Isidore Ducasse, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé dans le chaudron d’une jeunesse ivre de mots, d’images, de figures qui changent la face du monde. Au Palais des Papes, au Festival d’Avignon jusqu’au 12 juillet avant la Comédie de Genève l’an prochain, l’auteur chilien Roberto Bolaño vous fait ce cadeau, vingt-trois ans après sa mort, à 50 ans, à Barcelone. Il ressuscite en chasseur de démons, hanté par le coup d’Etat du général Augusto Pinochet, ce 11 septembre 1973 où l’armée balaie la démocratie et pousse au suicide le président socialiste Salvador Allende. Politique, métaphysique, poétique sur la corniche de la folie – car comment ne pas devenir fou quand des criminels en uniforme imposent leurs rimes? –, Maldoror vous emporte jusqu’au bout de la nuit, pendant plus de cinq heures.
Le théâtre peut être donc ce débordement-là. Une histoire à la portée de tous, mais un propos qui engage l’existence, c’est-à-dire le sens que chacun donne à sa présence ici-bas. Cet ébranlement grave et pourtant jubilatoire, on le doit à Julien Gosselin, 39 ans. Depuis treize ans, cet artiste transforme ses lectures en carte pirate et en territoire chahuté avec ses fosses où s’affairent les morts-vivants, ses rivages où les marins reprennent leur souffle, après le passage de caps patibulaires, ses manoirs aux alcôves moites. Il y a 10 ans, au Festival d’Avignon, il entraînait une brigade aussi endurante que brillante dans les dédales magnétiques de 2666, saga hallucinée de Roberto Bolaño déjà.


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