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13 millions $ de moins pour les sorties culturelles à l’école en 2026

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Pendant que le ministère de l’Éducation actualise son programme de français au primaire et au secondaire dans lequel la culture québécoise est au cœur des apprentissages, le gouvernement du Québec prévoit couper 13 millions $ dans le programme La culture à l’école et des sorties scolaires en milieu culturel pour la rentrée 2026. Pour l’année suivante, ce sont 26,5 M$ qui pourraient être retranchés sur une enveloppe initiale de 40 M$.

Le constat est clair dans un rapport publié en novembre dernier par le Vérificateur général du Québec, ce qui sème déjà l’inquiétude dans les centres de services scolaires, les organismes culturels et chez les artistes de l’Abitibi-Témiscamingue.

Selon le Syndicat de l’enseignement de la Jamésie et de l’Abitibi-Témiscamingue (SEJAT), il y a une incohérence entre le discours et les actions qui sont déployées par le gouvernement caquiste.

« Des enfants n’auront plus accès à la culture pour différentes raisons. Soit parce que leur famille n’est financièrement pas capable de se le permettre, ou parce que ce n’est pas dans les habitudes de leur famille », mentionne Cindy Lefebvre, présidente du SEJAT.

Le gouvernement se montre très nationaliste et souhaite valoriser la culture québécoise, l’intégrer dans les écoles, mais sa première action est de couper le financement.

Cindy Lefebvre, présidente du SEJAT.

Cindy Lefebvre, présidente du SEJAT. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / MARIE-HELENE PAQUIN

Mme Lefebvre se demande si les enseignants de français, par exemple, n’auront pas une tâche supplémentaire, comme d'intégrer la culture dans leurs cours, n’ayant plus les moyens d’exposer les enfants à celle-ci. Elle déplore le fait qu’ils devront encore faire plus avec moins.

Ces enfants-là pouvaient aller au cinéma, au théâtre, à des expositions, puis ils seront privés de cette richesse qu’on pouvait leur offrir et même allumer des passions pour faire en sorte que l’école avait davantage de sens pour eux et que ce soit plus motivant, partage Cindy Lefebvre.

Un impact financier pour tous les artistes

L’objectif du programme La culture à l’école est de créer un contact avec les élèves pour les exposer à la culture. Un artiste peut offrir un atelier d’écriture aux élèves, un musicien peut éveiller des passions en visitant les classes. Il y a aussi le volet culturel scientifique, où les organismes peuvent initier les jeunes à leurs démarches. La formule habituelle du programme prévoit trois ateliers d’une heure par jour permettant d’initier trois classes lors d’une seule sortie.

Vanessa Collini et François Bédard dans le gymnase de l'école St-Joseph.

Vanessa Collini et François Bédard, artistes du Cirque Collini. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

François Bédard, artiste de cirque et cofondateur du Cirque Collini, fait partie des 89 organismes du Répertoire culture-éducation en Abitibi-Témiscamingue. Chaque année, il partage son amour des arts du cirque avec les élèves.

Les ateliers dans les écoles n’occupent pas 100 % de son temps, mais ils viennent quand même combler des périodes plus creuses. Ces rencontres peuvent représenter jusqu’à deux mois de travail potentiel. Au-delà du volet monétaire, c’est surtout de penser à ne plus pouvoir autant allumer des étincelles dans les yeux des jeunes qui l’affecte.

Ce qui est le fun avec les arts du cirque, c'est que ça touche un peu tous les types d'intérêts. Il y a des choses qui sont un peu plus physiques, d’autres qui sont plus tactiles dans la précision, comme la jonglerie. Donc, les jeunes trippent parce qu’on peut aller chercher les intérêts de tout le monde. C’est dommage de penser qu’on va peut-être devoir être forcés de ralentir plutôt que de continuer à aller de l’avant pour présenter ces enseignements-là, déplore François Bédard.

Vanessa Collini supervise un élève suspendu à l'envers grâce à un drap. D'autres élèves observent la scène.

Le Cirque Collini organise plusieurs ateliers dans les écoles. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

Grâce au spectacle Équipage recherché qui est en tournée au Québec, le Cirque Collini s’est davantage fait connaître par les autres centres de services scolaires, ce qui déclenchait la possibilité de bonifier l’offre de leurs ateliers. Avec ces coupes de Québec, la troupe craint que ses élans soient freinés.

Une porte vers la culture se ferme

Les sorties scolaires en milieu culturel sont un autre pan qui pourrait être touché par l’amincissement de l’enveloppe budgétaire en culture à la rentrée 2026. Les sorties scolaires représentent une part importante du revenu et de l’achalandage de la salle de spectacles l’Agora des arts à Rouyn-Noranda.

Maxime Dupuis pose devant le décor du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.

