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France 23/06/2026 07:00 Actualisé le 23/06/2026 07:22
La canicule de 2003 avait été la plus meurtrière et affichait des températures exceptionnelles. Cette semaine, les météorologues s’attendent à une chaleur d’une intensité similaire.

JULIE SEBADELHA / AFP
Des records de température ont déjà été égalés ou battus dans 180 stations Météo-France ce dimanche.
EN BREF • La canicule de 2003 reste une référence avec ses 15 000 décès et des températures record.
• L’absence de réactivité du gouvernement en 2003 a poussé à renforcer les protocoles d’alerte et de prévention. Cependant, les experts jugent l’adaptation encore insuffisante.
• Les canicules deviennent la norme, avec des températures extrêmes récurrentes depuis 2003.
Quand le mercure s’approche des 40 °C, un été revient inlassablement dans les conversations : 2003. D’autant que Météo-France a indiqué que l’épisode de chaleur actuel était d’une « intensité exceptionnelle » similaire à celui « des canicules de juillet 2019 et août 2003 en termes d’intensité pour les températures, aussi bien la nuit que le jour ».
Ceux qui l’ont vécu se souviennent des JT qui révélaient des hôpitaux surchargés, des morgues débordées et des camions frigorifiques installés à Rungis pour aider à la conservation des corps. La vague de chaleur de l’été 2003, qui s’est étendue sur 16 jours, a été la plus « sévère » de l’histoire, selon la définition de Météo-France qui combine durée et intensité.
Entre le 1er et le 20 août, elle a provoqué près de 15 000 décès, selon le rapport dressé par l’Assemblée nationale à l’issue de la crise. Les victimes étaient majoritairement des personnes âgées, souvent isolées, vivant dans des logements mal adaptés à des températures extrêmes.
Les nuits tropicales déjà marqueur de la canicule d’août 2003
Le record de température moyenne à l’échelle de toute la France métropolitaine, l’indicateur thermique national (ITN) avait alors dépassé les 29,30 °C au pic de la canicule. Aujourd’hui, l’ITN s’en approche avec une température moyenne établie à 29,2 °C sur la journée de lundi 22 juin. En 2003, localement, les températures avaient également atteint des niveaux alors inédits : 42,6 °C à Orange, 41,9 °C à Carpentras, près de 40 °C en région parisienne. « Pour l’instant, on est au-dessus dans les prévisions. Si cela dure autant qu’en 2003, on aura la canicule la plus importante que la France ait jamais connue », note l’agroclimatologue Serge Zaka dans La Dépêche. Des records ont déjà été égalés ou battus dans 180 stations Météo-France ce dimanche.
Au-delà de ces records, ce qui en faisait une canicule exceptionnelle étaient les nuits. Dans plusieurs grandes villes comme Paris, les températures ne redescendaient plus sous les 25 °C pendant plusieurs nuits consécutives. Le record était de 30 °C à Menton. Sans refroidissement nocturne, les corps ne récupéraient plus. Les appartements, surtout en zone dense, devenaient des pièges thermiques. Aujourd’hui, le phénomène est chiffré puisque la Fondation pour le Logement estime qu’un logement sur deux devient une « bouilloire thermique » en période de canicule.
Ces nuits chaudes sont également un marqueur de la canicule actuelle. « Les températures minimales ont parfois atteint des niveaux jamais mesurés, tous mois confondus. Ainsi on a relevé : 24,8 °C à Tours (Indre-et-Loire), 24,6 °C à Poitiers (Vienne), 24,1 °C à Bourges (Cher) » ou encore « 23,2 °C à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) », a rapporté Météo France concernant la nuit du dimanche 21 au lundi 22 juin. Et d’ajouter : « Ce sera le cas jusqu’à la fin de la semaine, avec des niveaux de chaleur jamais atteints sur plus des 3/4 du territoire, mercredi et jeudi. »
Vigilance, plan national, protocole Ehpad…
En 2003, la lenteur de la réaction gouvernementale avait été largement commentée. Dépassés par l’hécatombe dans les hôpitaux, les urgentistes, Patrick Pelloux en tête, avaient été les premiers à sonner l’alerte, suivis par les maisons de retraite et les pompes funèbres. Le plan blanc dans les hôpitaux n’avait, par exemple, été déclenché que le 13 août, soit 11 jours après le début de la canicule. Ce drame et ces lacunes avait ensuite poussé à la création du Plan national canicule et à l’installation de protocoles dans les Ehpad. Météo France avait également lancé le fameux système de vigilance canicule qui permet d’alerter citoyens et pouvoirs publics des risques à venir.
D’importantes campagnes de prévention mais aussi d’interdictions ont été mises en place, à l’instar des registres pour recenser les personnes vulnérables, les incitations au télétravail, les réglementations du travail en extérieur, la mise en place de zones de rafraîchissement ou comme ce dimanche 21 juin, d’arrêtés interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique pour éviter de se mettre en danger. À l’époque, aucun plan n’existait et les mesures restaient très légères : déprogrammation d’opérations pour désengorger les hôpitaux, ouverture de salles de fraîcheur par certaines villes, visites à domicile pour certaines personnes vulnérables, distribution d’eau…
Sur le papier, la France est mieux préparée qu’elle ne l’était lors du traumatisme de 2003. Mais pour de nombreux experts, c’est loin d’être suffisant. Les climatologues n’ont de cesse d’alerter sur les impacts du dérèglement climatique et sur l’augmentation, en nombre et en intensité, des crises climatiques. « En 2019, après le record à 46 °C, on s’était dit qu’il fallait un plan pour isoler ou climatiser les salles d’examen pour nos enfants. En 2026, on me pose encore la même question dans les médias. Cela prouve que personne n’a compris la gravité de l’histoire », prend pour exemple l’agroclimatologue Serge Zaka. « L’adaptation est insuffisamment traitée en dehors des événements climatiques extrêmes », souligne Quentin Ghesquière, cofondateur de l’association Adapt, lancée fin mai pour proposer des politiques publiques d’adaptation, au Monde.
Le phénomène exceptionnel de 2003 tend à devenir la norme
Sur Météo Paris, les météorologues évoquent une canicule potentiellement « historique » par son intensité et sa durée. Une autre différence frappe pourtant immédiatement : le calendrier. En 2003, le pic avait été atteint en août, après des semaines d’accumulation thermique et de sécheresse. En 2026, la France affronte un épisode comparable dès la fin du mois de juin.
Ce qui inquiète également c’est qu’il y a vingt ans, 2003 apparaissait comme une anomalie. Aujourd’hui, la canicule actuelle s’inscrit dans une succession d’étés hors norme : 2019, 2022, 2023, 2025… puis 2026. « C’est déjà la norme. On relève des 40 °C tous les étés maintenant. Avant, c’était extrêmement rare. Le nombre de jours à 40 °C a été multiplié par 20 depuis l’an 2000. Ce n’est pas le futur, c’est notre réalité », souligne Serge Zaka.


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