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Soutenus par Ottawa, les promoteurs de Bay du Nord concluent une nouvelle entente avec le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador sur les retombées économiques du vaste projet pétrolier à 500 km au large de l’île, qui semble reprendre vie après des années d’incertitude.
Le fédéral décide que les promoteurs, Equinor et BP, ainsi que la province, n’auront pas à payer 1 milliard $ en redevances internationales liées au projet, soit des paiements obligatoires en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM).
L’article 82 de la convention permet aux pays comme le Canada, qui bénéficient d'un plateau continental étendu, d'extraire le pétrole dans les eaux situées à plus de 200 milles marins de la côte (Bay du Nord se situera à 270 milles marins à l'est de l'île de Terre-Neuve). Ces pays doivent cependant payer des redevances sur la production qui sont par la suite redistribuées aux États en voie de développement.
Depuis des décennies, le fédéral et la province avaient refusé de s'entendre sur la façon dont la facture serait payée. Ottawa prend sa décision afin de faire avancer Bay du Nord, qui serait le projet pétrolier le plus isolé sur la planète et qui a été mis en pause en 2023 parce que les coûts avaient explosé.
Des milliards de retombées économiques pour T.-N.-L.
En vertu de l’entente annoncée mardi à Saint-Jean, Equinor et BP prévoient payer au moins 6,4 milliards $ en redevances à Terre-Neuve-et-Labrador au cours de la phase 1 de Bay du Nord, qui implique 25 ans de production dans deux champs pétrolifères.
Rien dans l’entente n’oblige les promoteurs à construire la superstructure de Bay du Nord – un navire de production, de stockage et de déchargement (NPSD) – dans la province, comme des syndicats provinciaux de la construction l’avaient souhaité.
En contrepartie, les entreprises vont aider à financer une nouvelle cale sèche flottante au chantier naval Bull Arm, dans l’est de Terre-Neuve. Equinor, actionnaire à 65 % de Bay du Nord, et BP, son partenaire minoritaire, vont verser 200 millions $ dans un fonds destiné à payer le projet de cale sèche, qui devrait aider l’industrie provinciale de la construction navale à profiter des dépenses militaires promises par le fédéral.
Le gouvernement provincial indique que la construction de la cale sèche pourrait coûter entre 150 et 350 millions $ au total. La province ou un tiers, potentiellement le fédéral, sera responsable de la portion de la facture qui ne sera pas couverte par Equinor et BP.
Equinor et BP s’engagent aussi à construire 95 % des composants sous-marins de Bay du Nord à Terre-Neuve-et-Labrador, soit la machinerie et les oléoducs qui permettront d’extraire le pétrole brut et de l’acheminer vers la surface.
Au total, l’entente représente 31 millions d’heures-personnes, selon les parties.
Premier projet canadien en eaux profondes
Bay du Nord sera le cinquième projet en production au large de l’île. Situé dans des eaux de 1200 m de profondeur, il représente le premier projet pétrolier en eaux profondes au Canada. (Les autres gros projets à Terre-Neuve – Hibernia, Hebron, White Rose et Terra Nova – se trouvent dans des eaux d’environ 100 m de profondeur.)
Découvert en 2013, le site de Bay du Nord représente cinq champs pétrolifères dont les réserves récupérables sont évaluées à 1 milliard de barils de pétrole brut.
Equinor et la province avaient conclu un premier accord-cadre en 2018, mais Bay du Nord a été mis en pause en mai 2023 lorsque des pressions inflationnistes ont fait exploser les coûts. La décision choc a secoué l’industrie pétrolière locale, mais l’entreprise n’a pas jeté l’éponge. Elle propose désormais un projet en phases visant à lancer la production plus rapidement dans les deux champs les plus prometteurs, qui représentent 430 millions de barils.
Pour le moment, la province garde la porte ouverte à une participation directe dans Bay du Nord. Elle a jusqu’en novembre prochain pour décider si elle souhaite acheter jusqu’à 10 % des parts du projet. En 2018, l’ex-premier ministre libéral, Dwight Ball, avait promis de devenir actionnaire à 10 %.
Revendications des syndicats
En vertu de l’Accord atlantique Canada–Terre-Neuve-et-Labrador, qui assure que la province sera la bénéficiaire principale des projets pétroliers au large de ses côtes, il faut établir un plan de retombées économiques avant de lancer la construction.
Des observateurs politiques et de l’industrie avaient avancé pendant des semaines que la province et l’entreprise étaient sur le point de signer une entente détaillant les bénéfices.
Pendant la campagne électorale, Tony Wakeham avait promis de s’assurer que sa province obtiendrait sa juste part des emplois liés à la construction du projet, dont ceux liés à la superstructure.
Une décision définitive sur le projet en 2027
Equinor n’a pas encore pris de décision définitive sur Bay du Nord, ce qu’elle doit faire d’ici 2027. L’entente annoncée mardi ouvre la voie à une série d’études d’ingénierie et de conception, qui seront réalisées par la firme norvégienne BW Offshore.
Si le gouvernement provincial se félicite des milliers d’emplois et des milliards en recettes fiscales que Bay du Nord pourrait engendrer, de nombreux organismes internationaux, notamment l’Agence internationale de l’énergie, supplient les entreprises de renoncer à tout nouveau projet pétrolier à la lumière de la crise climatique.
La production devrait commencer en 2031, selon les dernières prévisions.


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