Le bal des crapules. En février 1941, Bertolt Brecht en conçoit les étreintes perfides, les menuets scabreux, les fox-trot aveugles. L’auteur de Tambour dans la nuit, de Baal, de L’Opéra de quat’sous, 43 ans à l’époque, a trouvé refuge en Finlande. Cloué au pilori par les nazis qui l’ont déchu de sa nationalité en 1935, ce fumeur de cigares, communiste et dandy, projette de rejoindre les Etats-Unis, ce qu’il fera dans quelques semaines. Mais pour le moment, il reprend un matériau qui l’obsède, ces luttes que se livrent les gangs chicagolais dans lesquels il voit un miroir des crimes et infamies d’Adolf Hitler, de Goering & Cie dans l’Allemagne de 1932-1933.
Tirer les fils des analogies. Et forger une langue qui ne se résigne pas à une soi-disant fatalité, mais qui alerte en égayant, mobilise en éclairant, élucide en pastichant. C’est l’ambition de Bertolt Brecht et de sa collaboratrice et maîtresse Margarete Steffin, comédienne et traductrice qui mourra quelques mois plus tard. Ils planchent sur La Résistible Ascension d’Arturo Ui, ils s’emballent face au jeu de doublures qu’ils inventent: Arturo Ui, c’est Al Capone devenu Hitler; Dogsborough, ce patriarche plus cauteleux que vertueux, c’est cette momie de Hindenburg, président du Reich qui, à l’hiver 1933, cède à la pression d’une droite autoritaire et nomme Adolf Hitler à la Chancellerie et la perruche de la droite conservatrice Franz von Papen à la vice-chancellerie; le trust du chou-fleur, ce sont les industriels et les grands propriétaires terriens etc.


2 week_ago
46





















.jpg)






French (CA)