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Aucun sous-marin actuel ne descend sous les 600 m : le soviétique K-278 avait pourtant atteint 1 027 m avec une coque que plus personne n’ose fabriquer

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Le 4 août 1984, un sous-marin soviétique s’enfonce à 1 027 mètres sous la mer de Norvège. À cette profondeur, la pression écrase tout matériau ordinaire avec la force de 100 kilogrammes par centimètre carré. À cette profondeur, il était presque invulnérable aux armes anti-sous-marines et invisible aux sonars. Quarante-deux ans plus tard, aucune marine au monde n’a reproduit cet exploit. Ni les Américains, ni les Russes eux-mêmes.

À retenir

  • Comment un sous-marin soviétique a pulvérisé un record de profondeur que personne ne peut battre depuis quatre décennies
  • Le titane : une innovation révolutionnaire qui demande des infrastructures que plus personne n’a osé reconstruire
  • Une épave toujours radioactive au fond de l’Océan Arctique, détentrice d’un savoir-faire disparu avec l’Union soviétique

Sommaire

  1. Un sous-marin conçu pour repousser les limites physiques
  2. La coque en titane : le pari industriel que personne n’a osé refaire
  3. 7 avril 1989 : la fin tragique du Komsomolets
  4. Une épave qui continue de parler en 2026

Un sous-marin conçu pour repousser les limites physiques

Le Projet 685 Plavnik est conçu par le Bureau d’étude Rubin afin de développer un sous-marin capable d’emporter aussi bien des torpilles que des missiles de croisière conventionnels ou dotés d’ogives nucléaires. Le but de ce projet était d’étudier l’effet des grandes profondeurs sur les systèmes d’arme. le K-278 n’était pas un sous-marin de combat ordinaire : c’était un laboratoire flottant destiné à valider une technologie entièrement nouvelle.

La coque interne du K-278 était composée de titane, une innovation soviétique des années 1960 qui lui conférait une profondeur opérationnelle bien supérieure à celle des meilleurs sous-marins américains. Sa double coque en titane faisait alors de lui le sous-marin pouvant plonger le plus profondément au monde, avec une profondeur opérationnelle de 900 mètres. Le record absolu de 1 027 mètres, atteint lors d’un plongeon test, dépassait même ses propres spécifications.

À 800 mètres de profondeur, le sous-marin a effectué une salve de torpille. Personne n’avait rien fait de tel avant et personne n’a répété cela par la suite. Cette capacité opérationnelle à grande profondeur avait une implication stratégique concrète : le Komsomolets pouvait naviguer, en routine, à 900 mètres de profondeur, bien plus bas que les submersibles de l’OTAN, et donc frôler les côtes américaines sans être détectable.

La coque en titane : le pari industriel que personne n’a osé refaire

Pourquoi aucune marine n’a-t-elle reproduit cette performance depuis ? La réponse tient moins à la physique qu’à l’économie et à la politique industrielle. Le titane est extrêmement difficile à travailler en usine. Il ne fond qu’à de très hautes températures (1 668 °C contre environ 1 370 °C pour l’acier) et s’oxyde immédiatement dès qu’il est en contact avec de l’oxygène. Pour que les coques soient fabriquées, il fallait des ateliers complètement hermétiques pour le souder et des infrastructures hors normes.

À Severodvinsk, l’URSS avait bâti des ateliers totalement étanches à l’air, spécialement conçus pour la soudure du titane. Ils étaient les seuls au monde capables de fabriquer des coques sous-marines dans un tel matériau. Les États-Unis n’ont jamais osé franchir le pas. Si le titane a bien été évalué par la marine américaine à la fin des années 1960, les dirigeants l’ont vite qualifié comme étant coûteux et trop complexe à travailler. Les ingénieurs américains ont ainsi préféré rester sur des coques en acier à haute résistance (HY-80, puis HY-100), plus simples à produire et à entretenir.

