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Affaire Lyhanna : une plateforme créée pour recenser des plaintes classées sans suite recueille plus de 5300 témoignages en six jours

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Eve Simonet, sa créatrice, a elle-même porté plainte pour inceste en 2001, avant qu’elle ne soit classée sans suite. Sur la carte interactive du site, des milliers de récits anonymes apparaissent géolocalisés, département par département.

Sur une carte de la France, des centaines de points rouges recouvrent presque entièrement le territoire. Chacun correspond à un témoignage de violence sexuelle, déposé en quelques jours sur la plateforme «Classés sans suite», lancée il y a six jours par la réalisatrice Eve Simonet. En pleine affaire Lyhanna, qui a remis sur le devant de la scène les défaillances judiciaires quant aux plaintes pour violences sexuelles, le site a déjà recueilli plus de 5300 récits anonymes, provenant de 99 départements. Plus de 2200 décrivent une plainte ignorée, classée sans suite, ou jamais même déposée.

Pour Eve Simonet, ce timing n’est pas un hasard. Elle-même aurait été victime d’inceste de la part de son grand-père. Selon ses dires, elle avait six ans en 2001 lorsqu’elle est allée porter plainte avec sa mère. D’après elle, le procureur aurait conclu à une «petite fille en pleine évolution œdipienne» et à de «fausses allégations.» Aucune enquête, aucun acte n’aurait suivi. «Je dessine des soleils donc on me dit que tout va bien et que c’est moi, l’enfant séductrice, manquant d’autonomie et recherchant l’affection», écrit-elle sur Instagram. «Ma plainte comme 94% des plaintes de ce genre a été classée sans suite : sans rien à part du mépris médical et institutionnel», poursuit-elle. Vingt-cinq ans plus tard, des milliers d’histoires similaires affluent sur son site, avec des contextes différents mais souvent le même verdict final.

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Six plaintes sur dix classées sans suite

Le principe du site est simple et délibérément sans filtre. «Je veux que ce site soit une archive. Un endroit où déposer ce que la justice a refusé d’entendre. Anonymement, sans modération», explique Eve Simonet sur les réseaux sociaux. Chacun peut y déposer son récit, qu’une plainte ait été formalisée ou non. Selon une note de la plateforme datée du 13 juin, environ six plaintes déposées sur dix se solderaient par un classement sans suite, et 43% des témoins n’auraient jamais franchi la porte d’un commissariat.

«J’ai subi des attouchements de la part de mon père vers mes 8-9 ans (je vais avoir 36 ans cette année)», écrit l’une des témoins, qui évoque des plaques d’eczéma et une appendicite que des médecins ont reliées au stress de l’époque. «Aujourd’hui c’est un tabou, personne ne sait et personne ne saura jamais, j’emporterai ce souvenir dans ma tombe», ajoute-t-elle. Une autre décrit une plainte classée sans suite malgré la présence de plusieurs témoins lors d’une agression survenue en soirée : «Malgré le témoignage de la personne qui m’a sauvée dans la chambre et de deux autres amis qui étaient à la même soirée, la plainte a été classée sans suite. Les raisons : mon non-consentement n’était apparemment pas assez matérialisé.»

Les mineurs, première cible des violences recensées

C’est précisément cette répétition qui intéresse Eve Simonet. Selon la note statistique, plus de neuf témoignages sur dix mentionnent des faits commis sur des mineurs, et environ un quart des témoins évoquent un accueil défaillant au moment du dépôt de plainte. «Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est une cohérence, c’est le fonctionnement du système. Alors archivons cette cohérence», affirme-t-elle, refusant de réduire ces chiffres à une série d’accidents isolés.

Selon elle, «pour les faits d’agressions concernant des mineurs, il faut passer de la présomption d’innocence du potentiel agresseur à la présomption de véracité de l’enfant. On ne pourra pas changer les choses tant que ce n’est pas le cas», soutient la fondatrice de la plateforme «Classés sans suite», sur FranceInfo. 

Le 22 juin prochain, les résultats de l’enquête administrative sur d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement de plaintes visant Jérôme Barella, suspecté du meurtre de la petite Lyhanna, seront dévoilés.

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