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On présente souvent les années 70 comme une période bénie, mais en Italie, chez le constructeur Alfa Romeo, cette décennie n’est pas synonyme de dolce vita.
La marque traverse une profonde crise qui se prolonge sur toute la décennie. Sur le papier pourtant, les voitures du Biscione (l'emblème de la marque) se vendent plutôt bien. Mais d’où vient le problème ?
Crise chez Alfa Romeo
Premier problème, Alfa Romeo perd de l’argent de façon chronique. Les ventes sont à un niveau élevé pour la marque mais ne progressent plus. La production culmine à 208 386 unités en 1974 avant de se stabiliser autour de 190 000-220 000 unités/an.
Propriété de l'État italien via l'IRI depuis 1933, la marque accumule des déficits massifs dus aux chocs pétroliers (1973 et 1979). La marque est dépendante des subventions, dans un pays empêtré dans les années de plomb. Mais ce n’est pas le seul problème rencontré par le constructeur de Milan.
De la rouille et des grèves
Pire, quand Alfa Romeo rencontre le succès, avec l’Alfasud, produite à un plus d’un million d’exemplaires, la marque perd de l’argent sur chaque voiture produite! L’usine de Pomigliano créée à Arco, pour produire l’Alfasud coûte trop cher.
Ce complexe industriel, érigé à coups de subventions, pour relancer l’économie du sud du pays, partie sinistrée du pays, ne parvient pas à atteindre la rentabilité. Pire, les clients se plaignent en masse de la corrosion qui gangrène les Alfasud, parfois dès la sortie de chaîne de production. Ajoutez à cela, une fiabilité électrique plus qu’aléatoire et vous obtenez un climat détestable autour de la marque.
Un miracle ?
Il faut réagir et en 1978, Ettore Massacesi devient président d'Alfa Romeo, tandis que Corrado Innocenti prend la vice-présidence et la direction générale. Les deux hommes annoncent qu’ils vont rétablir la rentabilité d'Alfa Romeo en quatre ans, tout en portant sa part de marché à 8 %.
Le miracle n'a pas lieu et l’entreprise se tient loin de ses objectifs. Les capacités de production sont toujours largement supérieures aux ventes en concession. L’Alfa 6, dernière nouveauté de la marque est un échec cuisant. Alfa Romeo crée une coentreprise malheureuse avec Nissan, dénommée ARNA ( Alfa Romeo Nissan Autoveicoli). Mais personne ne veut d’une Nissan badgée Alfa Romeo. Nouvel échec.
Une nouvelle berline
Il faut redorer l’image d’Alfa Romeo, et quoi de mieux pour ça qu’une berline haut de gamme et statutaire? Les ingénieurs d’Alfa Romeo, sous la direction de Filippo Surace, développent une nouvelle plateforme modulaire pour berlines, destinée à remplacer les modèles Alfetta et Giulietta à propulsion : la plateforme Tipo 154/156. On commence donc à travailler sur ce projet et le Centro Stile de la marque dessine une berline.
La maison Pininfarina est également consultée, mais les caisses du constructeur sont désespérément vides. Comme à l’habitude, on va taper à la porte du gouvernement italien, mais contre toute attente, les politiques disent non. Le gouvernement italien refuse de mettre un centime de plus chez Alfa Romeo. Le projet de grande berline est très sérieusement compromis.
Le projet Tipo 4
Alfa Romeo ne dispose pas des ressources nécessaires pour développer une nouvelle plateforme et un nouveau modèle. La marque va donc trouver une solution alternative, et rejoint le projet “Tipo 4”, une plateforme modulaire commune, initiée par Fiat et Saab, qui donnera naissance également aux Lancia Thema (1984), Saab 9000 (1985) et Fiat Croma (1985).
L’association, lancée en octobre 1978, vise à partager les coûts de développement d'une traction avant spacieuse, avec châssis rigide et électronique avancée. Alfa rejoint les trois autres constructeurs sur ce projet.
Question de proportions
Ermanno Cressoni, chef du Centro Stile Alfa Romeo, dessine les premières propositions internes avec un design moderne à queue haute, adapté à la nouvelle plateforme. Mais remanier l’ancien projet, presque achevé, pour l'adapter aux spécifications techniques totalement différentes de la nouvelle plateforme s’avère extrêmement complexe.
