C’est toujours un moment d’émotion: celui où le marin, après une longue traversée, voit se dessiner au loin la ligne de côte qu’il attendait, à peine distincte de celle des nuages qui affleurent à l’horizon, et que seul un œil exercé sait reconnaître. Toute île tient du miracle. Elle est une promesse qui, l’espace d’un instant, prend corps; autrement dit, une apparition. Ce n’est jamais un simple point sur une carte: chaque île recèle son secret. Plus elle est lointaine, plus le mystère est grand, et plus fort est le sentiment. C’est aussi cela, la mer: elle donne toute sa valeur aux rivages qu’elle consent à offrir.
Les Açores comptent parmi les archipels qui incarnent le mieux ce pouvoir d’attraction. Il se situe aux deux tiers de la route qui relie les Antilles à l’Europe, neuf îles jetées au milieu de l’Atlantique, entre les 36e et 39e degrés de latitude nord et les 24e et 31e degrés de longitude ouest. Leur beauté donne l’impression d’une hallucination. Là-bas, la terre bouge comme la mer. Des fleuves de lave peuvent jaillir du sol. Les habitants les appellent mistérios – des «mystères» – tant leur surgissement semblait autrefois relever de l’inexplicable. En 1957, sur l’île de Faial, un volcan émerge de la mer et ses cendres ensevelissent le village de Capelinhos. Alors, sur fond de tempêtes et de séismes, les Açoriens vivent leur foi avec ferveur.


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