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À Winnipeg, la réconciliation a le visage de la jeunesse

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À l'heure où la réconciliation fait souvent l'objet de débats politiques, des centaines de jeunes Canadiens choisissent plutôt d'agir. Vendredi, au Buffalo Crossing Visitors Centre de Winnipeg, une soixantaine de personnes se sont réunies pour célébrer 25 projets réalisés par des élèves venus des quatre coins du pays dans le cadre du programme Imagine un Canada.

Depuis dix ans, cette initiative du Centre national pour la vérité et la réconciliation invite les jeunes de la maternelle au Cégep à imaginer un avenir plus juste entre Autochtones et non-Autochtones à travers des œuvres d'art, des projets communautaires ou des essais.

Cette année, les projets récompensés prennent des formes variées : des robes rouges en hommage aux femmes et filles autochtones disparues et assassinées, des chemises à rubans, des pagaies traditionnelles sculptées en cèdre jaune ou encore des activités éducatives sur les territoires autochtones.

Derrière cette diversité se cache une même volonté : comprendre l'histoire, écouter et contribuer à changer l'avenir.

Une génération qui apprend autrement

En Ontario, Layne Gee et ses camarades ont utilisé une subvention pour confectionner des chemises à rubans, un vêtement profondément ancré dans les traditions autochtones. Pour l'adolescent, le projet allait de soi.

La réconciliation est une chose très importante. Il faut que ce soit fait, et quelqu'un doit le faire, affirme-t-il. À ses yeux, la réconciliation passe notamment par une meilleure compréhension des cultures autochtones.

La réconciliation signifie que nous présentons nos excuses, que nous commençons à mieux comprendre la culture autochtone et que nous l'honorons également.

Grâce aux projets menés à l'école, l'adolescent revient à la maison avec des connaissances sur les langues autochtones, le travail des perles, la fabrication de tambours ou encore les témoignages de survivants des pensionnats.

Comprendre avant de réparer

À plus de 2000 kilomètres de là, à Vancouver, Blanche et Alicia ont choisi de faire vivre l'histoire autrement. Leur projet s'articule autour d'un grand tipi installé sur le terrain de leur école. Les jeunes y accueillent des élèves du primaire afin de leur faire découvrir les nations autochtones qui ont fréquenté la région.

Pour elles, la réconciliation commence par l'écoute et la compréhension. Ce projet fait en sorte que l'on réalise aussi qu'on n'a pas tous les mêmes droits, explique Blanche. On est là pour les comprendre. On s'excuse aussi, et on essaie de faire notre part dans la réconciliation, ajoute Alicia.

Le projet est né grâce à un enseignant qui a choisi d'aborder autrement l'histoire des Premières Nations.

Ce n'était pas juste un livre d'histoire qu'il nous racontait, se souvient Blanche. C'était important pour lui qu'on le sache et qu'on comprenne vraiment.

Transformer la mémoire en action

Toujours à Vancouver, des élèves francophones ont choisi de consacrer leur projet à la Journée de la robe rouge. Leur objectif : sensibiliser leur école à la réalité des femmes, des filles et des personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées.

Pour Julia Rougé, arrivée de France il y a quelques années, la découverte de l'histoire coloniale du Canada a provoqué un véritable électrochoc : Ça m'a choquée la première fois que j'ai découvert cette histoire. Je voulais agir.

Sa camarade Maryse Nantais estime pour sa part que ces projets permettent de donner davantage de visibilité aux cultures autochtones : C'est important de valoriser des cultures qui sont souvent oubliées.

Maryse Nantais, Julia Rougé et leurs parents.

Pour Maryse Nantais et Julia Rougé, la réconciliation passe d'abord par la valorisation des cultures autochtones.

Photo : Radio-Canada / Farah Mekki

Parmi les parents présents à Winnipeg, Delphine De Candido observe avec émotion l'engagement de cette nouvelle génération. Je suis très fière que ma fille s'ouvre justement à d'autres cultures, aux Premières Nations qui sont plus qu'importantes ici, dit-elle. C'est une façon de les mettre en valeur et de les honorer.

L'espoir d'une nouvelle génération

Pour Kayla Johnston, la directrice de l'éducation au Centre national pour la vérité et la réconciliation, les projets présentés cette année témoignent d'une évolution importante.

Si, au début du programme, les élèves cherchaient surtout à comprendre les torts causés par les pensionnats autochtones, aujourd'hui, ils réfléchissent davantage aux gestes qu'ils peuvent poser pour bâtir l'avenir.

Ils se demandent maintenant : que pouvons-nous faire pour changer les choses? observe-t-elle. Cette évolution lui inspire de l'espoir. Ils sont plus compréhensifs, plus empathiques et plus engagés, affirme-t-elle.

Car si la réconciliation demeure un chantier inachevé, les jeunes réunis à Winnipeg offrent peut-être un aperçu de ce qu'elle pourrait devenir : non pas un simple exercice de mémoire, mais un engagement quotidien fondé sur la compréhension, le respect et la volonté d'avancer ensemble.

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