L’Alfa Romeo doit s’adapter à la future Lancia Thema, au capot plus haut. Problème, la nouvelle plateforme implique de réorienter les moteurs en position transversale. Mais les blocs existants chez Alfa Romeo ne rentrent plus sous le capot!
On rentre le moteur au chausse-pied
Finalement, la 164 utilisera des jambes de forces inclinées à l’avant, inspirées de l’Alfasud, permettant de gagner un peu de place, et d’utiliser une ligne de capot seulement 7 mm plus haute que le projet initial.
Les contraintes d’encombrement sous le capot et d’installation du glorieux moteur V6 Busso vont réclamer à Alfa Romeo de développer de nouveaux collecteurs d’admission pour le bloc. Ces collecteurs, magnifiques, et associés à un couvre culasse rouge, deviendront une signature de la 164.
Le projet d’origine “156” affichait un style bien à lui, conçu sous l'œil attentif d'Ermanno Cressoni, chef du design du centre de design Alfa Romeo. Au cours de l’année 1981,
Pininfarina s'était également impliqué dans sa conception. En 1983, deux propositions seront mises en concurrence, celle de Cressoni, l’autre de Cambiano. Les deux projets
reprenaient des thèmes similaires, avec le retour de la calandre Scudetto proéminente et un profil effilé, caractérisé par un nez bas et plongeant et un arrière haut. C’est finalement la proposition de Pininfarina qui sera approuvée par le direction d’Alfa Romeo en 1984.
La 164 innove avec une calandre basse, une sculpture latérale unique reliant phares avant et arrière, et un Cx de 0,30 grâce à la CAO et à la soufflerie de Pininfarina.
La dernière chance
Le développement final était lancé. Les prototypes “156” du projet initial furent mis à profit. Équipés de la mécanique de la 164, ils servirent à valider de nombreux points, tout en détournant l’attention de la presse automobile. Malheureusement, pendant ce temps, l’entreprise, toujours en proie à d’énormes pertes, avait atteint le point de non-retour.
Le gouvernement italien refuse alors toujours de mettre un centime supplémentaire dans l’entreprise et cherche à se retirer. General Motors et Ford manifestent leur intérêt et parviennent à séduire la direction et les employés, qui de toute façon n’ont guère le choix. Finalement, comme lors du rachat de Ferrari des années plus tôt, la proposition de Ford ne servira qu’à convaincre FIAT et Gianni Agnelli de se pencher sur le cas de ses voisins du nord.
FIAT rachète Alfa Romeo
Le géant de Turin prend le contrôle d’Alfa Romeo mais n’aura que très peu d’influence sur une 164 quasiment terminée. Seul l’habitacle sera revu. Le projet initial prévoyait l'utilisation de matériaux plus luxueux.
Mais Lancia ayant peur de la concurrence interne, demandera une ambiance intérieure “plus sobre”, autrement dit “de moins bonne qualité”. A sa sortie, tout le monde critiquera l’utilisation de plastiques bas de gamme et la fragilité de certaines commandes…
Une présentation remarquée
Présentée au salon de Francfort en 1987, la voiture est accueillie avec enthousiasme. Tout le monde salue l’élégance des lignes de la 164 après une génération de modèles au style contesté. Avec son V6 3 litres, l’Alfa est rapide, souple, et offre une tenue de route admirable.
On lui reproche seulement un petit manque de motricité des roues avant. En effet, cette 164 est une traction. Le choix de moteurs va du quatre cylindres 2.0 litres au V6 en passant par un diesel VM de 2,5 litres. Cerise sur le capot, l’Alfa Romeo va rapidement acquérir une réputation de fiabilité mécanique, indispensable après des années d’errements.
Un rôle crucial
S’il était prévu de proposer la 164 dans d’autres carrosseries, avec un coupé, un cabriolet et un break, aucune ne sera approuvée, la générosité de FIAT ayant ses limites. Le retrait d’Alfa Romeo du marché américain en 1995 rendait la rentabilité de modèles exotiques plus incertaine.
Cela n'empêchera pas la 164 de jouer un rôle crucial pour Alfa Romeo. Belle, performante et fiable, elle va redonner envie aux clients de rouler en Alfa Romeo.


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