Maxime Dupuis, directeur général de l'Agora des Arts. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin

C’est près de la moitié de notre programmation qui est dédiée au jeune public pour des sorties scolaires, donc qui est en journée, adaptée aux horaires des écoles, explique le directeur général de l’Agora des arts, Maxime Dupuis.

Être en contact avec l'art, avec la culture, c’est aussi être en contact avec des réflexions collectives et avec d'autres formes de connaissances qu'on n'a pas nécessairement en classe.

Ce sont des centaines de jeunes par année qui sont en contact avec l’art et la création à l’Agora des Arts. Les jeunes sont transformés après un spectacle. On peut voir juste dans leurs yeux l'émerveillement, la surprise, puis au-delà d'avoir une expérience différente que celle de l'école, on sent que ces expériences peuvent les transformer, affirme-t-il.

Selon Maxime Dupuis, ces mesures viennent fragiliser un écosystème déjà vulnérable.

Chaque année, lors du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT), plus de 3500 jeunes découvrent le cinéma au Théâtre du cuivre dans un cadre scolaire.

Hélène Théberge, la directrice générale du FCIAT et Louis Dallaire, cofondateur du festival.

Hélène Théberge, directrice générale du Festival du cinéma international en Abitiib-Témiscamingue, et Louis Dallaire, cofondateur de l'événement. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin

Ce sont dans les premiers contacts avec les films indépendants que les enfants vont avoir. Je me rappelle que moi-même, étant enfant, je suis allée au Festival et ça m'avait vraiment donné la piqûre du cinéma. Puis c'est comme ça qu'on forme la relève en cinéma, c'est comme ça qu'on vient chercher la curiosité des enfants. Pour nous, c'est vraiment important ce volet-là, signale Hélène Théberge, directrice générale du Festival du cinéma.

Bernard Blais, directeur du Service culture, tourisme et qualité de vie à la Ville d’Amos, confirme que ces mesures d’économies prévues par le ministère de l’Éducation et le ministère de l’Enseignement supérieur auront des répercussions sur la planification des activités, laquelle se fait plusieurs mois d’avance en lien avec la visite des écoles.

C’est de priver les élèves de deux à trois sorties scolaires par année pour découvrir la culture, et la culture au sens large, comme la culture scientifique. Ce sont des enjeux importants pour l’éveil de nos jeunes.

Le Théâtre des Eskers d'Amos

Le Théâtre des Eskers d'Amos.(Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sandra Ataman

Il y a un impact sur le centre d’exposition d’Amos, mais aussi sur le Théâtre des Eskers, qui est une propriété de la Ville. Vous savez que la Maison de la culture d'Amos a été bâtie en conséquence d’une centralité par rapport à toutes les écoles primaires et secondaires de la ville, ce qui fait que les élèves peuvent facilement s’y rendre à pied, rappelle M. Blais.

Des annonces lors du prochain budget

Au ministère de l’Éducation et à celui de l’Enseignement supérieur, la responsable des relations de presse a affirmé par courriel qu’aucune annonce n’a été faite en ce sens à l’heure actuelle. L’exercice budgétaire 2026-2027, qui est actuellement en cours, sera présenté lors du prochain budget.

Toutefois, l’impact est déjà palpable, selon Maude Guy, directrice générale du Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue.

Maude Guy, directrice générale du Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue, parle au micro.

Maude Guy, directrice générale du Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Des membres ont rapporté des baisses de sorties, en fait, des coupures même complètes de sorties des écoles dans leurs murs. Que ce soit au Rift, à la salle Augustin-Chénier ou alors au Petit Théâtre du Vieux Noranda ou à l'Agora des Arts, cela a un impact majeur. Pour certains, oui, c'est une perte de revenus, mais c'est une perte en développement de public. L’impact est majeur parce que les enfants, quand ils fréquentent un lieu culturel, ils ont beaucoup plus de chances de le fréquenter plus tard à l'âge adulte, fait-elle valoir.

Pour Maude Guy, le Protocole culture-éducation vient compliquer la gestion des enveloppes en culture. Cette entente entre les deux ministères, celui de l’Éducation et celui de la Culture, favorise une opacité dans ce qui se passe dans le programme depuis la fermeture des bureaux des directions régionales de l'ancien ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport de toutes les régions du Québec en 2014.

Au-delà de la structure gouvernementale, c’est l’élève qui reste au cœur des préoccupations des organismes.

Il y a des jeunes pour qui c'est la motivation première. Tu sais, la persévérance, ça prend des ancrages. Ce n’est pas tout le monde qui brille en mathématiques ou en français. Il y en a pour qui c'est le sport, leur source de motivation, mais il y en a pour qui c'est la musique. Je pense que pour développer des citoyens, ça prend la culture au sein de l'éducation de nos jeunes enfants, soutient Maude Guy.

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