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Beethoven en mode exploratoire au Festival de musique de chambre

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Le Festival de musique de chambre a connu un beau succès d’affluence, mardi, avec son programme « Ode à la joie » qui voyait la création d’une version réduite du Finale de la 9e Symphonie de Beethoven. À l’image de cette réduction, la soirée fut loin d’être inoubliable.

La soirée et le programme étaient dédiés à Reuben Croll, mécène du Festival et ami de très longue date de son directeur, Denis Brott. Il est donc délicat de ne pas avoir plus de bonnes choses à en dire. La situation est d’autant plus périlleuse qu’aux dires de Denis Brott, tout le monde est toujours formidable. C’était bien le cas des artistes du concert d’ouverture, dont le remarquable violoniste Kevin Zhu il y a une semaine. Par contre, nous sommes plus circonspects sur le Quatuor Barbican.

Expérimentations

Le Quatuor Barbican, qui compte en ses rangs la violoncelliste Yoanna Prodanova, que Denis Brott a présentée comme l’une de ses élèves, s’est présenté non pas avec son altiste Christoph Slenczka, mais avec l’excellent Christoph Vandory du Quatuor Goldmund. Formé en 2015, le Quatuor Barbican a remporté le Prix Joseph Joachim en 2019. La formation a rendu correctement justice au premier des grands quatuors de Mendelssohn, avec notamment les changements d’atmosphères de l’Intermezzo et le saisissant début de Finale, qui visait à reproduire un choc rappelant celui du dernier mouvement de la 9e Symphonie de Beethoven (le quatuor est écrit en réaction directe à la mort de Beethoven). Toutefois, les Barbican se sont montrés pour le moins verts dans le mouvement lent, « Heiliger Dankgesang », de l’Opus 132 de Beethoven.

Le problème des Barbican est clair : l’excellente 2e violon Kate Maloney, l’altiste et la violoncelliste tentent de préserver un semblant d’équilibre de textures et de cantabile pendant que la violoniste Amarins Wierdsma effectue diverses expérimentations sur l’incidence de l’absence de vibrato lors de la destruction de la pièce la plus forte, la plus sensible, la plus profonde de l’existence de Beethoven. Le « cantabile espressivo » et les « sentiments les plus profonds » ne semblent guère intéresser cette para-musicologue rigide qui nous a amenés à vivre la lecture la plus réfrigérante, voire exaspérante de cette pièce sublime.

Après la pause, Illia Ovcharenko et Rachel Breen ont livré une lecture de la Fantaisie D. 940 pour piano à quatre mains, marquée par sa carrure. À part l’abord de la partition, subtile, sous les doigts d’Ovcharenko, il n’y a pas grand-chose à rapporter sur cette traduction plus professionnelle que poétique, inspirée et nuancée.

Restait le « plat principal » : la réduction du Finale de la Neuvième de Beethoven par Francis Malka. Le mouvement beethovénien est pris directement à l’entrée de la basse soliste, ce qui nous prive de l’émergence du thème de l’Hymne à la joie. Il y a sur scène deux pianos, un quatuor, une contrebasse, quatre chanteurs et un timbalier. La pandémie nous a montré l’utilité de ce type de réductions. D’aucune n’émanait alors cette sensation de bricolage.

Les interventions du chœur sont tantôt jouées par le quatuor, tantôt chantées par les solistes en tout ou partiellement. Ce choix dépend non pas de la continuité du texte (le mot-clé « Brüder » — frères — a été sauvé in extremis) mais surtout de la nécessité des solistes de chanter leurs parties. Il y a donc des trous suivis de colmatages. On reconnaît toutefois bien l’œuvre, les réductions pour piano existantes, que l’on reconnaît ici et là, servant bien à cimenter la musique.

Les solistes Odile Portugais, Jeanne Ireland, David Pomeroy et Colin Mackey étaient tous excellents dans cette expérience non concluante, où Marc Djokic avait remplacé Amarins Wierdsma à la tête du quatuor qui comprenait, aussi, un autre violoncelliste.

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