Il y a 120 millions d’années, un dinosaure à quatre ailes planait entre les arbres du nord-ouest de la Chine pour chasser certains des premiers oiseaux de l’histoire. Nommé Jian changmaensis, ce proche cousin du Vélociraptor vient d’être décrit dans la revue Annals of Carnegie Museum. Et les pelotes de réjection laissées sur le site suggèrent qu’il était particulièrement efficace.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi ce dinosaure à quatre membres ailés brouille la frontière entre dinosaures et oiseaux
- Comment de simples fragments d’os ont suffi à identifier une nouvelle espèce et à résoudre une énigme de longue date
- Ce que les pelotes de réjection fossilisées révèlent sur le régime alimentaire de ce prédateur arboricole
Un dragon à quatre ailes dans la canopée du Crétacé
Les microraptors n’ont rien à voir avec les grands raptors écailleux de Jurassic Park. Ces dinosaures étaient petits, couverts de plumes, et se déplaçaient en planant entre les arbres. Jian changmaensis en est le dernier représentant découvert — et l’un des plus grands jamais identifiés.
Les fossiles, mis au jour dans la formation de Xiagou, dans la province du Gansu, datent d’il y a 120 à 124 millions d’années. Le site était alors dominé par un grand lac entouré de forêts, peuplé d’oiseaux primitifs, de poissons et de tortues préhistoriques. Un garde-manger idéal pour un prédateur arboricole capable de planer.
Crédit : Zhou et al. (2026)Quelques os d’épaule pour identifier une espèce entière
Le fossile est maigre : une omoplate, un bras, un radius et un cubitus soudés. Mais il était conservé en trois dimensions, contrairement à la plupart des microraptors aplatis découverts dans la région — ce qui a permis une analyse anatomique précise.
Ce fragment de membre antérieur mesure environ dix centimètres. En extrapolant, les chercheurs estiment que l’envergure de Jian atteignait environ 1,2 mètre — soit la taille d’une chouette effraie. Avec ses longues plumes sur les pattes postérieures, il ressemblait à un minuscule dragon à quatre ailes.
Il est aussi le premier et unique dinosaure non aviaire jamais découvert dans le bassin de Changma, où plus de cent squelettes d’oiseaux fossiles ont pourtant été exhumés depuis 2002.
Des pelotes de réjection vieilles de 120 millions d’années
Ce qui rend ce site particulièrement évocateur, c’est la présence d’amas d’ossements brisés ressemblant fortement aux pelotes de réjection des chouettes modernes — ces boulettes compactes de restes non digérés qu’un prédateur régurgite après son repas.
Les chercheurs ne peuvent pas prouver formellement que Jian en est l’auteur. Mais c’est le seul dinosaure non aviaire du site, il était carnivore, et il était bien plus grand que les oiseaux fossilisés à proximité. Des fossiles d’autres microraptors ont par ailleurs été découverts avec des restes de poissons, de lézards, de mammifères et d’oiseaux dans leur tube digestif.
L’hypothèse qui se dessine : Jian tendait des embuscades aux premiers oiseaux depuis la canopée, planant d’arbre en arbre comme un phalanger volant, avant de fondre sur ses proies.
À mi-chemin entre dinosaure et oiseau
Ce qui fascine les paléontologues au-delà de ce spécimen en particulier, c’est ce que les microraptors représentent dans l’arbre du vivant. Ces animaux se situent à la frontière entre dinosaures et oiseaux — griffes en faucille, plumes aérodynamiques, morphologie intermédiaire. Étudier Jian et ses proches parents, c’est observer en direct le moment évolutif où les dinosaures ont commencé à devenir des oiseaux.
Il reste beaucoup à découvrir. Matthew Lamanna, co-auteur de l’étude, le formule avec une invitation rare dans la littérature scientifique : peut-être qu’un futur paléontologue trouvera un jour le reste du squelette de Jian.


6 day_ago
141



























.jpg)






French (CA)