Mais le problème était plus profond encore. L’autre gros problème du titane, c’est qu’il est presque impossible à réparer ; même s’il encaisse mieux les hautes pressions, il suffisait d’une simple fissure dans la coque pour que le sous-marin soit renvoyé à l’usine. Usines pressurisées, personnel hautement qualifié : un luxe que l’URSS a pu tout de même s’offrir, car les sous-marins dépendaient du complexe militaro-industriel soviétique, entièrement financé et dirigé par l’État. Il n’y avait aucun arbitrage commercial ou contrainte de rentabilité qui n’entrait en jeu : le Parti décidait, et les usines suivaient.

La coque en titane se révéla difficile à maîtriser au début. L’alliage léger était sujet aux fissures, et le premier sous-marin du Projet 705 fut retiré du service à cause de fissures dans la coque. Ce n’est qu’après des années de recherches menées par l’Institut central de métallurgie soviétique, le Prometheus, que les ingénieurs surmontèrent ces obstacles. Un savoir-faire qui disparut avec l’URSS. Après l’effondrement soviétique, la Russie est revenue à l’acier, privilégiant désormais la fiabilité, la maintenance et l’efficacité stratégique à la démonstration de puissance.

7 avril 1989 : la fin tragique du Komsomolets

Le 7 avril 1989, alors que le Komsomolets naviguait à une profondeur de 335 mètres, à environ 180 kilomètres au sud-ouest de l’île aux Ours (Norvège), un court-circuit provoqua un incendie dans un compartiment technique. Même si les portes étanches furent fermées, l’incendie se propagea à travers les passages de câbles dans les cloisons. Le réacteur s’arrêta d’urgence et la propulsion fut perdue. La coque en titane, conçue pour résister à 1 000 mètres de pression, ne pouvait rien contre un incendie interne.

Quarante-deux membres d’équipage ont péri ; les vingt-sept survivants ont eu la vie sauve en atteignant la surface de justesse. Le navire a coulé, emportant avec lui son réacteur nucléaire et deux torpilles à ogives nucléaires, pour s’échouer à 1 680 mètres de fond, à environ 180 kilomètres de l’île aux Ours, au large des côtes norvégiennes. La plupart des victimes ne moururent pas dans le feu : la majorité des marins qui n’ont pas survécu sont morts d’hypothermie dans les eaux glaciales.

Même les sous-marins actuels ne peuvent pas dépasser 600 mètres de profondeur. Pour donner l’échelle : la fosse des Mariannes descend à 11 000 mètres. Entre ce plafond de verre des 600 mètres et le record du Komsomolets, il y a un gouffre que quatre décennies de progrès technologiques n’ont toujours pas comblé. Les sous-marins nucléaires d’attaque américains de classe Seawolf, parmi les plus sophistiqués au monde, affichent une profondeur de test estimée à 490 mètres.

Une épave qui continue de parler en 2026

Le Komsomolets n’est pas seulement un record immobile au fond de l’eau. Il reste une source d’inquiétude scientifique active. Selon une étude publiée le 23 mars 2026 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, des émissions radioactives ponctuelles ont été mesurées sur le site du naufrage, suggérant que l’épave n’est pas totalement inerte sur le plan radiologique.

Les chercheurs ont mesuré près de l’épave des niveaux de strontium 400 000 fois supérieurs à la normale et de césium 800 000 fois plus élevés. Selon le ratio entre ces éléments, les chercheurs ont conclu que c’est le cœur du réacteur du sous-marin lui-même qui se corrode, ce qui signifie que l’eau de mer y a pénétré. Moscou avait conclu dans les années 1990 que remonter le Komsomolets serait trop cher et trop risqué. Toute opération de renflouage risquerait de libérer des matières radioactives dans la colonne d’eau et dans l’atmosphère.

Le K-278 Komsomolets restera donc là où il est : à 1 680 mètres sous la mer de Norvège, détenteur d’un record que la technologie contemporaine ne peut pas battre, gardien involontaire d’un savoir-faire industriel perdu avec l’Union soviétique, et lente source d’un problème nucléaire que une intervention humaine de réparation ou d’extraction à une telle profondeur s’avère aujourd’hui presque impossible sur le plan de l’ingénierie. Un sous-marin unique en son genre, dont le seul exemplaire construit ne verra jamais de successeur.

Sources : armees.com | presse-citron.net

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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