Ses 95 printemps n’ont rien changé à son allure raffinée. Dignement, malgré les circonstances, elle s’est avancée dans cette grande salle du Palais de justice de Genève où son fils est jugé depuis lundi pour avoir abattu son épouse de deux balles dans le dos. Une canne à poignée dorée posée contre la barre réservée aux témoins, une veste rose qui tranche avec la sobriété des lieux, ce petit bout de femme a rassemblé toute son énergie pour dire sa conviction au tribunal: «Au début, c’était un très joli couple. C’est la drogue qui a tout détérioré.»
Tout avait pourtant bien commencé dans cette magnifique région de Vénétie où les deux familles avaient des propriétés voisines. Celle des parents de la défunte, richissimes, était certes beaucoup plus luxueuse, mais cela n’avait pas empêché une amitié. «Je connaissais ma belle-fille alors qu’elle était encore dans le ventre de sa mère», se rappelle-t-elle. Avec le recul, l’histoire est moins glamour. «Elle avait délaissé sa fille et le père dirigeait tout avec l’argent et se permettait tout. Avoir une fille droguée dérangeait beaucoup ces gens qui fréquentaient la bonne société.»


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