC, accusant le patron des Insoumis d'avoir plombé la gauche avec "ses outrances et ses dérives antisémites".
Dans plusieurs villes, le soutien du parti d'extrême gauche s'est en effet révélé toxique. À Limoges, la liste LFI, arrivée en tête au premier tour, a fusionné avec la liste PS, dans l'espoir de conserver la ville à gauche. En vain. À Clermont-Ferrand, le candidat LR a renversé les socialistes qui tenaient la capitale auvergnate depuis la Libération, infligeant une défaite au maire sortant socialiste, allié à une insoumise. À Toulouse, Jean-Luc Moudenc (divers droite) garde son fauteuil de maire malgré la fusion des listes de gauche, alors que beaucoup pensaient que l'union nouée derrière le candidat insoumis permettrait de reprendre possession du Capitole. L'alliance LFI‑PS‑Verts a surtout effrayé l'électorat modéré.
Guy Delattre, le doyen des maires de France, est réélu pour la 10e fois à la tête de sa communeLes volte-face de la direction socialiste n'ont pas aidé les électeurs de gauche à y voir clair : Olivier Faure, leur chef de file, avait publiquement exigé des "clarifications" de LFI sur l'antisémitisme, avant de finalement "comprendre parfaitement" les choix d'alliances avec ce parti dans certaines villes. Comme s'il pouvait y avoir une rupture nationale mais des accommodements locaux.
"Le PS nous a entraînés dans sa chute. Mais nous n'avons pas de regrets", a quant à lui rétorqué le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui l'a emporté dans une dizaine de villes comme Saint-Denis, Roubaix, La Courneuve ou Vénissieux. Marine Tondelier, la chef des Écologistes (qui ont perdu toutes leurs grandes villes, sauf Lyon et Grenoble), a estimé quant à elle que "la gauche a été toxique pour elle-même dans cette campagne".
La presse française tire un grand enseignement de ces municipalesCap au centre ?
Pour Luc Rouban, "le rêve d'une union à gauche s'effrite". Et pour cause : "les électorats ne partagent plus les mêmes valeurs". Désormais, poursuit-il, "l'enjeu pour le PS est de récupérer les voix des électeurs du centre". À Paris, Emmanuel Grégoire, candidat socialiste, a séduit une partie de l'électorat macroniste de Pierre‑Yves Bournazel. À Strasbourg, Catherine Trautmann l'a emporté après avoir préféré une alliance avec Horizons plutôt qu'avec LFI.
Entre un PS affaibli, des Verts en repli, des communistes moribonds et une France insoumise cantonnée à ses bastions populaires, la reconstruction de la gauche s'annonce complexe d'ici à 2027.
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