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Séduite par un concours de la Municipalité de Saint-Philémon il y a quatre ans, la famille de Geneviève Emery a déménagé dans Chaudière-Appalaches pour vivre un rêve. Contre son gré, elle devra remettre les clés de la maison qu'elle loue en juillet prochain.
La mère et ses trois filles ont reçu la visite d’un huissier à quelques jours de Noël. Il venait lui livrer un avis d'éviction de la maison qu’elle loue à la municipalité après une offre qui l’a convaincue de quitter Joliette et de faire sa vie dans Bellechasse en 2021.
J'étais sur Facebook, je regardais mon fil d'actualité et j'ai vu qu'il y avait un beau concours d'organisé pour gagner la possibilité d'aller en campagne. Une maison pas trop chère, à loyer, à 500 $ par mois [pour trois ans], raconte Geneviève Emery.
Saint-Philémon s’était alors inspirée de municipalités voisines en créant le concours Bienvenue chez vous! dans lequel on offrait la chance à de jeunes familles de remporter la location d’une maison à coûts modiques, à condition d’inscrire rapidement les enfants à l’école primaire du secteur afin que celle-ci demeure ouverte.
J'ai demandé : ''Quand mes enfants ne seront plus à l'école, est-ce que je vais pouvoir rester ici?'' On m'a dit : ''Oui, sans problème. On veut des gens restent à Saint-Philémon parce qu'il y en a beaucoup qui viennent, mais qui repartent'', poursuit-elle.
Ça a toujours été mon rêve d'avoir ma maison pour élever mes enfants, qu'ils aient de l'espace pour que chacun ait sa chambre et son intimité. Je partais de la ville dans un 5 1/2 et c'était après la pandémie. J'ai vu une opportunité de m'en aller en campagne et juste d’écouter le vent, ajoute la Philémontoise d’adoption.
Le rêve changé en cauchemar
L'avis reçu force la petite famille de Geneviève Emery à se trouver un nouveau logis d’ici le 1er juillet. La Municipalité souhaite reprendre la maison et probablement la démolir.

Dans son avis d'éviction, la Municipalité de Saint-Philémon mentionne qu'«en raison de l'état de dégradation du bâtiment, la présente éviction est motivée par la vente avec condition de déménagement ou, s'il n'y a pas preneur, de la démolition dudit bâtiment».
Photo : Radio-Canada / Hans Campbell
Je me sens comme utilisée. C'est comme si on avait besoin de toi et, là, on n'a plus besoin de toi. C'est comme ça que je me sens… manipulée.
Depuis quatre ans, Geneviève Emery a multiplié les engagements dans le petit village. Elle s'est impliquée à titre de conseillère municipale pendant six mois, a organisé une journée de la culture, fait du bénévolat à la popote roulante et rouvert le chalet des loisirs.
Des rénovations trop coûteuses
C’est notamment l’état de la maison et un possible projet futur qui motive la Municipalité à évincer la petite famille originaire de Lanaudière.
Si on met de l'argent là-dedans, on parle de plusieurs milliers de dollars, et qu'on la démolisse pour ensuite mettre sur pied un nouveau projet [dans quelques années], par rapport aux contribuables, ce n’est pas une bonne décision. C'est plutôt une décision communautaire pour l'ensemble des citoyens et non par rapport à un individu, c'est comme ça que ça a été pensé, explique le maire de Saint-Philémon, Daniel Pouliot.

Au cours des quatre dernières années, la Municipalité a notamment refait la toiture de la maison, installé une nouvelle douche, une trappe pour accéder au sous-sol de l'intérieur, réparé le bain et remplacé les marches extérieures.
Photo : Radio-Canada / Hans Campbell
Le maire affirme qu’un investissement d’au moins 50 000 $ est nécessaire immédiatement pour remettre sur pied la maison et qu’un total d’environ 100 000 $ devrait être investi pour effectuer tous les travaux. Le budget 2026 adopté par le conseil municipal se chiffre à près de 3,69 millions de dollars.
Actuellement, elle est vivable, c'est sûr qu'il y a quelques réparations à faire. [...] J'ai déjà vu pire dans d'autres logements. Je me suis dit qu'on allait s'accommoder comme ça. On vit très bien, estime la mère de famille.
Soutenue par la communauté
Geneviève Emery a bien l’intention de se battre afin de conserver son logis. Selon elle, la population est sensible à sa cause.
Pour un de ses voisins, Clément Fradette, cette situation n’a pas lieu d’être et la Municipalité aurait dû offrir des solutions afin de reloger la famille.

Pour Clément Fradette, un voisin, la Municipalité a failli à sa tâche et aurait dû être plus «précise» dans ses intentions.
Photo : Radio-Canada / Hans Campbell
Premièrement, l'invitation qu'elle a eue, [...] oui, ça paraît bien, mais arrivé quatre ans après et qu’on n’essaie pas de lui trouver autre chose, qu’on lui dit simplement : "il faut que tu sortes". C’est un gros combat, exprime-t-il.
Un manque de communication
Si la Philémontoise déplore avoir appris la nouvelle par un huissier, la Municipalité souligne qu’elle a tenté de la rencontrer à quelques reprises, mais que des concours de circonstances ont mené à plusieurs rendez-vous manqués.

Daniel Pouliot, maire de Saint-Philémon, souhaite que la famille de Geneviève Emery puisse se relocaliser dans la municipalité.
Photo : Radio-Canada / Hans Campbell
C'est la pire affaire que tu peux faire, ce n’est pas une décision qui a été facile à faire au niveau de la Municipalité.
Le maire invite ceux qui veulent en savoir plus sur cette décision à venir s'exprimer lors de la prochaine séance ordinaire du conseil prévue en janvier prochain.
On va répondre aux questions. On a une responsabilité comme élus de s'occuper de tout le monde et pas d'individu en particulier. Des fois, ça amène des situations un peu dures. Comme là, c'est une décision difficile, conclut Daniel Pouliot.


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