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Après Crans-Montana: un pays schizophrène

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Publié le 11 janvier 2026 à 07:15. / Modifié le 11 janvier 2026 à 07:16. 2 min. de lecture

Ma semaine suisse

Chaque dimanche, notre chroniqueur ausculte l'actualité politique suisse. Retrouvezses chroniques.

La Suisse est championne du monde pour se mettre à l’abri des dangers les moins plausibles, comme une attaque nucléaire. Mais elle est incapable de protéger ses enfants contre les risques les plus probables et les plus meurtriers. La tragédie de Crans-Montana vient de nous le rappeler douloureusement: nous vivons dans un pays schizophrène. La perte de contact avec le réel, le refuge dans un monde intérieur imaginaire. Dans ce pays, le moindre danger, la moindre atteinte à la vie, est supposé recevoir sa réglementation préventive. Tout, sur le papier, est prévu. De l’obligation d’allumer, même de jour et sur les chemins forestiers, l’éclairage des vélos à assistance électrique, jusqu’à l’épaisseur des portes de béton des abris antiatomiques, en passant par la mise à mort des poissons rouges ou du homard et autres crustacés. Pour chacun de nous, la Suisse est le pays le plus sûr du monde. Peut-être même un peu supérieur aux autres moralement.

La colère des autorités italiennes, comme celle de Matteo Salvini, vice-président du Conseil italien, devrait nous ramener à la réalité. Lui qui s’en prend à «ceux qui n’ont pas assuré la sécurité dans ce sous-sol, ceux qui n’ont pas surveillé, ceux qui ont autorisé…» Interrogé par Le Temps, un expert en matière d’incendies, qui préfère rester anonyme, avouait, jeudi, que «le manque de culture en matière de sécurité contre le feu est flagrant en Suisse. J’estime qu’au moins 50% des bâtiments ne sont pas conformes aux normes.» Dans ce pays qui a investi plus d’une douzaine de milliards dans les abris antiatomiques depuis 1962, qui a prévu d’engager un milliard pour rénover les abris publics dès cette année, on laisse le risque du quotidien, celui des incendies, à la seule responsabilité des collectivités cantonales ou locales. Il n’y a toujours pas de réglementation fédérale claire et uniforme en matière de prévention, basée sur les seules normes de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI), dont la révision, pour plus d’autorégulation par les seuls propriétaires, était en cours. On voulait plus de souplesse.

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