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Malgré une hausse des ventes de véhicules électriques à zéro émission au pays, selon le dernier rapport de Statistique Canada, des experts constatent que le secteur de batteries pour véhicules électriques (VE) oscille entre optimisme et incertitude.
La semaine dernière, Ottawa a annoncé que le gouvernement octroyait près de 20 millions de dollars pour appuyer le projet d’Electra Battery Materials, une raffinerie de sulfate de cobalt dans le Nord de l’Ontario, dans le but de décarboner son économie.
Mais ailleurs en Ontario, le virage vers la chaîne d’approvisionnement complète pour les véhicules électriques s’est estompé.
Jeudi dernier, le constructeur japonais Honda a annoncé que la société suspendait indéfiniment ses investissements de 15 milliards de dollars dans la chaîne d’approvisionnement des VE.

Des employés de Honda travaillent sur la chaîne de montage des véhicules. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette
Malgré une importante demande de batteries électriques à l’échelle globale, les changements des mesures en lien avec les VE du fédéral ont créé un environnement imprévisible pour attirer des capitaux provenant de l’international, d’après Chandan Bhardwaj, analyste à l’Institut Pembina, un organisme de recherche sur la transition vers l’énergie propre.
Les petites entreprises nécessitent des politiques claires à long terme, qui déterminent la direction du gouvernement, explique-t-il.
Il souligne que l’initiative des quotas de vente de véhicules électriques, instaurée par le gouvernement précédent puis délaissée par le gouvernement Carney, constituait un mandat clair qui encourageait l'injection de capitaux.
Les décideurs devraient éviter de fixer des cibles trop ambitieuses ; toutefois, celles-ci permettent d’envoyer le signal que l’économie est en transition, ce qui contribue à établir un climat de confiance propre à stimuler davantage l’investissement, précise-t-il.
Daniel Breton, président et PDG de Mobilité électrique Canada, estime que les Canadiens montrent un regain de confiance dans l’électrification du transport.
Il y a présentement à travers l’industrie, un sentiment beaucoup plus positif par rapport à l’électrification des transports que ce qu’on a vu en 2025 , explique-t-il.

Daniel Breton, président-directeur général chez Mobilité Électrique Canada. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Vézina
Il souligne que la hausse du prix du carburant, ainsi que le retour des rabais fédéraux à l’achat d’un véhicule électrique (VE), a eu un effet favorable sur le marché.
De son côté, la transition énergétique de la flotte de véhicules progresse rapidement malgré certains faux pas et l’incertitude entourant les renégociations de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
De voir que les ventes de véhicules électriques augmentent de façon significative, les consommateurs à mon avis, commencent à se faire à l’idée que le prix de l’essence ne va pas descendre de si tôt, et commencent à voir de plus en plus les bénéfices des véhicules électriques , souligne-t-il.
Avenir toutefois optimiste, selon Electra Battery Materials
Heather Smiles, représentante de l’entreprise Electra Battery Materials, souligne que, malgré certaines lacunes dans la chaîne d’approvisionnement, la demande reste soutenue.
Ce que nous constatons, ce n’est pas que la courbe ne progresse plus, mais plutôt que son rythme s’est ajusté à la capacité d’approvisionnement du marché. La demande continue d’augmenter et le besoin en cobalt demeure présent, car les compositions à base de cobalt sont beaucoup plus habituelles dans les batteries à haute densité énergétique, explique-t-elle.

Electra Battery Materials est la seule raffinerie de cobalt en Amérique du Nord. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / AYA DUFOUR
L’an dernier, l’entreprise a signé une entente avec le géant LG Energy solutions, qui se servira du cobalt dans la construction des batteries lithium-ion.
Plus tôt au mois d’avril, le fabricant de batteries de véhicules électriques sud-coréen avait annoncé une perte d’exploitation d’environ 192 millions de dollars canadiens, liée à la baisse de la demande pour les batteries de cellules à pochette de VE.
Par contre, ces batteries pourraient servir à alimenter divers types de transports et d'équipements, tels que les navires et d’autres installations liées à la défense.
Il existe ainsi de nombreux aspects qui dépassent la simple électrification des véhicules en soi. Tous ces éléments convergent et continuent de soutenir la nécessité de mettre en place diverses stratégies pour favoriser l’électrification, dit-elle.
Jean-Charles Cachon, professeur émérite à la faculté de gestion de l’Université Laurentienne, envisage qu’il y aura une demande pour le cobalt en vue de la fabrication de batteries à l’échelle mondiale dans les prochaines années.
Ceci en raison des avancements technologiques dans le marché chinois pour véhicules électriques.
Si les constructeurs chinois sont capables aujourd’hui de mettre sur la route des automobiles qui garantissent une autonomie de 600 km et plus. C’est le seuil auquel éventuellement les acheteurs canadiens vont également se mettre à acheter des automobiles qui ont l’autonomie suffisante qui correspond à leurs besoins. Et donc, quand ce phénomène-là va se passer, il va y avoir une explosion du marché, explique-t-il.

Jean-Charles Cachon, professeur émérite de la Faculté de gestion de l’Université Laurentienne. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Chris St-Pierre
Il souligne que, tandis que l’innovation chinoise peut faire concurrence sur le marché domestique au Canada, les entreprises nord-américaines sont freinées par un manque d’accès au financement à bas intérêt.
Ces entreprises chinoises ont accès à du financement à 3 ou 4 % d’intérêt alors que des PME comme Electra Battery Materials ne peuvent pas trouver de financement bancaire à moins de 13 ou 14 %. Donc ça aussi, c’est un frein très important pour notamment nos PME et nos petites industries régionales , précise-t-il.
Ottawa continue ses efforts pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050
Malgré le recul de certains constructeurs automobiles, le fédéral estime encore que le Canada peut atteindre son objectif de carboneutralité, d’ici 2050.
Le gouvernement du Canada s’est engagé à faire du Canada un chef de file mondial de la production de batteries afin de décarboner notre économie, de développer notre secteur de la fabrication et de permettre à notre pays d’atteindre son objectif de carboneutralité d’ici 2050, a indiqué le ministère d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), dans un courriel.
Ottawa souligne que la raffinerie du Nord de l’Ontario pourrait devenir un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement.
Le projet d’Electra Battery Materials permettra d’accroître la capacité du Canada à produire en série des batteries au lithium-ion pour véhicules électriques, viendra soutenir l’essor de l’écosystème des batteries et fera du Canada un lieu de prédilection pour les investissements, a conclu le ministère.


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