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Alors qu’une entente visant à mettre fin à la guerre avec l’Iran et à rouvrir le détroit d’Ormuz a été annoncée dimanche, plusieurs observateurs espèrent un retour rapide à la normale sur les marchés de l’énergie. Pourtant, selon un reportage de l’Associated Press signé Cathy Bussewitz, les experts du secteur préviennent que les perturbations pourraient se faire sentir pendant des mois, voire davantage dans certains cas.
Cette réalité rappelle une leçon fondamentale souvent oubliée dans les débats énergétiques occidentaux : lorsqu’une part importante de l’approvisionnement mondial dépend d’un étroit corridor maritime situé dans l’une des régions les plus instables de la planète, les conséquences géopolitiques deviennent inévitables.
Avant le conflit, environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en carburants transitait par le détroit d’Ormuz. Pendant plus de trois mois, des pétroliers chargés de brut sont demeurés immobilisés dans le golfe Persique, incapables d’emprunter cette voie maritime en toute sécurité.
Selon Daniel Evans, responsable mondial de la recherche sur les carburants et le raffinage chez S&P Global Energy, cité par l’Associated Press, la reprise ne sera pas instantanée. Les navires actuellement bloqués devront d’abord quitter la région avant que de nouveaux pétroliers puissent entrer pour charger du pétrole. À cela s’ajoutent les délais liés au transport maritime, au raffinage et à la distribution.
Même après la réouverture officielle du détroit, les compagnies pétrolières devront retrouver des couvertures d’assurance, rétablir leurs opérations et convaincre leurs employés ainsi que leurs partenaires que la situation est réellement stabilisée.
Plus inquiétant encore, certains producteurs du Moyen-Orient ont carrément interrompu une partie de leur production lorsque leurs capacités de stockage ont été saturées. Or, redémarrer des champs pétroliers n’est pas aussi simple que d’actionner un interrupteur.
Alan Gelder, vice-président principal chez Wood Mackenzie, explique à l’Associated Press que certains producteurs comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis pourraient reprendre leurs activités relativement rapidement grâce à des infrastructures alternatives. D’autres, notamment l’Irak, pourraient avoir besoin d’une année complète avant de retrouver leurs niveaux de production antérieurs.
Ces difficultés illustrent une faiblesse structurelle des économies occidentales. Depuis plusieurs années, de nombreux gouvernements ont adopté des politiques visant à restreindre ou ralentir le développement de leurs propres ressources énergétiques, tout en continuant de dépendre des hydrocarbures importés provenant de régions politiquement instables.
Le Canada constitue un exemple particulièrement frappant. Le pays possède certaines des plus importantes réserves de pétrole et de gaz naturel de la planète. Pourtant, les projets d’infrastructures énergétiques demeurent fréquemment paralysés par des délais réglementaires, des contestations judiciaires et des obstacles politiques.
Le Québec n’échappe pas à cette tendance. Malgré son immense potentiel hydroélectrique et les ressources naturelles disponibles ailleurs au pays, la province continue de dépendre largement des importations de pétrole étranger pour alimenter son économie. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ont rejeté ou bloqué plusieurs projets de transport énergétique qui auraient pu contribuer à renforcer la sécurité d’approvisionnement du Québec et de l’est du Canada.
La crise du détroit d’Ormuz démontre pourtant que l’énergie n’est pas qu’une question environnementale. C’est également une question de souveraineté économique, de sécurité nationale et de résilience stratégique.
Comme le souligne l’Associated Press, même après l’annonce d’un cessez-le-feu, les investissements suspendus pendant la fermeture du détroit prendront du temps à revenir. Daniel Sternoff, chercheur principal au Center on Global Energy Policy de l’Université Columbia, estime que les producteurs voudront attendre plusieurs mois avant de considérer que la stabilité est réellement rétablie.
Cette prudence est compréhensible. Les marchés énergétiques fonctionnent sur la confiance, et celle-ci ne se reconstruit pas du jour au lendemain.
Pour le Canada, la leçon est claire. Chaque crise internationale rappelle à quel point l’accès à une énergie abondante, fiable et produite localement constitue un avantage stratégique majeur. Plutôt que de miser sur des chaînes d’approvisionnement vulnérables aux conflits géopolitiques, Ottawa et les provinces gagneraient à favoriser davantage le développement de leurs propres ressources énergétiques.
Le détroit d’Ormuz rouvrira peut-être. Les marchés finiront probablement par se stabiliser. Mais la prochaine crise surviendra inévitablement ailleurs. La véritable question est donc de savoir si le Canada choisira enfin de tirer les leçons de ces perturbations répétées ou s’il continuera à dépendre de décisions prises à des milliers de kilomètres de ses frontières.


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